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La mort brutale d’Adeline secoue Genève

Un détenu, condamné pour viols, disparaît lors d’une sortie accompagnée. Le corps de la sociothérapeute a été retrouvé non loin du manège où tous deux devaient se rendre. Le gouvernement suspend toutes les sorties et ordonne une enquête administrative.

La mort brutale d’Adeline secoue Genève

Récidive Un détenu, condamné pour viols, disparaît lors d’une sortie accompagnée. Le corps de la sociothérapeute a été retrouvé

Le gouvernement suspend toutes les conduites et ordonne une enquête

Le cauchemar de toute autorité politique. C’est par la voix de son vice-président, le Vert David Hiler, que le Conseil d’Etat genevois a annoncé vendredi la découverte du corps d’Adeline M., une sociothérapeute, mère d’un bébé de quelques mois, qui avait disparu la veille lors d’une conduite accompagnée avec un délinquant sexuel. Une enquête administrative a été ouverte et confiée à l’avocat et ancien ministre Bernard Ziegler. Parallèlement, Pierre Maudet, magistrat chargé de la Sécurité, a annoncé la suspension de toutes les sorties pour les détenus qui dépendent de Genève ou qui se trouvent sur le territoire cantonal.

Détenu au centre de sociothérapie La Pâquerette, Fabrice A., un Franco-Suisse de 39 ans, était en train de purger deux peines totalisant une durée de 20 ans pour des viols. Une première condamnation à 5 ans de prison avait été prononcée à Genève pour des faits datant de 1999. L’homme ayant récidivé de l’autre côté de la frontière avant son procès et alors qu’il se trouvait en liberté provisoire, il a également écopé d’une nouvelle peine de 15 ans devant les Assises de l’Ain. En tant que binational, Fabrice A. a demandé et obtenu un transfèrement pour purger sa lourde sanction en Suisse.

Il est arrivé à Champ-Dollon en octobre 2008, a été incarcéré par la suite à Bochuz en mars 2009 avant d’intégrer La Pâquerette en 2012. Sa libération conditionnelle devant être examinée début 2015, un programme de sorties accompagnées a été mis sur pied après une période d’observation de 8 mois. Ce programme, avalisé par le Service de l’application des peines et mesures et approuvé par le psychiatre qui le suivait, prévoyait notamment une thérapie équestre. Cette thérapie (dont le coût, 130 francs, est pris en charge par une fondation et par le détenu lui-même) devait être dispensée dans un manège à Bellevue, qui s’occupe surtout d’enfants ayant des problèmes de motricité. C’est non loin de ce manège que le corps a été retrouvé vendredi par la police, peu après 11h.

Une première sortie a eu lieu le 3 septembre et s’est déroulée sans problème. C’était avec une autre accompagnatrice, qui a qualifié l’attitude et le comportement du détenu d’adéquats. Ce dernier avait aussi l’autorisation de faire quelques achats et de prendre un repas, a précisé la directrice de l’Office cantonal de la détention, Sandra Favre.

La deuxième sortie est celle qui s’est révélée fatale pour Adeline M., 34 ans. La victime, détentrice d’une formation en psychologie et en criminologie, travaillait à La Pâquerette depuis janvier 2007. «Elle disposait d’une vaste pratique et avait 200 sorties à son actif», a précisé, non sans émotion, Bertrand Levrat, le nouveau directeur des Hôpitaux universitaires de Genève, dont dépend le centre, et qui a célébré ainsi bien tristement ses 100 premiers jours à la tête de l’institution. «Elle a été choisie en raison de ses compétences», a-t-il encore ajouté.

«Cette terrible affaire heurte le bon sens et remet en cause le système», a poursuivi le conseiller d’Etat Pierre Maudet. L’enquête administrative, semble espérer le gouvernement, donnera des pistes pour améliorer les procédures et clarifier certains faits. «Lorsqu’un décès se produit, on est obligé de se reposer toutes les questions», a expliqué de son côté Pierre-François Unger, ministre de tutelle des HUG.

Parmi ces questions, il y a bien entendu les modalités de réinsertion des délinquants. «Il ne s’agit bien évidemment pas de remettre en cause le principe des libérations progressives mais de s’interroger sur l’évaluation de la dangerosité et sur notre capacité à renforcer le dispositif», a souligné Pierre Maudet. Le ministre pense que la suspension des sorties «durera le temps de la stabilisation». Pour l’instant, le gouvernement, défend-il, «prend ses responsabilités en mettant un coup d’arrêt».

Le déploiement des forces de l’ordre et la mise à disposition d’une ligne téléphonique spéciale par la police genevoise n’ont, pour l’instant, pas permis de mettre la main sur le fugitif. Vers midi, vendredi, un important dispositif a été déployé à Weil am Rhein (Allemagne), près de Bâle. Sans succès. La localisation d’un téléphone portable, appartenant à la victime, a mené les enquêteurs jusqu’à un ancien bâtiment douanier, a confirmé un porte-parole de la police régionale de Lörrach. Un restaurant et un salon de jeu ont également été fouillés, en vain. Un chien a pisté sa trace jusqu’à une voie ferrée, avant de la perdre.

De son côté, le Ministère public genevois est resté laconique, évoquant la «découverte d’un corps sans vie» à proximité du manège où devaient se rendre le détenu et son accompagnatrice. «Les premières constatations et les circonstances tendent à confirmer qu’il s’agit bien de la personne disparue.» Une procédure pour assassinat est ouverte.

«La victime disposait d’une vaste pratique de la sociothérapie et avait 200 sorties à son actif»

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