Sport

Le défenseur du PSG attaqué de partout

Le joueur ivoirien Serge Aurier est devenu la cible des réseaux sociaux depuis qu’il a traité son entraîneur de «fiotte». Ses excuses n’ont fait qu’aviver l’incendie

On le blâme, on le blâme, mais Serge Aurier, le défenseur ivoirien du Paris-Saint Germain, a tout de même réalisé un exploit ce week-end: tirer un retentissant autogoal en étant même pas sur le terrain! De quoi ébranler le monde du football et réjouir les réseaux sociaux, toujours prompts à se moquer du QI des joueurs, à fustiger leurs salaires mirobolants, à épingler leur vulgarité et à dénoncer leur homophobie larvée. Plusieurs internautes reconnaissent toutefois avoir appris quelque chose, l’existence de Périscope, une application qui permet de filmer et diffuser en direct via son smartphone. Mais reprenons depuis le début.

Lire aussi: «Periscope, c’est la vérité du moment filmé»

Samedi soir, le latéral droit du Paris-Saint-Germain décide, avec son copain footballeur Mamadou Doucouré, souvent caché par la fumée de sa chicha, de se filmer via la fameuse application. 3500 followers sont au rendez-vous de ce live qui se veut cool, entre potes, et qui permet aux fans d’Aurier de lui poser des questions directes, dont celle-ci: «Laurent Blanc, il fait souvent la folle ou pas»? Réponse de la même eau de Serge Aurier: «C’est une fiotte» Il n’évoque pas l’orientation sexuelle de son entraîneur mais sa soumission à Zlatan Ibrahimovic, le buteur du PSG. Dans un même langage fleuri - celui des vestiaires selon les experts – il s’en prend aussi à certains de ses coéquipiers.

Sanctionné par le PSG

Dans la nuit de samedi à dimanche, un extrait de cette vidéo, dont le contenu normalement s’efface au bout de 24 heures, apparaît sur Twitter. Sentant le buzz, un internaute l’a copiée et en a posté les meilleurs moments. Dimanche matin, le PSG annonce sur son site que Serge Aurier «est mis à pied à titre conservatoire» pour ses propos inadmissibles. Il manquera donc la 8e de finale de ce mardi 16 février contre Chelsea, fragilisant ainsi son équipe dans un match décisif.

Je me suis engagé pour le faire venir à Paris, et voilà comment il me remercie. C’est pitoyable.

Dans un premier temps, Serge Aurier dément et annonce qu’il portera plainte pour falsification d’images. Mais face à l’incendie, il choisit de s’excuser. Avec une petite voix plaintive, il dit avoir fait «une grosse connerie» et «accepte toutes les sanctions que pourra prendre le club». Il regrette en particulier ses propos à l’égard de Laurent Blanc. Lequel dira sur Eurosport: «Je me suis engagé pour le faire venir à Paris, et voilà comment il me remercie. C’est pitoyable».

Cible des réseaux sociaux

En quelques heures, «le guerrier» devient la cible des réseaux sociaux. Plusieurs montages le montrent dans le rôle de Jawad, le logeur «candide» des terroristes de Saint-Denis. On se moque de sa naïveté, on le traite à son tour de «fiotte» après son mea culpa de petit garçon, on fustige son ingratitude, on rappelle qu’il a déjà été suspendu pour insultes sur Facebook. Certains demandent qu’il soit exclu du club, d’autres qu’il rembourse tout ce qu’il a gagné. Certains exigent la prison. «Il serait terroriste que cela ne serait pas pire», relève un tweeto.

Face à cette curée, certains chroniqueurs, sans prendre sa défense, lui trouvent des circonstances atténuantes. C’est le cas du journaliste sportif Bruno Roger-Petit, citant René Girard, auteur de La violence et le sacré: «Le footballeur, on l’aime autant qu’on le hait, car on s’en veut de l’aimer». Jeremy Collado du site Slate y voit aussi une forme de sacrifice: «Pour préserver son image, le club fait bloc face à son joueur, accusé de dénigrer la marque.» Quant à Mathieu Grégoire de Libération, tout en déplorant le «manque de délicatesse de l’expression d’Aurier», il se réjouit de voir que «la pulsion vitale trouvera toujours à se faire entendre» dans un monde où la langue de bois est devenue la norme tant il y a d’intérêts à protéger.

Publicité