bilatérales

La Suisse aura affaire à des commissaires de l’UE plus politiques

Plus politique, la nouvelle Commission européenne est une chance pour la Suise de faire avancer ses dossiers. Mais elle sera plus coriace. Et la Suisse n’est pas prioritaire à Bruxelles

La Suisse confrontée à une Commission plus politique

Négociation La nouvelle Commission européenne pourrait enfin faire avancer le dossier helvétique

Mais Bruxelles aura d’autres priorités et sera plus ferme

Federica Mogherini comme haute représentante de l’UE pour les relations extérieures et Pierre Moscovici pour les questions économiques et fiscales: on connaît bien à Berne les deux principaux interlocuteurs auxquels la Suisse aura affaire ces prochains mois pour tenter de dénouer ses relations compliquées avec Bruxelles sur les questions institutionnelles, la libre circulation et la fiscalité. Mais cela n’en fera pas pour autant des interlocuteurs faciles.

«Au contraire, ces deux voisins nous connaissent peut-être trop bien», dit-on à la Direction des affaires européennes. Tous deux auront beaucoup de raisons d’être bien plus coriaces que leurs prédécesseurs Catherine Ashton, qui a ignoré la Suisse, ou le Lituanien Algirdas Semeta, qui la connaissait mal.

Pourtant, la composition de la nouvelle Commission européenne offre de nouvelles chances à la Suisse de faire enfin avancer ses dossiers, gelés après le vote du 9 février. Mais, non prioritaire, elle devra être patiente.

Nouvelle équipe, nouveau climat, nouvel esprit. Le choc des élections européennes, avec la montée des mouvements nationaliste anti-européens, a largement influencé la structure de la Commission présentée par Jean-Claude Juncker. Il veut plus de rapprochement et d’écoute des citoyens, plus de subsidiarité pour alléger le poids de la réglementation européenne. Tant mieux, disent les Suisses.

Mais en même temps, face à la crise économique et financière, il devra faire de l’intégration au marché intérieur une priorité. Les pays tiers devront s’adapter au marché unique sans dérogations.

Avec cinq anciens premiers ministres, neuf anciens vice-premiers ministres et de nombreux anciens ministres, la nouvelle commission sera nettement plus politique et moins technique que la précédente. L’instauration de sept vice-présidences, avec une vision plus stratégique qu’opérationnelle, offrira ainsi une plus forte cohésion. La Suisse, admet-on à Berne, aura ainsi en face d’elle un interlocuteur plus fort, mieux soudé.

Ce qui n’a pas l’air de déplaire aux diplomates suisses, qui s’attendent à des discussions plus fermes sur les principes, mais espèrent rencontrer moins d’obstacles juridiques et techniques.

Bon connaisseur de la Suisse, où il a croisé le fer avec Christoph Blocher, Jean-Claude Juncker n’en sera pas l’avocat pour autant. Désormais, il sait que l’intérêt des 28 Etats membres est d’aller chercher l’argent là où il est.

Avec Federica Mogherini comme haute représentante pour les relations extérieures, la Suisse se retrouve face à une voisine qui connaît assez bien la Suisse. Didier Burkhalter, qui l’a rencontrée à deux reprises et l’a plus souvent contactée, l’apprécie beaucoup et salue notamment son engagement dans la crise ukrainienne. Mais s’impliquera-t-elle davantage que Catherine Ashton dans les relations avec la Suisse? On en doute à Bruxelles car elle aura d’autres priorités: l’Ukraine et les relations avec la Russie.

On ne s’attend guère à ce qu’elle ouvre rapidement le dossier des relations institutionnelles avec la Suisse. D’autant plus qu’elle devra remplacer deux des meilleurs connaisseurs du dossier suisse, Pierre Vimont, le directeur général, et David O’Sullivan, l’interlocuteur du secrétaire d’Etat Yves Rossier.

Pierre Moscovici, élu de Montbéliard, a beau tutoyer et faire la bise à Eveline Widmer-Schlumpf, il sera moins enclin encore à faire des concessions à la Suisse. Parce qu’en tant que socialiste français, les banques suisses sont toujours l’incarnation de l’évasion fiscale. Mais aussi parce qu’il sera sous la supervision du vice-président finlandais Jyrki Katainen. Bruxelles veut aussi impérativement reprendre la main sur le dossier de l’échange automatique des données, passé sous l’autorité de l’OCDE. Même si la Suisse annonce se plier aux normes internationales, les Européens entendent bien obtenir le maximum de la Suisse.

Avec le passage de Günther Oettinger de l’énergie à l’économie numérique, Doris Leuthard perd son plus fort soutien en vue d’un accord rapide sur l’électricité.

Enfin, pour le secteur bancaire, l’arrivée d’un homme de la City, Jonathan Hill, n’est pas forcément une bonne nouvelle. Beaucoup de dossiers, comme les questions d’accès au marché ou de l’équivalence de la surveillance par le gendarme suisse, la Finma, traînent en longueur. On voit mal son intérêt à les faire évoluer rapidement.

Cela dit, la Suisse aura surtout affaire aux directeurs généraux, patrons d’une puissante administration qui ne changera pas beaucoup et qui maîtrise mieux les dossiers que les commissaires.

Avec une Commission plus politique, la Suisse aura en face d’elle un interlocuteur plus fort et plus soudé

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