Football

Le nouveau stade ultraconnecté de Lyon invite à vivre le sport autrement

Le flambant neuf Parc OL a vibré dimanche soir avec la victoire de Lyon sur le PSG (2-1). Le premier temps fort de ce stade conçu comme un salon pour les spectateurs et un bureau pour les entreprises

Elles sont arrivées tôt, vers 19h45. Pour déployer leur calicot et disent-elles, «bien profiter de notre nouveau stade». Ces quinze supportrices de l'Olympique Lyonnais (OL) font partie du club O'elle, une association qui n'accepte que les dames. Elles se sont assises dans le virage ouest, au premier rang, à neuf mètres de la pelouse. Du temps de Gerland, l'ancien stade, tout le monde était un peu loin du terrain, à 25 mètres environ. Les quinquagénaires se réjouissent par avance parce qu'elles verront de près leur chouchou, Christophe Jallet, défenseur latéral droit, le parrain du club O'elle.

Hélas, un stadier leur dit qu'il ne jouera pas ce soir contre le grand Paris-Saint-Germain. Il serait blessé ou suspendu. «C'est dommage, on aurait pu lui envoyer des baisers» regrette Martine. Que pensent-elles de la nouvelle enceinte ? «De loin la nuit c'est comme un vaisseau spatial, c'est magique, la couleur mauve est très belle» dit Martine. Joëlle, sa belle-soeur: «Oui mais du temps de Gerland, avant les matchs, on allait au bistrot chez Roger, ici il n'y a pas de troquet dans les environs ou alors il faut aller dans les tribunes VIP chez Bocuse à 60 euros le menu». Ce dimanche soir, le nouveau stade a fait le plein (59 186 spectateurs), l'OL a gagné 2 à 1 et a mis fin à un an d'invincibilité du club parisien. Les dames du virage ouest étaient aux anges.

Les accès au public. photo eddy mottaz

Le rêve de Jean-Michel Aulas

Lyon en rêvait, Jean-Michel Aulas, le président de l'OL, l'a fait. La capitale des Gones a donc enfin un stade digne de la troisième ville de France. Bâti à Décines (banlieue est) en un temps record (pose de la première pierre en novembre 2013), conçu par l'agence londonienne d'architecture Populous qui a aussi signé l'Emirates Stadium de Londres et le Stade de Wembley, le Parc OL semble enchanter autant les supporters Bad Gones et Gastrogones que les industriels et people qui s'y pressent, les premiers derrière les goals, les seconds dans les six salons «aux six ambiances», les 105 loges et les 4 event box. C'est populaire et très chic, à l'image du foot moderne. Des chiffres: 4 niveaux, 7 500 tonnes d'acier pour la charpente métallique, plus que pour la Tour Eiffel, 33 km de gradins, coût de 450 millions d'euros sur fonds uniquement privés.

Dans le stade. photo eddy mottaz

Lire: Jean-Michel Aulas: «Le football est devenu une économie régulée» (03.09.2015)

Gerland appartenait à la ville, le Parc OL est celui du club. Et Jean-Michel Aulas compte en faire un lieu de vie «365 jours par an». Avec hôtel, centre de loisirs, centre de médecine préventive etc. Le foot y sera roi (6 matchs de l'Euro en juin) mais Rihanna viendra chanter en juillet. «L'ouverture aux entreprises et à l'événementiel est une nécessité», insiste le président. Les loges d'une vingtaine de places, dotées de bureaux, à 70% déjà louées, seront ainsi accessibles quasiment à toute heure de la journée, qu'il y ait une match ou pas. «L'idée est que ces loges se muent en un espace de travail comme un autre pour y recevoir la clientèle ou organiser des séminaires» précise Valérie Fontaine, porte-parole. Pour répondre au besoin grandissant en hospitalité demandé par le public mais aussi les professionnels (entrepreneurs, presse, sécurité, restauration), la nouvelle enceinte s'est dotée, en partenariat avec Orange, de ce qui se fait de mieux dans l'Hexagone, et probablement en Europe, en matière de réseau Wi-Fi.

Vibrer sur son smartphone aussi. photo eddy mottaz

Un stade connecté

Celui-ci constitué de 370 écrans IPTV connectés et de 600 bornes réparties dans tout le stade (du toit à la pelouse, sous les sièges) permet 20 000 connexions simultanées gratuites. C'est déjà un succès puisque le réseau a déjà enregistré sans encombre un pic de 8 300 connections simultanées. «Il suffit de télécharger l'application Parc OL pour vivre un match autrement» indique Valérie Fontaine. Elle permet de réserver un billet qui transforme le smartphone en billet numérique. Il sera scanné à l'entrée. Idem pour la place de parking. Parc OL offre la possibilité de se restaurer sans bouger de son siège en passant commande via l'application. Cela permet de régler directement par carte bancaire, le seul moyen de paiement utilisable dans le nouveau stade. Mais, test à l'appui, ce service n'est pas encore totalement disponible. La personne peut cependant passer la commande et on lui indique la buvette la plus proche de son siège parmi les 58 existantes.

L'application smartphone du nouveau stade. photo eddy mottaz

Smartphone et carte de crédit

La SocioOL room intégrée dans l'application invite les supporters à partager leurs photos sur Facebook et Twitter. Autre offre en cours de finalisation: la possibilité de revoir en streaming les meilleurs moments du match ou les ralentis. Une expérience semblable a été tentée par le PSV Eindhoven aux Pays-Bas qui a tourné court, les supporters jugeant que le Wi-Fi détournait le public et cassait l'ambiance. Pour le moment, les Gones plébiscitent plutôt leur smart stadium. Un jeune venu avec trois amis: «On ne va pas commander un sandwich parce que c'est trop cher mais on vit le match sur les réseaux avec les potes qui sont restés dans le quartier. On balance des photos et des vidéos».

Un pari du nouveau stade est de pouvoir faire accéder la quasi-totalité des spectateurs par les transports en commun, Un tram s'y arrête et la ligne le relie directement à la gare Part Dieu en 18 minutes ou l'aéroport en 10 minutes. Ce mode de déplacement est vivement conseillé car les 6 500 places de parking sont insuffisantes et garantissent des sorties de stade longues et épiques. L'OL encourage par ailleurs le covoiturage en offrant à l'année une place de parking à cinq abonnés se rendant au Parc OL dans le même véhicule. La pelouse hybride, synthétique et naturelle, est arrosée par de l'eau de pluie récupérée. 


Un nouveau stade pour quelle équipe?

La victoire (2 à 1) dimanche soir face au PSG a fait de Jean-Michel Aulas l'homme le plus heureux de la planète foot. «On est très fier d'être au niveau du Real Madrid, l'autre tombeur du club parisien» a osé le président de l'OL. Les Lyonnais remontent à la troisième place du classement à 31 points (!) du PSG à et huit de Monaco. La mission des Gones est désormais de passer devant les Monégasques afin de se qualifier directement pour la Ligue des Champions. Car l'OL, dans son nouvel écrin, se doit de figurer parmi le ghotta européen. Pour des questions de prestige et des raisons budgétaires.

Mais pour aller au-delà de la figuration, l'OL devra revoir sa politique de recrutement. Le Guadeloupéen Claudio Beauvue est parti aussi vite qu'il était arrivé, l'espoir espagnol Sergi Darder a déçu jusqu'à son subtil goal dimanche soir, l'international Mathieu Valbuena acheté au Dynamo Moscou fait plus parler de lui hors le terrain que sur, et le buteur Alexandre Lacazette se morfond après un transfert raté l'an passé et l'absence de son compère Nabil Fekir, le grand espoir du foot français, blessé depuis septembre 2015. L'OL s’enorgueillit de posséder le meilleur centre de formation de France et peut miser sur ses jeunes pousses. Dimanche soir, c'est une équipe B et beaucoup de gamins qui ont vaincu le PSG. Il y a là un vrai potentiel. Mais il faudra à l'OL une star ou deux pour renouer avec les folles soirées des années 2000-2010 (sept titres nationaux et une demi-finale européenne).

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