Délinquance

«Les parents sont plus violents en Suisse romande»

Le professeur Martin Killias présentait jeudi les résultats de la dernière étude sur la délinquance juvénile. Les délits et les actes de violence augmentent, à l’exception des bagarres en groupe. En outre, le chercheur se dit préoccupé par la maltraitan­ce familiale

«Les parents sont plus violents en Suisse romande»

Questions à

L’enquête vient de s’achever en Suisse. Plus de 2800 jeunes de 12 à 16 ans ont participé à un sondage sur Internet, et révélé le nombre de larcins ou d’actes de violence qu’ils avaient commis ou subis. Le professeur Martin Killias – responsable du volet suisse de cette étude internationale sur la délinquance menée dans 35 pays – présentait jeudi ses résultats, à l’occasion d’une journée de réflexion organisée à Aarau par l’Office fédéral des assurances sociales.

Le Temps: La délinquance juvénile s’est-elle accrue depuis vos précédents sondages, en 1992 et 2006?

Martin Killias: Nous constatons que le nombre de jeunes qui ont commis des vols, des actes de violence physique ou qui ont vendu de la drogue a augmenté. Ils étaient 1,2% à avoir provoqué des lésions corporelles – nécessitant des soins médicaux – en 2006. Ils sont 3,2% en 2013. J’aurais été soulagé de vous donner des résultats plus rassurants, mais ce n’est pas mon rôle. Et nos chiffres corroborent d’autres études de la police, de la SUVA, etc. Il faut relever toutefois une exception dans les résultats de notre enquête: les bagarres en groupe, qui ont stagné, voire diminué, depuis 1992.

– Comment expliquez-vous que les rixes ne suivent pas la même tendance?

– Les affrontements entre jeunes se produisent en général dans les cours d’école. On peut supposer que les actions de prévention, ainsi que les interventions plus musclées des directions d’établissement, ont eu un effet ­positif.

Il y a toutefois des différences entre la Suisse romande et le reste du pays: les jeunes francophones participent davantage à des bagarres en groupe. La prévention est-elle moins importante dans les écoles romandes? Les rixes sont-elles banalisées? Je n’accuse personne, je m’interroge. Notre sondage ouvre des pistes de réflexion.

– Selon votre étude, les jeunes Romands volent aussi ­davantage…

– Oui, je reste perplexe! Les vols à l’étalage et ceux commis sur des individus sont plus fréquents de ce côté de la Sarine. Je ne m’explique pas cette tendance. En ce qui concerne le trafic de drogue, par contre, les jeunes Alémaniques sont légèrement surreprésentés.

Mais ce qui me préoccupe, ce sont les victimes de maltraitan­ces familiales. Les enfants romands subissent nettement plus de violences de la part de leurs parents que les jeunes Alémaniques ou Tessinois. Qu’il s’agisse de châtiments corporels ou de coups donnés avec des objets, par exemple.

– Est-ce dû à une différencede perception des sondés?

– Il pourrait y avoir davantage de sensibilité de la part des jeunes francophones… Mais cette explication est peu probable et je n’y crois pas.

– Pourquoi les parents sont-ils plus violents en Suisse romande?

– Je n’ai pas de réponse. Mais c’est une question que les responsables de la prévention devraient empoigner!

– Vous avez également étudié la consommation d’alcool et de cannabis. Quelles sont les ­tendances?

– Les buveurs de vin et de bière ont légèrement diminué par rapport à 2006 (de 38,8 à 37,7%). Par contre, les alcools forts ont la cote et les adolescents en boivent davantage! La consommation régulière de cannabis a, elle aussi, un peu augmenté (de 7,2 à 11,8%).

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