Terrorisme

La Ville de Genève a financé une ONG accusée de liens avec Al-Qaida

La municipalité et le Département fédéral des affaires étrangères ont versé près de 245 000 francs à la fondation genevoise Alkarama. Son ancien président est accusé par les Etats-Unis de soutenir le terrorisme, il figure également sur la liste de l’ONU des personnes sanctionnées pour ses liens avec Al-Qaida

La Ville de Genève a financé une ONG accusée de liens avec Al-Qaida

Terrorisme La municipalité et le DFAE ont versé près de 245 000 francsà la fondation genevoise Alkarama

Son président à l’époque est accusé par les Etats-Unis de soutenir le terrorisme

La décision américaine a eu des répercussions jusqu’en Suisse. Le 18 décembre 2013, le Département américain du Trésor décidait de geler les avoirs d’Abdul Rahman Omeir al-Naimi (à g.). Le Qatari est alors accusé par Washington d’avoir transféré, la même année, près de 600 000 dollars à Al-Qaida via l’un de ses représentants en Syrie. Cet homme – un professeur d’histoire à l’Université de Doha comme il l’affirme sur son compte Twitter – aurait supervisé le transfert de 2 millions de dollars au réseau terroriste, mais en Irak cette fois-ci, tout comme il aurait fourni du support matériel aux insurgés irakiens. Toujours selon les autorités américaines, il aurait également transmis de l’argent sous couvert d’activité de charité à Al-Qaida au Yémen ainsi que 250 000 dollars au groupe terroriste Al-Shabaab en Somalie.

Autre particularité que celle d’être mis à l’index par les Etats-Unis, l’individu était également président du conseil de Fondation Alkarama (LT du 21.12.2013) – une organisation non gouvernementale sise à Genève –, laquelle «défend les victimes de violations des droits humains dans le monde arabe». A l’époque où l’affaire avait éclaté, un élément était encore inconnu: celui de l’origine du financement de l’un des projets que l’ONG avait engagé en Egypte en 2013. Le Temps a appris que le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et la Ville de Genève se sont engagés à hauteur de 245 000 francs dans ce projet (respectivement 195 500 francs pour le DFAE, 50 000 pour la ville). Lequel visait à «garantir l’ouverture d’enquêtes sur les violations du passé et la traduction en justice des responsables» ainsi qu’à «renforcer le système de protection des droits de l’homme».

Contacté, le directeur de l’ONG Mourad Dhina (à dr.) conteste toujours les accusations américaines. «Les informations sur lesquelles ils se basent proviennent probablement d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, deux pays que nous mettons régulièrement en cause. Par ailleurs, notre travail d’enquête sur les frappes de drones au Yémen n’est pas du goût des Etats-Unis. Quant à Abdul Rahman Omeir al-Naimi, il a demandé à être entendu par la justice américaine. Elle n’a jamais répondu à cette demande.» Le directeur assure que sa «fondation a pu confirmer avec les autorités américaines qu’elle n’était en rien concernée par ces accusations».

En janvier 2012, Mourad Dhina avait été menacé d’extradition vers l’Algérie, pour des motifs liés à des activités terroristes entre 1997 et 1999. Arrêté en France, il avait été ensuite relâché, le Tribunal de Paris rejetant la requête en ce sens de la justice algérienne.

Le projet égyptien, lui, a été suspendu «en été 2013 en raison des développements en Egypte et du fait qu’il était devenu impossible de travailler sur le terrain aussi bien pour Alkarama que toutes les autres ONG étrangères», affirme Mourad Dhina.

Sur les 50 000 francs versés par la Ville de Genève, cette dernière n’a récupéré que 13 140 francs, fait savoir Gérard Perroulaz, administrateur de la Délégation Genève Ville solidaire (DGVS). Un montant qui correspond aux fonds non utilisés par la fondation. Questionnée sur la volonté de récupérer la somme manquante (36 860 francs) au vu de l’accusation portée par le Département du Trésor, la ville botte en touche. «A ce stade nous suivons la politique de la Confédération, si elle venait à changer, la nôtre s’adapterait», fait savoir la conseillère personnelle de la magistrate chargée des finances, la socialiste Sandrine Salerno. Enfin, sur la procédure de contrôle de l’attribution de la subvention, Gérard Perroulaz concède que «pour chaque projet politiquement sensible, l’expertise et les recommandations du DFAE ont été suivies». Autrement dit, la DGVS n’a pas les moyens techniques et humains pour s’assurer de la respectabilité des organismes auxquels elle octroie une subvention.

Depuis le 18 décembre 2013, la situation d’Abdul Rahman Omeir al-Naimi a changé, puisque ce dernier a pu retrouver son nom, le 24 septembre 2014, sur la liste de l’ONU des personnes sanctionnées pour ses liens avec Al-Qaida.

Contacté, le DFAE n’a pas été en mesure de répondre à nos questions.

«L’expertise et les recommandations du DFAE ont été suivies»

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