éditorial

Didier Burkhalter et la méthode Hollande

François Hollande n’est pas dans une logique, souvent prisée à Paris, de faire «payer» la Suisse

Editorial

Burkhalter et la méthode Hollande

La France ne va pas bien et les décideurs suisses le savent. Reçu à l’Elysée hier, Didier Burkhalter s’est pourtant bien gardé de souligner à Paris les chiffres et les faits helvétiques qui déplaisent souvent dans l’Hexagone: chômage faible, entreprises saines et exportatrices, attractivité indiscutable, référendums difficiles à accepter pour une élite parisienne habituée à gouverner «d’en haut»… A l’inverse, le président de la Confédération s’est présenté comme un partenaire désireux de renouer avec une ambition partagée pour le bien commun.

Exemple: son plaidoyer vibrant pour que les partenariats existants entre l’Union européenne et la Suisse dans le domaine de la recherche soient préservés, malgré les difficultés en matière de libre circulation. Il en va de l’avenir à long terme de la France et de l’Europe, a plaidé Didier Burkhalter, tout en rappelant que les frontaliers sont un baromètre. Ils affluent lorsque la Suisse crée des places de travail. Ils souffrent, comme tout le monde, lorsque le «modèle Suisse» connaît des secousses.

Cette manière «pragmatique» d’aborder les relations franco-helvétiques est, en plus, bien servie depuis un an par les circonstances. Hormis l’épine UBS, plantée dans le flanc bilatéral par la justice française qui a décidé de poursuivre la banque, les sujets de contentieux ont été aplanis. Les concessions suisses sur le secret bancaire, imposées par la pression mondiale, ont porté leurs fruits. Rien à voir avec l’impression de méfiance mutuelle, lors de la visite d’Eveline Widmer-Schlumpf à l’Elysée, en décembre 2012. Paris et Berne devraient bientôt confirmer leur engagement à croiser leurs informations. Un cessez-le-feu fiscal se dessine pour l’aéroport de Bâle-Mulhouse. Le chemin paraît déblayé.

L’emprunter suppose toutefois d’avoir des choses à se dire, et l’envie d’avancer ensemble. Or, la présidence suisse de l’OSCE et la crise ukrainienne ont joué là un rôle décisif. Avec ce président français avide de SMS, de conversations informelles et de traits d’humour, l’austère Didier Burkhalter semble avoir réussi à établir, au fil de cette crise européenne majeure, une relation à la fois décontractée, confiante et exigeante, vraie aussi avec Laurent Fabius. L’on sentait hier à Paris, au-delà du solennel protocole républicain, que le courant passe entre les deux hommes, et que François Hollande n’est pas dans une logique, souvent prisée à Paris, de «faire payer» la Suisse.

Dans une France prompte à s’enflammer pour les principes, l’hôte de l’Elysée, plus impopulaire que jamais, aurait pu être tenté d’enfoncer à nouveau le clou fiscal et bancaire pour plaire à la gauche de son électorat. Il ne l’a pas fait. Les petits pas souvent décriés de la méthode Hollande, bien plus «suisso-compatibles» que l’agacement et les crispations d’un Nicolas Sarkozy, convenaient hier fort bien à son hôte helvétique.

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