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Menace sur le compte suisse de WikiLeaks

Postfinance confirme que l’Australien Julian Assange a ouvert un compte auprès d’elle. L’établissement helvétique examine si le fondateur du site internet WikiLeaks a bel et bien un domicile à Genève

La Suisse comme base arrière de Julian Assange et de son site WikiLeaks? Les liens entre le pays et le fondateur de la controversée plate-forme se multiplient. L’Australien, qui envisageait en novembre de demander l’asile en Suisse et qui a pu bénéficier de l’appui logistique du Parti suisse des pirates, a ouvert un compte chez PostFinance, par lequel lui parviennent les montants versés par ses supporters.

L’existence de ce compte, mise en évidence par la NZZ am Sonntag, a été confirmée par le porte-parole de l’établissement financier, Marc Andrey. Ce canal est celui qui permet d’alimenter le «Julian Assange Defence Fund». Sur le site internet de WikiLeaks, les usagers sont invités à participer par ce biais aux «frais de défense» des collaborateurs de l’organisation. Deux comptes bancaires en Islande et en Allemagne, ainsi qu’un compte postal en Australie sont également signalés sur le site de WikiLeaks. PostFinance ne communique pas la date d’ouverture de ce compte, ni les mouvements enregistrés, ces données étant confidentielles. Il pourrait avoir été ouvert en novembre dernier, au moment où Julian Assange a donné une conférence de presse à Genève. Mais il s’agit d’une supposition.

Genève est le lieu indiqué par le fondateur de WikiLeaks comme domicile en Suisse. L’ouverture d’un compte chez PostFinance nécessite en effet l’existence d’un domicile helvétique – ou dans les régions frontalières – ou d’intérêts financiers à travers un bien immobilier ou une affaire.

C’est l’escalade autour de WikiLeaks, suscitée par la publication il y a huit jours de 250 000 documents de la diplomatie américaine, qui a poussé PostFinance à vouloir vérifier de plus près ces éléments. L’entreprise semble soucieuse que son image ne souffre pas de ses liens avec celui qui est devenu l’ennemi public des gouvernements. L’examen, qui pourrait prendre «plusieurs semaines», est en cours Si ces liens avec la Suisse n’étaient pas confirmés, le compte devrait en principe être fermé.

Samedi, la firme américaine de transactions financières Paypal a annoncé qu’elle mettait fin à sa collaboration avec WikiLeaks, justifiant cette décision par les activités «illégales» de cette organisation qui violent les règles commerciales auxquelles sont soumises les entreprises américaines.

Le compte chez PostFinance n’a fait l’objet d’aucune intervention des autorités politiques suisses, du moins à ce jour, a précisé au Temps le porte-parole Marc Andrey. Au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), c’est un «no comment». Le canton de Genève n’a pu être joint.

Le DFAE est concerné sur un autre plan par les fuites de WikiLeaks. Bien que non publiés, les documents relatifs à la Suisse commencent à filtrer. Selon le magazine allemand Spiegel, les dépêches américaines relatives à la crise Suisse-Libye font état de critiques des diplomates helvétiques envers leur patronne Micheline Calmy-Rey. Celle-ci se serait montrée trop fermée au point de vue libyen dans cette affaire.

Dans la presse dominicale, de jeunes ténors de la gauche, Bastien Girod (Verts/ZH) et Cédric Wermuth, président des Jeunes socialistes, souhaitent que la Suisse accorde l’asile politique à Julian Assange. Même si celui-ci en est resté pour le moment aux intentions vagues énoncées à Genève.

Dans plusieurs interviews, l’ambassadeur américain en Suisse, Donald Beyer, invite en revanche la Suisse à bien réfléchir avant d’accueillir un homme qui «indigne beaucoup de gens dans le monde, met en danger la vie de nombreuses personnes et fuit la justice suédoise», pays où il est recherché pour viol et fait l’objet d’un avis de recherche Interpol.

L’ambassadeur du gouvernement Obama se démarque par ailleurs de son prédécesseur Peter Coneway qui, dans un document «fuité» par WikiLeaks, qualifie la Suisse de «démocratie alpine frustrante», en raison du fort anti-américanisme dont elle serait marquée. «Il représentait le républicain George Bush, c’était un autre temps, un autre contexte», déclare le nouvel ambassadeur.

L’adresse wikileaks.ch avait été enregistrée il y a six mois auprès de Switch – la société zurichoise qui gère les adresses internet terminées par «.ch» – par le Parti suisse des pirates, qui milite pour la transparence. Elle a été activée jeudi soir, lorsque EveryDNS a interrompu son service à WikiLeaks (LT du 04.12.2010).

Dans un message adressé aux autres sections internationales du Parti des pirates, le président suisse Denis Simonet se réjouit que Switch ait résisté aux demandes de fermeture venant de France et des Etats-Unis.

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