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La farce, jusqu’à l’écœurement

Combien de rebondissements, de ratés, de faux épilogues?

Combien de rebondissements, de ratés, de faux épilogues? L’improbable affaire Mark Muller n’en finit pas de ne pas en finir mais finit par éclipser l’ensemble des affaires courantes, qui n’en demandaient pas tant.

Si surréaliste que cela puisse paraître, le dérapage incontrôlé d’un magistrat s’est mué en affaire d’Etat et les Genevois boivent le calice jusqu’à la lie, tous les matins à l’heure du café. Pourquoi? Parce que les acteurs de ce Grand-Guignol rivalisent d’amateurisme et de surenchère. Déconstruisons le récit et isolons ses protagonistes.

En commençant par le rôle-titre: Mark Muller, dont la succession de gaucheries démarre le 1er janvier au matin. Nul besoin de revenir en détail sur l’affligeante banalité de l’embrouille: deux noctambules en viennent aux mains pour des motifs nébuleux, l’un est barman, l’autre conseiller d’Etat. Il s’avérera plus tard que le premier a subi les assauts du second.

Mais l’absurde est ailleurs. Première grosse erreur: Mark Muller s’imagine naïvement que l’affaire restera discrète. Malheureusement, le barman porte plainte et le magistrat contre-attaque. Partant, l’inévitable se produit: la presse s’en mêle et le cauchemar débute. Sommé de s’expliquer, le conseiller d’Etat multiplie les déclarations alambiquées et attise la fureur de la partie adverse en jouant le tort partagé. Les avocats du barman entrent dans l’arène, dénoncent bruyamment les mensonges du magistrat et le jeu s’envenime quand l’homme d’Etat est mis en prévention. Il espère enfin s’en sortir par un accord à l’amiable, obtenu au prix d’un aveu contrit de responsabilité et d’une indemnité confidentielle.

Mais le ver est dans le fruit et Mark Muller ne voit pas venir ses ennemis politiques qui s’empressent, MCG en tête, de faire courir la rumeur: le magistrat aurait acheté le silence du barman. Tenu par le secret négocié, le ministre ne peut pas opposer de démenti convaincant. Une nouvelle guéguerre est déclarée entre les parties, sur le mode «ce n’est pas moi qui ai demandé la confidentialité, c’est lui…» Résolu à rester en place, le conseiller d’Etat n’a plus d’autre choix que de faire avec les moyens du bord, quitte à distiller maladroitement des documents à la presse, fâchant encore un peu plus ses adversaires. Il vivote aujourd’hui en disgrâce et offre aux téléspectateurs du «19:30» le triste spectacle du mauvais élève qui s’accroche.

Autre acteur de cette farce: le Conseil d’Etat. Alors que l’ensemble de ses collègues espèrent en coulisses que le libéral jette l’éponge, le Collège le soutient officiellement. Mais avertit, par la voix de son président, Pierre-François Unger, qu’il ne saurait tolérer que Mark Muller ait versé plus d’argent que ne l’exigeait la stricte compensation des frais encourus. Pourtant, le versement d’un «tort moral» n’aurait rien d’abracadabrant, dans la mesure où le magistrat a reconnu sa responsabilité! Déterminé à se rassurer sur la nature de cette indemnité – mais toujours entravé par cette satanée confidentialité –, le Conseil d’Etat sort une brillante idée de son chapeau: nommer un expert indépendant et lui confier l’examen de l’accord. Et Pierre-François Unger prévient: si le barman refuse l’expertise, cela voudra dire qu’il a quelque chose à cacher… A peine voilée, la menace fait à nouveau bondir les avocats du barman, qui crient au scandale. Plutôt que de garder ses distances, le Conseil d’Etat s’est mis en tête, pour la galerie, de faire toute la lumière sur l’affaire. Si Pierre-François Unger avait voulu jeter de l’huile sur le feu, il n’aurait pas agi autrement.

Derniers acteurs, secondaires, de cette gaudriole, les avocats du barman. Qui ne ratent pas une occasion de répéter que Mark Muller a menti et voient rouge plus souvent qu’à leur tour.

Dans un autre monde, Mark Muller aurait peut-être démissionné. Le Conseil d’Etat l’aurait peut-être laissé se débrouiller. Les avocats seraient peut-être moins enflammés. Et les Genevois ne friseraient peut-être pas la nausée.

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