Médias

Medium, le réseau social qui en dit long

Un réseau social qui privilégie le rythme lent et les textes longs: c’est le pari de Medium, antithèse de Twitter et Snapchat, une plateforme sur laquelle se réunissent chaque mois jusqu’à 30 millions d’utilisateurs

◗ Lire. Non pas 140 signes comme sur Twitter. Non pas une enfilade de statuts comme sur Facebook. Non pas une cascade de photos comme sur Instagram. Non. Sur le réseau social Medium, priorité est donnée aux textes long format et au rythme lent. Deux, quatre, six, jusqu’à 20 minutes d’immersion par publication, dont les durées de lecture sont indiquées en tête de chaque article: Medium prend le contre-pied de l’éphémérité et des contenus jetables dont SnapChat est devenu l’emblème, à coups de messages qui s’autodétruisent après quelques secondes seulement.

Ancien de chez Twitter

Ce qu’on peut lire sur Medium? Hillary Clinton répondant à Donald Trump sur les amalgames entre immigration, islam et terrorisme; l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld expliquant pourquoi, à 83 ans, il s’est lancé dans le développement d’une app en hommage à Winston Churchill; Dustin Moskovitz, l’un des fondateurs de Facebook, appelant à un meilleur équilibre entre travail et vie privée dans le monde de la tech; ou encore un ancien du MIT nous encourageant avec brio à considérer notre vie non pas comme un jeu d’échecs, mais comme une partie de Tetris («Votre principal adversaire c’est vous-même/Les choses ne deviennent pas plus difficiles, mais vont plus vite/Dans la vie, il n’y a pas de plateau délimité/Et personne, sinon vous, ne peut dire si vous avez gagné…») Bref, ce que Medium perd en agilité et en rapidité, la plateforme le gagne en profondeur et en qualité.

C’est en tout cas le vœu formulé par Evan Williams, l’initiateur de ce réseau social qui attire désormais entre 25 et 30 millions de visiteurs uniques chaque mois. «Nous sommes plus connectés que jamais, mais sommes-nous plus intelligents? Les bonnes idées ont-elles la possibilité de fleurir?» s’interrogeait-il récemment lors d’une interview sur CNN.

Ping-pong intellectuel

Evan Williams sait de quoi il parle: avant de lancer Medium, il a participé à la genèse de Twitter, dont il a également été CEO. Medium en conserve la systématique. La ligne graphique, belle et minimale, limitée dans ses options, met le texte à l’honneur. Une fois inscrit (à travers Twitter, Facebook ou une adresse e-mail), on peut naviguer entre les posts par tags ou par popularité. Il est possible de «liker» les publications, de les commenter, et d’en surligner les passages les plus intéressants. Pour qui veut rédiger soi-même, titres, sous-titres, paragraphes, liens vers d’autres sites, citation d’articles connexes et illustrations sont à portée de clic.

Lancé en 2012 et disponible sur iPhone depuis 2014, Medium a bénéficié en septembre dernier de nouveaux investissements à hauteur de 57 millions de dollars. Le site gagne en traction. Il est investi par des acteurs de poids. La Maison-Blanche, la Gates Foundation et de nombreux cadors de la Silicon Valley y partagent leurs idées et prises de position.

Un réglement de comptes entre le New York Times et Amazon, déployé sur Medium l’automne passé, illustrait le statut et les enjeux nouveaux du réseau. Suite à la publication par le Times d’une enquête très critique sur les méthodes de management pratiquées par le géant du e-commerce, c’est sur Medium que Jay Carney, gourou de la com’ chez Amazon, a choisi de répondre. «Medium is the message»? En privilégiant le réseau social (plutôt que les colonnes du journal) comme terrain de contre-attaque, Carney cherchait à mettre en exergue le fossé entre média traditionnel et Web 2.0. C’était sans compter sur la réponse du New York Times, tout aussi cinglante, elle aussi postée sur Medium. Voltige intellectuelle et clash rhétorique.

Une majorité des contenus mis en ligne sont en anglais, néanmoins Medium se développe aussi en français, par exemple par le biais des fil «Medium France» et «En français». ■

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