anti-blanchiment

Ce Suisse qui nettoie les finances du Vatican

René Brülhart dirige l’organisme anti-blanchiment de la cité papale. Son premier défi: assainir la relation exécrable, dans ce domaine, du Saint-Siège avec l’Italie

Travailler dans un palais Renaissance à quelques mètres du pape, se retrouver seul dans la nuit romaine, à la sortie du bureau, devant le dôme colossal de Saint-Pierre… Et plonger dans les circuits financiers plutôt opaques du Vatican. C’est désormais le quotidien de René Brülhart, nommé le mois dernier à la tête de l’Autorité d’information financière (AIF), l’organisme anti-blanchiment du Saint-Siège. Sa mission s’annonce aussi inhabituelle que périlleuse.

Dans l’univers un peu gris des gendarmes financiers internationaux, ce Fribourgeois de 40 ans se démarque par un look soigné qui l’a fait comparer à James Bond. «Il est loyal, discret, indépendant, et il sait dire des choses désagréables de façon assez douce», explique l’un de ses anciens collègues.

Jusqu’à l’été dernier, il dirigeait le bureau d’annonces anti-blanchiment du Liechtenstein. Ses relations dans la très catholique principauté – la famille princière est très bien introduite au Vatican – l’ont sans doute aidé à décrocher son nouveau poste. Sa nomination vise à restaurer la crédibilité du Saint-Siège sur la scène financière internationale.

Dire qu’elle a été mise à mal ces derniers temps est un euphémisme. La première loi anti-blanchiment de l’histoire de la papauté, introduite en 2010, a été si mal formulée qu’il a fallu la réécrire quelques mois plus tard. En mai, Ettore Gotti Tedeschi, directeur de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), qui gère la fortune de l’Eglise et des congrégations catholiques, a été poussé à la démission. Il s’est dit menacé de mort après avoir été interrogé dans une affaire de blanchiment.

«Le Vatican a très mal commu­niqué dans cette affaire, préférant comme souvent ne rien dire», observe un connaisseur du Saint-Siège, qui décrit Ettore Gotti Tedeschi comme un «excentrique parlant de lui à la troisième personne». A l’automne, le prédécesseur de René Brülhart à la tête de l’AIF, Francesco De Pasquale, a été à son tour «placardisé» et écarté de toutes fonctions exécutives.

Depuis deux ans, le Vatican est la cible de sanctions financières italiennes qui obligent les banques de la Péninsule à exercer une «vigilance accrue» dans leurs relations avec le micro-Etat. L’Italie se plaint de difficultés dans l’entraide avec le Saint-Siège: «Dès qu’un flux financier vers le Vatican est repéré, cela donne lieu à des crispations politiques et diplomatiques, observe Claudio Foglini, spécialiste de la criminalité économique chez Scalaris. L’entraide est plus difficile entre le Vatican et l’Italie qu’entre l’Italie et la Suisse.» Améliorer les relations entre les deux Etats est la première priorité de René Brülhart – un travail que son statut d’Helvète neutre devrait faciliter.

Plus petit Etat du monde avec seulement 595 habitants, le Vatican ne compte qu’une seule institution financière digne de ce nom, l’IOR, qui gère 6,3 milliards d’euros. En novembre 2011, ce dernier comptait 20 772 clients, dont 37 membres de la famille du pape, 1604 évêques et 128 monastères, couvents ou abbayes. René Brülhart doit passer au crible ces comptes, poser des questions à leurs détenteurs pour savoir qui les utilise vraiment, et repérer les transactions potentiellement suspectes. Selon Claudio Foglini, le Vatican présente des risques réels en matière de blanchiment, en raison de son parc immobilier imposant, surtout en Italie, de son réseau dans les pays les plus improbables et de l’absence d’une culture de transparence financière.

Jusqu’à aujourd’hui pourtant, le Vatican n’a jamais ouvert d’enquête pour recyclage d’argent sale – un état de fait qui pourrait ne pas résister longtemps au zèle de René Brülhart.

«Dès qu’un flux financier vers =le Vatican est repéré, cela donne lieu à des crispations politiques»

Publicité