Genève

«Zéro frontalier», le label qui fait fureur

Affiches du MCG à Onex (GE) ou autocollants distribués par la commune de Claro (TI): le label anti-frontaliers est la dernière trouvaille des jusqu’au-boutistes de la préférence cantonale. Eric Stauffer annonce qu’il imitera l’initiative tessinoise d’ici peu et que son parti a déjà réservé tous les panneaux SGA de la commune d’Onex

«Commune zéro frontalier». A Onex, fief d’Eric Stauffer, le nouveau slogan du MCG a le mérite d’être clair, et les habitants de la commune ne risquent pas de passer à côté: placardées depuis quelques jours le long de la route de Chancy comme l’a révélé mardi «Le Courrier», les affiches envahiront dès mercredi les moindres recoins de la commune. Et pour cause, jubile au téléphone le lider maximo du parti, membre de l’exécutif onésien: «Le MCG a réservé tous les panneaux d’affichage SGA de la commune jusqu’au 19 avril, date du premier tour des élections municipales. Tous! Il n’en reste pas un seul de disponible!»

Onex, commune zéro frontalier? Pas tout fait, reconnaît lui-même Eric Stauffer: «La commune emploie 16 pendulaires – c’est-à-dire des Genevois qui vivent de l’autre côté de la frontière – et un frontalier au sens de l’Office fédéral de la statistique, c’est-à-dire un étranger titulaire de permis G.» Mais pour le président d’honneur du MCG, au diable les détails. Ce qui compte, c’est le message, et sur cette affiche, «c’est tout le programme du MCG qui est réduit à un seul slogan. Il ne faut pas y voir autre chose, nous sommes en campagne et c’est de la communication. Il y a longtemps, Benetton avait fait des affiches ahurissantes et on en parle encore: c’est bien la preuve que ça marche.» Et de marteler les fondamentaux: le MCG défend la priorité à l’emploi pour les résidents genevois, sans faire de préférence à la nationalité.

Pure communication politique ou véritable programme, l’affichage d’un label anti-frontaliers n’est pas l’apanage du MCG, ni même du canton de Genève. Au Tessin, une autre initiative ressemble à s’y méprendre à celle du parti d’Eric Stauffer: depuis le début du mois de février, le maire PLR de la petite commune de Claro, Roberto Keller, a mis à disposition des entreprises du cru un autocollant du même acabit: «Nous employons du personnel résident.»

Vendu 10 francs par les autorités communales et orné du blason de Claro, l’autocollant permet au commerçant d’indiquer à sa clientèle le pourcentage de personnel indigène qu’il emploie, sur une échelle de 20 à 100%. Une idée que Roberto Keller justifie sans peine. «Chez nous, le problème de l’emploi est très important et s’est aggravé avec l’abandon du taux plancher euro-franc suisse, expliquait le maire il y a peu au quotidien italien «Corriere della Sera». Or beaucoup de gens me disent qu’ils sont prêts à payer quelques francs de plus pour avoir l’assurance que l’argent alimente l’économie suisse et non l’économie italienne.»

Si Roberto Keller ne voit rien à redire à son autocollant, le petit morceau de plastique fait déjà couler beaucoup d’encre en Italie. Journaliste vedette de la matinale de la Rai, Franco di Mare s’est fendu le 4 février d’un éditorial au vitriol sur le sujet, comparant l’autocollant aux écriteaux «Ce magasin est aryen», que les commerces de la Péninsule affichaient en 1938, à l’époque des lois raciales. Un souvenir trop indigeste pour Franco di Mare, qui réfléchira «dorénavant à deux fois avant de manger du fromage suisse ou d’acheter un coucou.»

De quoi refroidir Eric Stauffer? Bien au contraire! «Nous sommes en train de préparer le même autocollant pour les commerces genevois, annonce-t-il au «Temps». Il sortira bientôt, nous sommes en train de le finaliser. Ce n’est évidemment pas une initiative de la commune d’Onex, mais du MCG. Les commerçants auront également la possibilité d’indiquer la proportion de résidents genevois qu’ils emploient.» Eric Stauffer admet avoir été inspiré par l’autocollant tessinois, mais promet que l’idée dormait déjà depuis longtemps dans les tiroirs du parti.

Et le MCG ne s’arrêtera pas là: «Cette initiative sera doublée d’un projet de loi cantonal, pour autoriser l’Etat à fournir ce genre de macarons aux entreprises qui en feront la demande», ajoute le tribun. Quant à celles qui seraient éventuellement dégoûtées par le message, «charge à elles de se justifier devant leur clientèle», sourit-il déjà.

«Je souhaite bonne chance à Eric Stauffer, ironise la socialiste Carole-Anne Kast, qui siège à ses côtés à l’exécutif onésien. A mon avis, peu de commerces joueront le jeu.» Quant à la ruée du MCG sur les espaces publicitaires de la commune, elle ne s’en offusque pas: «Mon collègue est libre de faire ce qu’il veut.» Collaboration: Olivier Francey

Publicité