Médias

Lausanne se voit en garant de la mission de service public de La Télé

La Ville va intensifier son soutien à la chaîne régionale en crise

Lausanne tient à sa lucarne

Difficile de trouver une voix hostile à l’engagement financier de Lausanne dans le capital de La Télé. La Ville entend même accroître son soutien. La commune se voit en garant de la mission de service public dévolue à la chaîne valdo-fribourgeoise. De plus, le diffuseur offre une lucarne médiatique rêvée aux acteurs politiques, économiques ou culturels de la métropole.

L’antenne, lancée en 2009, traverse une crise qui menace son existence. Christophe Rasch, fondateur et directeur général de La Télé vient de quitter ses fonctions. Un déficit abyssal l’a contraint au départ. Malgré 3,6 millions provenant de la redevance radio-TV, les comptes 2013 affichent une perte de 1,5 million. Les charges se montent à 6,6 millions.

L’assemblée des actionnaires, réunie ce mardi, a pris des mesures urgentes pour stopper l’hémorragie et doter la société des liquidités indispensables à son fonctionnement. D’autres dispositions seront mises en place à la fin de 2014.

Une nouvelle direction a pris les commandes. Le Fribourgeois Damien Piller est désormais l’homme fort de l’entité. L’avocat, actionnaire majoritaire de Radio Fribourg et éditeur de Sept. info, possède près de 49% des actions.

A leur tour, d’autres investisseurs vont augmenter leur participation. C’est le cas de Lausanne, qui promet 550 000 francs d’ici à la fin de l’année si le parlement communal donne son feu vert. Ou du Centre patronal vaudois, qui passe immédiatement de 100 à 250 000 francs.

Ce n’est pas la première fois en cinq ans d’activité qu’une mise de fonds supplémentaires s’avère nécessaire. En 2010 déjà, les actionnaires ont dû intervenir. Par ailleurs, la direction de La Télé a connu une certaine instabilité avec de nombreuses défections au fil des ans.

TV dite privée, la chaîne appartient en réalité pour un tiers environ aux collectivités publiques, dont Lausanne est la plus importante avec environ 23%. Par contre, la municipalité ne contribue pas à son exploitation, assurée par la redevance et les recettes publicitaires. C’est d’ailleurs la concurrence des émetteurs français sur ce marché qui a compromis en partie la viabilité de l’antenne valdo-fribourgeoise, dont l’audience n’a jamais vraiment décollé.

Perte de valeur de 800 000 francs

Dans ce contexte, la question de la présence de la Ville s’est posée au sein de la municipalité, indique le syndic lausannois Daniel Brélaz. Les liens historiques avec TVRL, ancêtre télévisuel lausannois de La Télé, justifient la présence de Lausanne, qui a décidé de ne pas se retirer.

A ceux qui s’inquiéteraient du sort des deniers communaux, Daniel Brélaz rétorque que la Ville a essuyé une perte de valeur de 800 000 francs sur le 1,1 million engagé dans le capital de La Télé. «C’est bien moins que les 10 millions versés en guise de subvention à TVRL entre 1993 et 2009.»

Malgré quelques réticences, plutôt prononcées au sein de l’UDC, le monde politique citadin tient le même discours. Tout au plus, les partis exigeront davantage de rigueur dans la conduite des affaires.

Finalement, les Lausannois réclament le retour à la proximité. Espérant, à l’image de Christophe Reymond, directeur du Centre patronal vaudois, que La Télé réussisse bon gré mal gré à «faire contrepoids» au monopole de la RTS sur les terres vaudoises et fribourgeoises.

Christophe Rasch, lui, avait souhaité transformer le diffuseur en chaîne romande pour échapper au périmètre étriqué que la Confédération lui avait attribué. Le déficit de l’exercice 2013 a étouffé cette ambition.

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