Sotchi

De Sotchi à Lausanne, l’ambassade des victimes des JO

Délégués par des familles menacées de perdre leur logement, deux habitants de la ville russe s’adressent au gouvernement olympique en désespoir de cause. Témoignage

Le CIO comme dernier recours. Svetlana Nabokova et Vissarion Tserakhti sont venus de Sotchi à Lausanne pour frapper à la porte du gouvernement olympique. Ils trimbalent avec eux l’épais dossier de toute leur affaire, l’émotion de l’urgence et les espoirs des quelque 400 personnes qu’ils représentent.

Ce groupe réunit les propriétaires d’une cité d’habitation en voie d’achèvement dans le quartier Makarenko de la célèbre station de la mer Noire. Tous sont menacés de perdre leur bien: l’ensemble doit être rasé pour faire place à un parking destiné aux Jeux olympiques d’hiver 2014.

Svetlana Nabokova, 48 ans, mère de deux enfants, dit avoir perdu son travail de comptable à force de se consacrer à ce combat, qu’elle anime depuis des années. Vissarion Tserakhti, 30 ans, économiste actuellement sans emploi, était également disponible pour cette ambassade de la dernière chance. Comme ceux qu’ils représentent, tous deux ont investi leur avoir, dès 2004, pour l’achat d’un logement. Situés dans un complexe de 96 éléments accolés les uns aux autres, les appartements étaient à vendre entre 3,5 et 6 millions de roubles selon la surface. Une bonne affaire, avaient-ils pensé. Une quinzaine de familles sont déjà installées dans cet ensemble, qui n’est pas encore achevé.

Pas de base légale

La joie des nouveaux propriétaires aura été de courte durée: tout doit être démoli au printemps. Olimpstroï, la société publique qui édifie les sites olympiques, a agendé l’adjudication des travaux de démolition au 15 février, expliquent les voyageurs russes. Il est apparu que le nouveau quartier avait été construit sans base légale. Le patron de Laguna, la société promotrice, est en prison, mais cela n’aidera pas les propriétaires floués à retrouver leur mise. «A tous les échelons, la Ville de Sotchi, la région de Krasnolda, la Fédération de Russie, les autorités disent qu’elles ne peuvent rien faire pour nous alors que nous étions de bonne foi», se plaint Svetlana Nabokova en feuilletant son classeur.

Tout indique que les plaignants sont doublement victimes, d’une promotion malhonnête et de la brutalité du chantier olympique. «Il est impossible d’avoir construit et équipé en gaz un si vaste ensemble sans le consentement de l’autorité», soulignent les résidents spoliés, qui soupçonnent de la corruption.

Ce n’est du reste pas la première fois que le CIO reçoit des visiteurs de Sotchi. Au printemps dernier, des gens menacés d’expropriation avaient fait le déplacement. Svetlana Nabokova et Vissarion Tserakhti relèvent qu’ils ont reçu cette semaine au siège de Vidy un accueil attentif de la part de Robert Roxburgh, l’un des responsables des relations avec le comité d’organisation des JO.

Le CIO assure de son côté qu’il «prend très au sérieux la question des déplacements de personnes en relation avec la construction des sites olympiques». Et qu’il communique aux organisateurs les désaccords dont il peut avoir connaissance. «C’est ce qui a été fait avec la délégation venue cette semaine, précise le CIO. Par le passé, nous avons rencontré à plusieurs reprises à Sotchi, et avec les autorités russes, des résidents qui nous avaient contactés. Ces réunions ont abouti à la résolution d’un certain nombre de problèmes.»

La presse internationale s’est fait l’écho ces derniers mois du peu d’égards envers les victimes collatérales des chantiers olympiques, dans une ville où tout était à faire. Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, très impliqués dans ce projet, viennent de critiquer le retard pris dans les travaux.

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