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«Derrière les belles images du Tour de France se cache un monde de précarité»

Une équipe de sociologues de l’Université de Lausanne étudie depuis trois ans les conditions de travail des cyclistes professionnels. Un regard unique et inédit, incroyable, sur la vraie vie des coureurs cyclistes

Profession coureur. Depuis trois semaines, le peloton coloré du Tour de France distrait les foules sur le bord des routes ou devant les téléviseurs mais le public, qui se passionne pour le classement du maillot jaune, connaît mal le travailleur qui sue sur sa selle.

A Lausanne, le sociologue Olivier Aubel porte un tout autre regard sur les cyclistes professionnels. Avec ses collègues Fabien Ohl et Natascia Taverna, ce chercheur de l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (Issul) mène depuis trois ans des entretiens au sein du peloton afin d’en comprendre l’organisation, le fonctionnement et la culture. En 2013, l’Issul a été mandaté par l’Union cycliste internationale (UCI) pour élaborer et expérimenter un cahier des charges organisationnel que les équipes devront respecter pour obtenir la licence World Tour à partir de 2017. Huit équipes, dont la formation suisse IAM, se sont portées volontaires pour tester les recommandations de l’Issul dès cette saison. Fin mai, Le Temps a rencontré Olivier Aubel pour évoquer la réalité derrière les images du Tour de France.

Le Temps: Quel est le profil du coureur cycliste ordinaire?

Olivier Aubel: A l’exception des stars du peloton et des coureurs les plus en vue, c’est un sportif qui fait un travail difficile pour un salaire modeste si on le compare au plus haut niveau mondial dans les autres sports médiatiques et même à la population globale. Un coureur nous a dit: «Je gagne 2400 euros par mois, je suis parfois à 110 km/h dans les descentes. Dans la chambre d’hôtel, il y a intérêt à avoir la télé parce que sinon je gamberge.» C’était un équipier, payé au tarif plancher de la convention collective négociée entre les équipes et l’UCI. Ce coureur nous disait aussi: «Je fais le World Tour, le Giro… C’est quand même la NBA du vélo, et pourtant j’habite chez mes parents parce que je ne gagne pas assez.» Il laissait un tiers de son salaire dans le stage de présaison en Espagne qu’il devait payer de sa poche… Ils sont nombreux à vivre comme cela. S’ils n’ont pas la vocation, s’ils ne se sont pas suffisamment pris au jeu pour accepter ces conditions très difficiles, ils n’y vont pas. La plupart des coureurs que nous avons rencontrés vivent le cyclisme comme une passion tout en sachant que c’est un métier. Mais certains le vivent très clairement sur le mode de la souffrance.

– Qu’est-ce qui définit le métier de coureur cycliste?

– La première caractéristique, c’est d’avoir beaucoup de périodes de travail hors de la présence des collègues de travail et du personnel d’encadrement. Dans ces périodes «off», où les coureurs ne sont ni en compétition ni en stage avec leur équipe, et qui peuvent durer plusieurs semaines consécutives, le métier s’apparente à une forme de télétravail. Ce n’est pas une faute de la part des équipes, c’est le métier qui est organisé ainsi. Les équipes paient souvent des coureurs à plein-temps pour ne les voir que 20% de l’année. Tout l’enjeu pour les équipes est d’organiser une sorte de «télétravail» afin d’aider les coureurs à produire de la performance.

– Au Tour de France, la notion d’équipe semble pourtant très forte…

– Sur les courses oui, mais en dehors il n’y a pas de regroupement géographique comme dans les sports collectifs. Si vous prenez les équipes du World Tour, vous constaterez une dispersion des coureurs dans toute l’Europe et même dans une grande partie du monde. Où les rassembler? Il n’y a pas de stade comme au football. Et il est parfois très difficile de réunir les coureurs. Le manager d’une équipe nous a expliqué le cas d’un de ses coureurs, venant d’un pays lointain. Il a déménagé avec sa femme mais il n’avait qu’un an de contrat. Son épouse ne s’est pas acclimatée, le coureur n’était pas serein et ça s’est mal passé. La généralisation de contrats de travail de courte durée rend un regroupement très complexe. Les coureurs préfèrent souvent rester chez eux pour s’entraîner, parfois avec des cyclistes d’autres équipes, et rejoignent leur équipe sur les lieux de compétition.

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Photo: Tour de France 2015 - Reuters

– Quel est le modèle économique d’une équipe cycliste?

– Les revenus d’un club de football reposent sur quatre piliers: la billetterie, la vente de joueurs, les produits dérivés, les droits médias. En cyclisme, c’est le sponsor quasiment exclusivement. Imaginez le danger devant lequel se trouve une entreprise qui n’a qu’un seul client… Le budget moyen d’une équipe Pro Team est de 15 millions de francs, pour 28 à 30 coureurs. En deuxième division, les budgets sont de l’ordre de 3 à 5 millions, avec 22 coureurs en moyenne, souvent un médecin embauché à mi-temps seulement et pas d’entraîneur. Entre 2005 et 2014, 92 équipes se sont immatriculées dans le World Tour; 53 ont disparu, 14 sont parvenues à retenir leur sponsor sur la durée.

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Derrière les belles images du Tour de France se cache un monde de précarité et un encadrement des cyclistes très hétérogène et parfois insuffisant. Il y a une instabilité complète parce que le modèle économique est fragile. On voit également qu’il n’est pas extensible. Le World Tour, c’est 13 jours hors d’Europe sur 154 jours de course. Le berceau du cyclisme reste la France, l’Italie, la Belgique, l’Espagne. Autour, il n’y a pas grand-chose et ce sera compliqué à mettre en place. La mondialisation du vélo est très relative.

– Une seule source de revenus, et une seule compétition, le Tour de France, qui écrase tout le reste…

– 80% de la notoriété conquise sur une saison se fait sur le Tour de France. C’est pour cela qu’une division 2 peine à exister; tous les sponsors veulent être sur le Tour. L’UCI attribuant des points aux dix premiers de chaque course, les coureurs sont recherchés pour les points qu’ils amènent à l’équipe. Comme les points ont la même valeur sur une course asiatique ou africaine qu’en Europe, où il y a plus de concurrence et un meilleur niveau, les équipes vont parfois recruter des coureurs plus pour les points qu’ils apportent que pour leur niveau sportif réel, ce qui obligera les autres coureurs à faire plus d’efforts.

– Vous parliez de télétravail, comment se pratique-t-il?

– Depuis quelques années, ce télétravail se met en place afin qu’une relation s’établisse entre l’équipe et le coureur lorsque celui-ci s’entraîne seul chez lui. Certaines équipes ont encore des problèmes avec leurs coureurs vedettes qui ne veulent pas entrer dans leur système d’entraînement. Leur discours à l’entraîneur, c’est: «Laisse-moi tranquille, tout ce que tu as à savoir c’est que je vais m’entraîner et que je serai le plus fort le jour de la course.» Une équipe me racontait cela récemment. Mais, d’une part, l’entraîneur n’a pas de garantie que le coureur sera en forme et, d’autre part, il ne sait pas ce qu’il aura fait pour être en forme. Il faut savoir que certaines équipes du World Tour n’avaient pas d’entraîneur.

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Dans le «vieux vélo», c’est le tandem directeur sportif-coureur qui dominait. Avec le cyclisme moderne, on a vu apparaître des entraîneurs et même parfois des équipes d’entraîneurs, qui sont des scientifiques de la performance. L’un d’eux me disait qu’il faudrait aujourd’hui avoir au minimum un doctorat en physiologie ou en science de l’entraînement pour pouvoir bien préparer un athlète. Le but est d’arriver à prendre pied dans toute cette période de préparation du coureur qui, jusqu’à présent, était une sorte de trou noir.

– Comment faire, à distance?

– Les coureurs reçoivent un calendrier de courses et un programme d’entraînement, généralement divisé sur trois niveaux: à l’échelle de la saison, de la période, de la séance. L’entraîneur y ajoute un suivi d’entraînement, ce qu’on appelle le monitoring de la performance. Vous avez peut-être vu sur les vélos ces boîtiers rouges qui mesurent la puissance, la cadence de pédalage, la fréquence cardiaque, le kilométrage, le temps. Avec toutes ces données, l’entraîneur fabrique des valeurs cibles que les coureurs respectent au mieux, selon la météo, leur état de fatigue, etc. L’entraîneur récupère ces données, débriefe le coureur, l’accompagne au quotidien.

– Qu’est-ce que cela change du point de vue des conditions de travail?

– Fondamentalement: un véritable rapport d’employeur à employés. Avant, un certain fatalisme prévalait: «Le cyclisme c’est comme ça… On ne peut pas tout le temps être derrière les gars…». Aujourd’hui, le discours a totalement changé. La plupart des managers ont conscience d’être des chefs d’entreprise dont l’activité ne dépend que d’un seul client: le sponsor. Quand le sponsor vient et dit: «S’il y a une affaire de dopage, je m’en vais», cela durcit pas mal les choses. L’employeur met donc en place un système de suivi pour s’assurer d’abord que les coureurs sont performants (qu’ils s’entraînent), ensuite qu’ils sont propres (qu’ils ne se dopent pas). Il les surveille en sachant où ils sont, ce qu’ils font, avec qui ils s’entraînent, qui est leur médecin référent, etc. Les équipes sont de plus en plus nombreuses à mettre en place ce suivi qui permet de prévenir les situations où le coureur devient vulnérable.

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Photo: Tour de France 2015 - Reuters

– Le médecin-entraîneur existe-t-il encore?

– Dans le système qui est actuellement mis en place, cela ne sera plus possible.

– Beaucoup de gens considèrent que le dopage fait partie de la culture du cyclisme. Est-ce votre avis?

– Notre approche, en rupture avec les usages, a tout de suite été de regarder le cycliste comme un travailleur. Et si on le considère ainsi, on découvre des conditions de travail et d’emploi qui peuvent le pousser à enfreindre les règles. Le dopage est tout le temps décrit comme une faute morale et individuelle parce que l’on refuse d’admettre que c’est aussi un problème qui peut être inhérent aux conditions de travail. Si vous regardez bien, il est très intéressant de constater que les études épidémiologiques réalisées dans d’autres professions (les chauffeurs routiers, les avocats, les médecins) montrent également un usage très important de produits dopants, lequel sera toujours expliqué par les conditions de travail. Dans le sport, les mêmes travailleurs professionnels sont jugés seuls responsables.

– Que faudrait-il incriminer: la pression financière ou la dureté du travail?

– Les deux à la fois. Un cycliste peut se doper pour avoir un meilleur contrat, ou simplement pour avoir un contrat la saison prochaine. Le dopage inhérent à la situation de l’emploi, c’est le coureur en fin de contrat qui a besoin de résultats. Entre juin et juillet a lieu le marché des coureurs. Celui qui n’a pas de contrat après le Tour de France commencera à sérieusement s’inquiéter de son avenir. Il aura beaucoup de pression durant les courses d’août et de septembre et sera plus vulnérable. Une équipe, qui teste actuellement notre cahier des charges, a par exemple mis en place un protocole d’accompagnement accru pour les coureurs dont elle entend se séparer afin de les aider à maintenir leur entraînement sans céder à la tentation. Le dopage inhérent aux conditions de travail, c’est le dopage à l’ancienne: supporter les heures de selle dans le froid, le vent, la pluie. Un coureur m’a raconté qu’il avait fait sa séance de six heures de vélo dans la neige. Il faut y aller quand même! Cela requiert un courage extraordinaire. Quand vous êtes fatigué, vous êtes tenté de courber ou de prendre une pilule d’amphétamine.

– Y a-t-il une typologie du coureur dopé?

– Le chercheur isole toujours trois profils. Le premier, c’est celui qui ne sait pas, qui n’est pas informé, qui prend des produits et qui se fait prendre. Il devient de plus en plus rare parce que le message de prévention est rabâché au peloton. Le deuxième cas, c’est le coureur qui connaît très bien les règles et qui les enfreint en connaissance de cause. Lui, il prend le risque. Là, vous allez reconnaître le dopage de certains leaders, qui sont les coureurs les mieux encadrés. Ce sont les vrais tricheurs et la répression, la police en particulier, est la mieux à même de les confondre.

– Typiquement, Lance Armstrong…

– Oui. Encore qu’Armstrong était certes un tricheur mais en plus une incroyable machine à rationaliser le sport! Avant lui, il y a eu l’entraîneur suisse Paul Koechli, qui passait pour un fou, mais qui avait quinze ans d’avance. Parallèlement au recours au dopage, Lance Armstrong a fait faire un bond considérable sur l’entraînement, la technique et la tactique de course mais aussi sur le matériel, sur la résistance à l’air des tenues, qui peuvent faire gagner une minute sur 50 km. A Saint-Etienne en 2002, je crois qu’il gagne de 25 secondes sur Ulrich; son maillot lui faisait gagner pas loin d’une minute grâce aux frottements diminués. Qu’est-ce qui a fait la différence? L’EPO? Ulrich en prenait aussi. C’était, notamment, le matériel. Armstrong utilisait un cadre en titane, plus rigide et plus léger, quand les autres avaient encore des cadres en acier ou en alu.

– Et la troisième catégorie?

– Les coureurs qui ont des contraintes d’emploi telles qu’ils s’imaginent que prendre des stimulants est le seul recours. On nous a cité le cas d’un coureur du World Tour qui avait grossi de six kilos. Son équipe, qui n’a rien vu pendant longtemps, s’en aperçoit. On le convoque, docteur et manager lui donnent trois semaines pour revenir à son poids de forme ou c’est la porte. Trois semaines plus tard, le coureur revient nickel et fait même des bonnes courses en fin de saison. Son directeur sportif nous raconte ça dans un entretien; deux jours plus tard, le coureur est contrôlé positif. C’est l’engrenage classique: pas de suivi, erreur de management, absence de ressources laissées à l’employé. Au final, le coureur se retrouve piégé. Un autre cas vécu: un jeune coureur est convoqué par son directeur sportif qui juge sa première saison décevante et lui dit: «Tu ne fais pas le métier.» Le coureur s’offusque: «Ah non, ce n’est pas possible de rouler plus que je ne l’ai fait cette année. J’ai vraiment bossé. Dire que je n’ai pas fait le métier, c’est insultant.» Plus tard, le coureur comprend ce que «faire le métier» veut dire dans la bouche de son employeur et il se met au niveau.

Le problème, c’est le dilemme du prisonnier dans la théorie des jeux: vous avez intérêt à tricher parce que vous ne pourrez jamais être sûr que les autres ne trichent pas. Et s’ils trichent et vous pas, vous êtes le dindon de la farce.

On observe toutefois un changement générationnel très impressionnant chez les jeunes coureurs. Des garçons qui ont brillé sur le Tour de France 2014, appartenant à la nouvelle vague du cyclisme, notamment en France, je serais extrêmement surpris et déçus s’ils étaient pris un jour.

– Ces coureurs pensent qu’ils peuvent de nouveau gagner sans dopage?

– Ils ne raisonnent pas en termes de stratégie. Ils se disent: «On fait ce qu’on a à faire et on verra après.» Ce sont aussi des sportifs qui font des études. Tel jeune que nous avons rencontré, entré dans les dix lors du Tour de France 2014 se voit bien notaire après le cyclisme. Tel autre coureur est ingénieur. Ce sont des gens qui ont des solutions professionnelles par ailleurs. Il n’est plus rare de trouver des gens ayant un parcours universitaire parmi les coureurs. Cela est dû à la généralisation de l’accès aux études supérieures dans la plupart des pays d’Europe, ceux qui fournissent l’essentiel du peloton. L’alternative «le vélo ou les études», sans possibilité de conciliation, est devenue plus rare.

– Considèrent-ils toujours que le dopage fausse les rapports de force?

– La génération des années 70-80 prenait des corticoïdes, des amphétamines, beaucoup de produits pour supporter les charges d’entraînement. Mais elle considérait que cela ne rompait pas l’équilibre; le meilleur était celui qui avait le plus bossé à l’entraînement, donc le plus méritant. Avec l’arrivée de l’EPO et des hormones de croissance, on change complètement de paradigme. Indépendamment de ce qu’il fournit comme effort à l’entraînement, le coureur va avoir un tel gain de performance grâce aux produits qu’il a finalement moins besoin de s’entraîner. Cela rompt la logique sportive. Certains entraîneurs qui sont arrivés dans les années 2000 étaient frappés de découvrir des coureurs incapables de s’entraîner: ils étaient des diesels qui n’avaient jamais travaillé en intensité et qui ne savaient que faire des heures de selle et prendre leurs produits.

– Le cyclisme est-il sorti de cette période?

– Oui, complètement. Je vous parle d’une époque où chaque équipe avait ses propres méthodes et pharmacologies, testait ses propres coureurs avant une course. Nous avons parlé à une personne qui était chargée de réserver les billets d’avion pour une équipe. Elle ne comprenait pas: on lui faisait toujours acheter les billets au dernier moment, en dépit de toute rationalité économique. Cette personne a compris bien plus tard que c’était parce que l’équipe ne savait jamais à l’avance quels coureurs allaient réussir le test antidopage interne. Aujourd’hui, ce n’est plus ça. A moins que les coureurs soient de très habiles menteurs. Il faut ici souligner que le cyclisme est le sport qui en fait le plus pour se réformer et lutter contre le dopage, que cela soit en termes de masse financière investie par les équipes, les organisateurs et l’UCI ou de mise en place de dispositifs de lutte et de prévention.

– Quels rapports avez-vous avec les cyclistes?

– Quand nous arrivons comme sociologues, les interlocuteurs se méfient, pensent que nous les prenons de haut. Au début, ça a parfois été tendu. Lors de notre tout premier déplacement dans une équipe, un entraîneur a menacé de nous casser la figure si on lui parlait de dopage. Je me suis fait engueuler pendant vingt minutes par un directeur sportif célèbre qui me disait que notre travail était bidon. Maintenant, le climat a beaucoup changé et ce directeur sportif est le premier à mettre en place nos préconisations et à les défendre. L’UCI applique le cahier des charges que nous avons établi et pas mal d’équipes nous reçoivent pour obtenir le label de l’Issul concernant les conditions de travail et d’emploi, qu’ils présentent ensuite comme un certificat de bonne organisation aux sponsors. Ils nous voient beaucoup plus comme des gens qui peuvent contribuer à changer la culture cycliste.

– Les coureurs, qui vous parlent volontiers de leurs conditions de vie, sont-ils aussi ouverts à parler du dopage?

– Il faut savoir que certaines équipes leur font faire du media training pour les habituer à répondre aux journalistes, et le cas échéant aux policiers et par rebond à des sociologues comme nous. Il nous est arrivé d’entendre plusieurs coureurs nous sortir exactement le même argumentaire: «Vous me voyez expliquer à ma femme que notre enfant est handicapé à cause du dopage?» Je l’ai entendu en Italie, en Espagne et en France. En fait, il s’agit d’un extrait du programme de prévention de l’UCI qu’ils nous récitent comme un sketch… Certains se sont pris des gardes à vue de 48 heures, se sont fait embarquer par la police les menottes dans le dos, devant leur famille; ce n’est pas un petit sociologue qui va les impressionner.

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