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Mikhaïl Khodorkovski se lance dans les médias

L’homme d’affaires devenu opposant politique, installé dans le canton de Saint-Gall depuis le début de l’année, compte financer une nouvelle plateforme d’information internet

Les intentions de Mikhaïl Khodorkovski – libéré le 20 décembre 2013 après dix ans de détention en Russie pour fraude fiscale, escroquerie et blanchiment – se précisent. A l’heure où le président russe, Vladimir Poutine, resserre son étau sur les médias indépendants, l’ancien oligarque installé dans le canton de Saint-Gall prévoit de financer une plateforme d’information online. Plusieurs porte-parole le confirment, sans plus de commentaires.

Le futur site en langue russe, qui sera basé en Lettonie, est conçu comme un contrepoids à la propagande des médias officiels en Russie. Son lancement doit être annoncé en septembre, en même temps que d’autres projets liés à la réactivation de la fondation de Mikhaïl Khodorkovski, Open Russia. Cette organisation avait été créée en 2001 par l’ancien entrepreneur, du temps où il dirigeait le groupe pétrolier Yukos, avec pour objectif de «développer la société civile russe». Elle avait dû cesser ses activités en 2006, après le gel de ses avoirs par les autorités de Moscou.

Galina Timtchenko, ex-rédactrice en cheffe du site lenta.ru, prendra la tête de ce nouveau portail web. La journaliste russe avait été licenciée le 12 mars dernier, dans ce qui est perçu comme une tentative de mettre au pas le ­principal site d’information indépendant du pays. Peu avant, le ­Roskomnadzor, l’autorité de surveillance des médias en Russie, avait adressé un avertissement à la rédaction de lenta.ru suite à la parution d’une interview d’un ultranationaliste ukrainien.

Galina Timtchenko ne devrait pas avoir de difficultés à s’entourer d’une équipe de journalistes aguerris: de nombreuses plumes critiques sont sur le carreau en Russie. Depuis le début du conflit en Ukraine et l’annexion de la Crimée, le Kremlin redouble d’efforts pour contrôler la presse et la télévision, bloquant les sites qui ne diffusent pas la propagande officielle ou édictant des lois liberticides. Interpellations et licenciements de journalistes sont monnaie courante.

Mikhaïl Khodorkovski en meneur d’une contre-offensive médiatique? Peu avant sa libération, l’intarissable détracteur du Kremlin s’était engagé, dans une lettre à Vladimir Poutine, à renoncer à toute activité politique. Dans son entourage, on préfère parler de «projet pédagogique». «Mikhaïl Khodorkovski ne considère pas ses projets comme des activités politiques: il ne prévoit pas de participer à une élection. Quant à savoir s’il représente une alternative au pouvoir actuel, c’est à la société civile qu’il faut le demander», répond Maria Logan, avocate de l’entrepreneur russe.

En mars, l’ancien prisonnier s’était rendu en Ukraine, sur la place Maïdan, à Kiev, où il avait livré un discours remarqué. «Je veux que vous sachiez qu’il existe une Russie complètement différente, avait-il déclaré. Des gens ont manifesté là-bas contre l’intervention en Ukraine, malgré les risques d’arrestation.» L’homme d’affaires s’est posé en défenseur de la démocratie et de la liberté face à l’autoritarisme du gouvernement russe.

Sa fortune a permis à Mikhaïl Khodorkovski d’obtenir en mars dernier une autorisation de séjour, renouvelable au bout d’une année, auprès de l’Office fédéral des migrations. Le canton de Saint-Gall, où le Russe a choisi de s’installer avec sa famille, avait émis au préalable un préavis favorable, soulignant les «intérêts fiscaux cantonaux considérables» que représente la venue de celui qui fut l’homme le plus riche de Russie. L’ancien prisonnier vit désormais avec sa femme et ses deux fils à Rapperswil-Jona.

«Mikhaïl Khodorkovski ne considère pas ses projets comme des activités politiques»

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