Rugby

Le Tournoi des Six Nations, une madeleine à déguster avec un protège-dents

Le rugby est le plus télégénique des sports et le Tournoi des Six Nations la plus addictive des séries: 15 épisodes étalés sur cinq week-ends entre février et mars. La saison 122 débute samedi

C’est le rendez-vous de l’hiver de ceux qui n’aiment pas le ski. Le Tournoi des Quatre puis Cinq puis Six Nations est comme les premiers bourgeons de l’année: la promesse de la vie qui renaît. Il annonce le retour des activités extérieures mais justifie paradoxalement de paresser encore quelques week-ends sur son canapé. Il faut dire que le rugby est le plus télégénique des sports et le Tournoi la plus addictive des séries: 15 épisodes étalés sur cinq week-ends et sept semaines entre février et mars. La saison 122 débute samedi.

La création de la Coupe du monde de rugby en 1987, l’apparition de la Coupe d’Europe en 1995 et la multiplication des matches de Top 14, H Cup et Super Rugby à la télévision, n’y ont rien changé: le Tournoi reste une épreuve à part. Un délicieux anachronisme, une madeleine à déguster avec un protège-dents. Il n’y a pas de qualification, pas de promotion ni de relégation, juste des matches entre six équipes, toujours les mêmes, qui reçoivent et visitent chaque adversaire une année sur deux. Dit comme ça, le «pitch» ne fait pas très envie mais le charme suranné de cette compétition séculaire tient justement dans cette permanence d’un singularisme que la Coupe de l’America, pour ne citer qu’elle, n’a pas su conserver.

Des trophées aussi fictifs qu’innombrables

Le Tournoi se distingue par ses trophées, souvent fictifs mais innombrables. Il y en a presque un par match. L’équipe qui gagne ses cinq rencontres réussit le Grand Chelem. L’Angleterre y est parvenue 12 fois, le pays de Galles 11 fois, la France neuf fois. Il n’y a pas de trophée spécifique pour le Grand Chelem mais la victoire au classement final du tournoi vaut, depuis 1993, une coupe d’argent qui ressemble à une cafetière italienne en inox. Les Gallois détiennent le record (37 victoires) et ont réussi le dernier Grand Chelem (en 2012). La nation britannique qui bat ses trois cousines coiffe la Triple Couronne. L’équipe qui termine dernière (ou qui perd ses cinq matches, les avis divergent) repart avec la cuillère de bois. Le vainqueur du match Angleterre-Ecosse hérite en outre depuis 1879 de la Calcutta Cup. Récemment sont venus s’ajouter le Millenium Trophy (en 1988, pour le vainqueur du match entre l’Angleterre et l’Irlande), le Centenary Quaich (Ecosse et Irlande, depuis 1989), le Trophée Eurostar (Angleterre et France, depuis 2000) et le trophée Garibaldi, qui scelle l’amitié franco-italienne depuis 2007.

Les clichés assumés

Le Tournoi des Six Nations, c’est l’esprit de clocher porté à l’échelon national. Les stades sont toujours pleins d’une foule composée souvent de provinciaux montés pour la fête du rugby. Chaque équipe a ses couleurs, son style, son stade, son emblème, son hymne, sa bière. Toute de blanc vêtue, une rose rouge sur la poitrine, l’Angleterre est disciplinée comme l’armée des Indes. Dans le temple de Twickenham, ses supporters, une main sur le cœur, l’autre sur leur pinte de ale, entonnent le «God Save the Queen» puis (historiquement lorsque la victoire était proche, désormais un peu n’importe quand) le «Swing Low, Sweet Chariot». Dans les années 90, ses joueurs étaient anglais jusqu’à la caricature: Rory Underwood était pilote de la RAF, Rob Andrews sortait des bancs de Saint-John à Cambridge, et Will Carling des draps de Lady Di.

L’équipe du pays de Galles, aussi appelée XV du Poireau, aligne sous le maillot rouge orné de trois plumes d’autruche une flopée de Jones, quelques Davies et une grosse poignée de Williams. Les prénoms changent selon les années, pas la jouerie de cette nation folle de rugby. A l’Arms Park comme au Millenium, les chœurs gallois lui offrent la plus extraordinaire des bandes-son.

L’Irlande unie, un mois par an

Inoubliable aussi, le «Flower of Scotland» à Murrayfield. Il n’y a pas plus bel hymne que celui chanté à Edimbourg. Il n’y a pas plus beau maillot non plus dans le Tournoi que ce bleu marine brodé d’un chardon ardent. Malheureusement, les fils d’Ecosse ne sont pas aussi solides. Il leur reste la sympathie de la princesse Anne et la fierté de mourir bravement héritée de William Wallace.

Cinq week-ends par an, l’Irlande est unie derrière son équipe de rugby, ses deux hymnes («Amhrán na bhFiann» et «Ireland’s Call»), son trèfle à trois feuilles et ses quatre provinces. Les Irlandais jouent en vert, avec beaucoup de cœur et pas mal de malice. L’Aviva Stadium a remplacé Lansdowne Road et la petite gare sous la tribune a cédé la place à un toit de verre beaucoup plus design mais le terrain reste hostile pour le visiteur.

French flair et week-end à Rome

Lorsque son équipementier le veut bien, la France joue en bleu, blanc, rouge. Lorsque son entraîneur le veut bien, elle offre le plus beau des spectacles. Capables du meilleur comme du pire, incomparables dans l’un comme dans l’autre, les Français offrent une assez juste représentation du village gaulois dépeint par Goscinny et Uderzo. Et lorsqu’une passe dans le dos ou une relance de 80 mètres ressuscitent le French flair, le supporter français, fier d’être le Brésilien du rugby, se dresse sur ses ergots et chante le seul chant qu’il connaisse: «La Marseillaise».

Les Italiens sont arrivés les derniers, en 2000. Pour la plus grande joie des fans britanniques qui peuvent venir boire des bières en t-shirt dans Rome. L’Italie perd des matches (12 victoires seulement en 16 éditions) mais gagne des supporters par sa fraîcheur, son esprit offensif, ses valeurs. Tout le contraire d’un Calcio en perte de vitesse. Commencée dans le petit stade Flaminio, l’aventure se poursuit désormais au grand stade Olimpico. Le Tournoi des Six Nations est plus vivace que jamais.


LE PROGRAMME

Samedi

15h25 France-Italie

17h50 Ecosse-Angleterre

Dimanche

16h Irlande-Galles

Tous les matches en direct sur France 2

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