Société

Le Sénégal interdit les sacs à main pour un homme

Le rappeur Waly Seck a été accusé de promouvoir l’homosexualité après avoir été photographié avec un cabas, jugé trop féminin. Lui se dit «victime de la mode». La polémique est devenue une affaire d’Etat

En Afrique aussi les réseaux sociaux peuvent faire et défaire des réputations. Le rappeur sénégalais Waly Seck l’a appris à ses dépens, fin janvier, quand a circulé sur le web une photo de lui, tenant un grand sac à la main. Parce que «ce n’est pas un accessoire d’homme», le chanteur a été accusé de promouvoir l’homosexualité dans un pays qui la punit d’une peine allant d’un à cinq ans de prison. Sujet ultra-sensible si on en juge par le titre du quotidien «Le Témoin» du 29 janvier: «Haro sur les homos et les sacs à main d’homme».

Au début, Waly Seck a assumé son choix, citant l’exemple de stars américaines comme Kanye West ou Pharell Williams, grands amateurs de sacs à main. Il a aussi rappelé qu’ayant vécu en Italie, patrie de la mode, il adorait les fringues et que sa seule faute était d’être un «fashion victim». Il a toutefois admis que «son sac d’homme» a pu être mal interprété en plein débat sur l’homosexualité. «Cette polémique a nui à mon image mais j’essaie de faire face, parce que je n’ai pas le choix. Quand on joue les premiers rôles, on laisse parler les gens».

Défier un peuple avec un sac à main

Loin de calmer les esprits, ses déclarations n’ont fait qu’envenimer les choses, d’autant que Waly Seck appartient à la confrérie des Moudistes, un des courants de l’Islam sénégalais qui comprend entre 4 et 6 millions de fidèles. Le cheikh, chargé de la «fashion police», le lui avait pourtant dit: «Un homme ne doit pas se vêtir comme une femme, encore moins avec un sac à main». Pas de soutien non plus de la part de son ami le chanteur Baba Hamdy qui, dans une lettre ouverte, pense qu’il faut «recadrer» Waly. D’autres lui conseillent de prendre une longue pause.

 

Les réseaux sociaux ne sont pas tendres non plus avec le jeune excentrique, fils de Thione Seck, le plus grand chanteur sénégalais, aujourd’hui emprisonné pour une affaire de faux billets. «Il croit être la mode alors qu’il suit bêtement les codes vestimentaires de l’Europe»; «Il est inculte et ne comprend rien aux conséquences de son geste»; «Il déshonore son père qui était l’élégance incarnée dans ses costumes traditionnels»; «De toute manière, un musulman ne fait pas de musique»; «Comment oses-tu défier tout un peuple avec un sac à main?». Il lui reste néanmoins des fans chez les filles, dont certaines apprécient qu’un homme ose laisser parler sa part féminine. Un compliment qui n’arrange pas vraiment son image…

 

La caricature qui tue

Cela aurait pu en rester là si le magazine «Jeune Afrique», édité à Paris, n’avait pas relancé la polémique en publiant un dessin ou l’on voit le cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie des Mourides, vêtu d’un caftan, et un homme blanc qui demande: «Pourquoi il porte une robe?» La caricature du franco-burkinabé Damien Glez a suscité une vague d’indignation jusqu’au gouvernement qui a condamné «avec fermeté cette maladresse incompréhensible et inadmissible de la part d’un organe de presse censé connaître, défendre et promouvoir la culture et les valeurs africaines.» «Jeune Afrique» s’est excusé et a retiré son dessin afin d’éviter une affaire à la «Charlie Hebdo».

Sur les conseils de son marabout, le chanteur, qui sera à Bercy le 4 juin, a choisi de clore cette polémique par un geste fort: le 31 janvier, en direct à la télévision, Waly Beck a découpé aux ciseaux son sac mauve devant un public en délire.

Invité le 9 février sur le plateau de TV5 Monde, le rappeur s’est justifié en souriant: «Je l’ai fait parce que j’aime le Sénégal, que je n’aime pas la polémique et je voulais faire plaisir à mon pays.» A la double question un peu perfide du journaliste «Est-ce si terrible d’être différent? Faut-il se cacher pour être homosexuel?» Seck a répondu: «Je ne sais pas, je n’en connais pas».

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