affaire kadhafi

Genève refuse de contribuer au 1,5 million destiné aux Libyens

La somme a été placée sur un compte bloqué en Allemagne. Elle ne sera versée au clan Kadhafi que si les responsables de la fuite qui a débouché sur la publication de photos d’identité judiciaire d’Hannibal ne sont pas trouvés

Tout, ou presque, a été dit sur la somme de 1,5 million de francs que la Suisse s’apprête à offrir à Hannibal Kadhafi. On commence enfin à y voir plus clair. La somme a bien été versée. Mais sur un compte bloqué, auquel les Libyens n’ont pas encore accès. Surtout, le canton de Genève fait savoir qu’il n’y contribuera pas. «Nous ne participerons pas à cet étrange versement», assène François Longchamp, le président du Conseil d’Etat genevois, interrogé par le Temps. Pas question pour lui que l’argent public des contribuables genevois soit utilisé à cette fin. Le ministre genevois, agacé, dit avoir appris l’existence du versement de cette somme par la presse. Il a aussitôt tenté, mercredi, de joindre Micheline Calmy-Rey pour obtenir des explications. En vain.

Dimanche, Moussa Koussa, le ministre libyen des Affaires étrangères, avait allumé le feu en laissant entendre à l’AFP qu’Hannibal Kadhafi avait été «indemnisé à hauteur de 1,5 million d’euros par le canton de Genève» pour la publication de ses photos d’identité judiciaire dans la Tribune de Genève. Le montant aurait selon lui été transféré sur un compte du fils du leader libyen, ajoutait l’agence. Le lendemain, le gouvernement genevois et Micheline Calmy-Rey ont tous deux énergiquement démenti avoir versé de l’argent aux Libyens.

Aujourd’hui, on comprend que Micheline Calmy-Rey jouait sur les mots et que Genève n’était au courant de rien. Car si les Libyens n’ont pour l’instant effectivement rien touché, la thèse véhiculée par le Blick dans son édition d’hier est juste: 1,5 million de francs – et non d’euros – ont été versés sur un compte bloqué, avec pour garants les médiateurs espagnol et allemand. Ce compte se trouve en Allemagne, précise Lars Knuchel, le porte-parole du Département fédéral des Affaires étrangères. Il explique que le versement est intervenu car «des mesures pour rétablir la confiance étaient nécessaires à la libération de Max Göldi».

Le montant de 1,5 million de francs sur lequel se sont entendues les parties – les Libyens revendiquaient au départ 20 millions – figure expressément dans une annexe de l’accord signé en mai par les secrétaires d’Etat libyen, suisse, allemand et espagnol et paraphé dimanche par Micheline Calmy-Rey et Moussa Koussa. Il s’agit d’une «compensation financière» prévue si les responsables de la fuite qui a permis la publication des photos d’Hannibal Kadhafi dans la presse ne sont pas démasqués. Une somme censée couvrir les frais engagés par les Libyens, y compris les honoraires de Me Charles Poncet. Le principe de la compensation est mentionné au point deux de l’accord qui a permis la libération de Max Göldi. Comme la procédure pénale en cours à Genève piétine, il apparaît d’ores et déjà acquis que le fils du colonel empochera la somme.

Reste à savoir qui paiera. Et c’est là que le bât blesse. Le scénario le plus plausible est que la Confédération et peut-être ABB, qui a déjà pris en charge les frais d’avocats de Max Göldi, aient versé l’argent bloqué sur le compte. Mais Genève devra forcément passer à la caisse, estiment les services concernés à Berne. D’autant plus que l’accord précise clairement que le canton de Genève «reconnaît sa responsabilité». Une responsabilité pointée du doigt le 12 avril par le tribunal de première instance du canton. «La Confédération négocie le partage des coûts avec plusieurs acteurs», souligne Lars Knuchel. Mais voilà: la résistance véhémente de François Lonchamp annonce un bras de fer sans pitié. Et des discussions animées. Berne aura du mal à présenter sa facture à Genève.

Une réunion aura lieu vendredi à Madrid entre les délégations libyenne et suisse. But de la rencontre: concrétiser le processus de normalisation des relations entre les deux pays, tel que prévu par le «plan d’action». La mise en place du tribunal arbitral, chargé d’élucider les circonstances de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi, sera discutée. Beaucoup de points restent à régler. Le DFAE déconseille toujours aux Suisses de se rendre en Libye.

Le million et demi sera-il débloqué aux Libyens vendredi déjà? Rien ne permet encore de l’affirmer

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