étude européenne

«L’effet des caméras de surveillance ne dure pas longtemps»

Questions à Francisco Klauser, professeur assistant à l’Institut de géographie de l’Université de Neuchâtel

Questions à

Francisco Klauser, professeur assistant à l’Institut de géographie de l’Université de Neuchâtel

«L’effet des caméras de surveillance ne dure pas longtemps»

Selon l’enseignant neuchâtelois, responsable de la publication d’un numéro spécial de la revue internationale Information Polity consacré à la vidéosurveillance, l’installation de caméras se banalise au détriment de la réflexion sur leur utilité.

– Le Temps: Les caméras de surveillance sont-elles efficaces?

– Francisco Klauser: Elles permettent d’élucider certains crimes, selon les résultats des diverses études menées dans douze pays européens que nous avons regroupées et analysées dans notre revue. En revanche, l’effet préventif tant vanté par leurs promoteurs est rapidement décevant.

– Pourquoi?

– Dans le cas de la criminalité rationnelle, qui intègre une réflexion «coût-bénéfice», l’acte délictueux se déplace tout simplement au-dehors du champ de la caméra. Lorsque la criminalité a une dimension affective, l’auteur oublie vite la présence de la caméra et ce qui se passe derrière. Beaucoup d’études confirment qu’après une diminution dans un premier temps, la criminalité remonte vite. Idem pour le sentiment de sécurité des usagers. Au début les gens se sentent plus sûrs, mais ce sentiment disparaît rapidement.

– Ce constat va-t-il selon vous remettre en question l’intérêt pour ce type de surveillance?

– Difficile à dire. J’ai plutôt le sentiment qu’on assistera encore à d’importants développements de la vidéosurveillance dans les espaces public et privé. Les criminologues sont critiques, mais je ne pense pas que cela aboutira à une remise en cause. Dommage, car cela mériterait réflexion.

– Comment cela?

– On assiste à une grande banalisation des caméras de surveillance, alors que les budgets à disposition de la sécurité sont limités. On devrait à chaque fois se demander si c’est vraiment le moyen le plus efficace par rapport au but recherché. On pense que les caméras sont bon marché, mais le système est coûteux dès qu’il y a derrière les moyens humains qui seuls permettent d’intervenir en direct et efficacement. La population elle-même semble accorder aux caméras de surveillance un rôle secondaire, sur le même plan par exemple qu’un meilleur éclairage public.

Si elle avait le choix, elle préférerait toujours un renforcement du nombre des agents de sécurité sur les places publiques, dans les gares ou les cours de récréation.

– Où est en la Suisse dans ce domaine en comparaison internationale?

– Tout au début! La Grande-Bretagne compte 5 millions de caméras et peine à maîtriser cette masse d’informations. Derrière les installations de caméras, il y a souvent des groupes de commerçants qui veulent rendre leurs rues plus attractives en chassant les indésirables. A l’autre extrême, la ville de Hambourg est le seul endroit où la population a résisté à leur installation, au point qu’on a fini par les démonter. Il n’est pas question de contester ici l’utilité de la vidéosurveillance dans les banques ou sur les autoroutes, où l’alarme peut être déclenchée automatiquement. Mais pour sécuriser un quartier, il ne suffit pas de mettre quelques caméras et d’attendre que tout s’améliore. Une réflexion sur les investissements en matière de sécurité me paraîtrait préférable.

Propos recueillis par Yelmarc Roulet

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