taux de change

La droite et l’économie veulent déréguler pour affronter le franc fort

Pris de court par la décision de la BNS, les partis et le Conseil fédéral peinent à imaginer des solutions pour amortir le choc. Mais des idées émergent du côté de la droite libérale. A gauche, on voudrait faire baisser les prix des importations en luttant contre les cartels

Déréguler pour affronter le franc fort

Les partis peinent encore à définir une stratégie pour limiter la casse

Pas de plande relance, maisdes allégements pour les entreprises

Impôts, énergie, immigration, les conséquences s’annoncent massives

Cinq jours après l’annonce de la BNS qu’elle abandonnait le taux plancher de 1 fr. 20 pour 1 euro, le Conseil fédéral et les partis politiques sont encore un peu éberlués par l’ampleur des conséquences qu’ils auront à affronter.

Après avoir critiqué la décision de la banque centrale ou encensé le courage de son président Thomas Jordan, les dirigeants de partis ­tâtonnent encore à la recherche d’une ligne politique leur permettant de se profiler: quel rôle l’Etat doit-il jouer pour éviter de mettre en difficulté les entreprises?

L’UDC, par exemple, n’a toujours pas réagi en qualité de parti, laissant à ses membres, notamment Christoph Blocher, le soin de prendre position pour saluer la décision de la BNS. Quant au Conseil fédéral, il s’est cantonné à quelques considérations générales sur les conditions-cadres à renforcer.

Entre une gauche interventionniste qui veut éviter les vagues de licenciements et une droite libérale qui souhaite au contraire que l’Etat allège les coûts du travail, le clivage classique reprend ses droits. La gauche s’inquiète déjà de la protection en cas de licenciements, alors qu’à droite on entend profiter du choc pour accélérer la dérégulation en faveur des entreprises.

Sur un point au moins, gauche et droite pourraient se mettre d’accord assez rapidement: la nécessité d’adapter la loi sur l’assurance chômage, sans attendre les premiers licenciements. Il s’agit d’assouplir les conditions d’application du chômage partiel, qui permet de réduire son temps de travail en étant dédommagé par l’assurance chômage. «En 2011, rappelle Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes, nous avons passé le cap grâce à cette mesure, qui est la plus équitable, car elle touche toutes les branches, du tourisme à l’industrie. Prendre des mesures en faveur d’une branche ciblée me paraît plus délicat.» Une mesure qui permet aux entreprises de ne pas se séparer de spécialistes dont elles auront besoin lors de la reprise.

Au PS, qui s’apprête à proposer une résolution lors de l’assemblée des délégués de février, on se garde bien de se précipiter sur les recettes socialistes traditionnelles, programmes conjoncturels ou plan de relance. Comme le précise l’économiste et ancien surveillant des prix Rudolf Strahm, «c’est beaucoup trop tôt. Il faut attendre de voir où les problèmes se poseront.» Par contre, la direction du PS a déjà adopté ses objectifs généraux: les PME et les consommateurs doivent profiter des cours bas pour les produits importés et les salariés ne doivent pas subir de suppressions d’emplois ou de baisses de salaire. Le PS veut renforcer la loi sur le chômage et le droit des cartels. Mais c’est au ministre de l’Economie de faire des propositions et d’aller plus loin que ses considérations d’ordre général livrées jusqu’à présent, dit-on à la direction du PS.

Il s’agit aussi, après l’échec de la révision de la loi sur les cartels, d’interdire les ententes entre fabricants et distributeurs, pour que les consommateurs profitent de la force du franc sur les produits importés.

Dans les milieux économiques et au Parti radical, la dérégulation est à l’ordre du jour. C’est surtout aux conditions-cadres offertes aux entreprises et aux coûts induits par les exigences administratives que l’on veut s’attaquer. Economiesuisse et l’USAM rappellent ainsi qu’en 2013 le Conseil fédéral avait accepté un rapport intitulé «Allégement administratif des entreprises», qui désignait plus de 120 mesures permettant d’économiser un milliard de francs par an. Celles-ci n’ont toujours pas été mises en œuvre. Le taux unique de TVA vient ainsi d’être rejeté en commission

Pour le conseiller national Andrea Caroni (PLR/AR), «la décision de la BNS doit inciter à accélérer le rythme des réformes. En particulier la révision de la fiscalité des entreprises. C’est devenu urgent.» Deuxième priorité à ses yeux, trouver une solution avec l’UE sur l’immigration. Cela sera plus difficile que jamais, selon lui, d’autant plus que l’UDC ne semble pas prête à un compromis. Troisième piste, relancer des négociations avec l’Inde et les Etats-Unis pour un accord de libre-échange. Enfin, il s’agit de s’opposer à toute nouvelle décision alourdissant le coût de production ou rigidifiant le coût du travail. Renoncer à la Stratégie énergétique 2050, rejeter l’extension de la force obligatoire des conventions collectives. Et faire pression sur l’UDC pour qu’elle renonce à lancer une initiative contre les accords bilatéraux avec l’UE!

120 mesures destinées à alléger la charge des entreprises attendent d’être mises en œuvre

Publicité