France

Le football «very Nice» qui enchante la Ligue 1

À Nice, l’entraîneur Claude Puel renoue avec le jeu «à la française» et fait le spectacle derrière le PSG

Avant son déplacement à Caen dimanche, l’OGC Nice occupe la troisième place du classement de la Ligue 1, avec le dixième budget du championnat (40 millions d’euros, douze fois moins que le PSG), la deuxième attaque, et l’effectif le plus jeune d’Europe (après la Real Sociedad). Surtout, les Aiglons (le surnom des joueurs azuréens) épatent par leur jeu alerte et offensif dans un football français dominé par le recours au muscle et la peur de perdre.

Nice, qui vient d’annoncer l’arrivée d’investisseurs saoudiens, doit principalement son succès à deux hommes: Hatem Ben Arfa, dribbleur exceptionnel, et Claude Puel, formateur hors pair. Le joueur et l’entraîneur décollent match après match la réputation placardée dans leur dos depuis des années: ingérable pour l’un, ennuyeux pour l’autre. Puel a osé aller chercher Ben Arfa en Angleterre où il enchaînait les clubs, l’a maintenu dans l’effectif lorsqu’il fut interdit de jouer pendant six mois par la FIFA et a su trouver les mots pour le responsabiliser sans le brider. En confiance, Ben Arfa dribble (plus que Neymar), marque (10 buts en 21 matchs, contre 13 sur les cinq dernières saisons), enchante le public. À 28 ans, il justifie enfin son statut de «footballeur français le plus doué depuis Zidane» et fait un week-end sur deux de l’Allianz Riviera un parc Hatem.

L’Allianz Riviera, un parc Hatem

Autour de son soliste, Claude Puel a bâti un orchestre capable de jouer la même partition allegro ma non troppo. Avec plus de 55% de possession de balle en moyenne et 84% de passes réussies depuis le début de saison, Nice joue court, au sol et mise plus sur le mouvement que la vitesse pour éliminer l’adversaire. «On a un style de jeu différent et on fait des choses intelligentes», souligne le milieu de terrain Jean Michaël Seri. Avec Seri (1m68, 65 kilos) mais aussi Nampalys Mendy (1m68, 68 kilos) et Vincent Koziello (1m68, 56 kilos), Claude Puel aligne le milieu de terrain le plus léger sans doute depuis le mythique Tigana-Giresse-Genghini titularisé par Michel Hidalgo lors du France-Autriche de la Coupe du monde 1982.

La référence n’est pas fortuite. Même s’il fut un milieu de terrain de devoir, même s’il a toujours demandé effort et discipline à ses joueurs, Claude Puel se revendique d’une identité de jeu «à la française». Il l’avait dit au Temps en juillet 2015, alors que son équipe se préparait à Divonne-les-Bains. «Historiquement, le football français, c’est beaucoup de technicité, des joueurs avec du talent, des gestes qui sortent de l’ordinaire. […] Avec Nice, tout le monde nous prend pour une équipe batailleuse mais depuis deux saisons nous sommes cinquièmes ou sixièmes en termes de possession de balle. Notre effectif fait une place aux profils jeunes et techniques qui ne pourraient pas forcément s’exprimer ailleurs.»

«Pour les jeunes, c’est le meilleur»

Que Puel la rigueur regrette le manque d’audace des entraîneurs de Ligue 1 avait fait sourire, ou grincer des dents, à l’époque. Mais alors qu’en France les coachs font surtout le spectacle dans les médias, lui bosse et ose. Hormis la défense centrale, aucun joueur ne mesure plus d’1m85. Le 23 janvier contre Lorient, Dorian Caddy (20 ans) est devenu le 22e aiglon sorti du nid par Puel. «Pour les jeunes, c’est le meilleur», affirme à L’Equipe son ancien joueur à l’OL et Nice, Timothée Kolodziejczak, aujourd’hui au FC Séville. «A Lyon, il avait des bâtons dans les roues, alors qu’à Nice il décide de tout.»

«Que Claude Puel réussisse à Nice n’est pas une surprise, nous confiait cet automne Eric Abidal. Et il a les joueurs pour jouer de manière offensive.» L’ancien défenseur du Barça n’hésite pas à en parler comme d’un «père spirituel, un grand coach. Il exige énormément de ses joueurs, mais il n’a pas son pareil pour leur faire retrouver la confiance. Ça a été mon cas à Lille, c’est celui d’Hatem Ben Arfa actuellement à Nice.» Le profil de Claude Puel rappelle celui de Lucien Favre. Même capacité à «sortir» des jeunes, même méticulosité, même éthique du travail. Les deux hommes se connaissent et s’estiment.

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