Nouvelles pollutions industrielles en Valais

Le canton a révélé l’existence de zones problématiques encore inconnues. A Evionnaz, la nappe phréatique est polluée, notamment par de l’arsenic

Nouvelles pollutions industrielles en Valais

Environnement Le canton a révélé l’existence de zones problématiquesencore inconnues

A Evionnaz, la nappe phréatique est polluée, notamment par de l’arsenic

Evionnaz, entre Martigny et Saint-Maurice. Le long de la voie de chemin de fer, le site de BASF Pharma et un ancien canal de rejet d’eaux industrielles pollué par de l’arsenic, de l’antimoine, du cadmium, du mercure et du plomb. Jeudi, à l’occasion d’un débat parlementaire spécial consacré à la pollution au mercure dans le Haut-Valais, le canton révèle des problèmes environnementaux encore inconnus du public.

En mars 2011, une pollution des eaux souterraines par de l’arsenic – «entre autres», dit le canton – décide les autorités à demander une investigation de détail chez BASF Pharma à Evionnaz. Le canton exige 107 prélèvements dans 11 emplacements «dans le périmètre de l’ancien canal de rejet des eaux sales», décrit le canton. «Il s’avère que les matériaux du sous-sol localisés sous le canal de la Balmaz sont fortement pollués par de l’arsenic, du cadmium, du mercure, de l’antimoine et du plomb […] Les teneurs en antimoine se sont révélées être très élevées avec un maximum de 3560 mg/kg à 1 mètre de profondeur sous le canal tandis que la teneur en mercure maximum atteignait 6,5 mg/kg», écrit-il aux députés.

Les investigations sont toujours en cours pour déterminer l’origine de la pollution. Le ministre Jacques Melly assure au parlement que, «selon la commune d’Evionnaz, les sédiments du canal n’ont pas été utilisés dans les champs, comme c’est le cas dans le Haut-Valais. Les deux situations ne sont d’ailleurs pas comparables, le canal de la Balmaz n’est pollué que sur 400 mètres», déclare-t-il.

La nappe polluée par les sédiments du canal coule en direction du site de l’usine. «Les examens des nappes phréatiques réalisés à l’été 2014 nous ont permis de déterminer que le sol est souillé par des déchets industriels, tels que des solvants», explique BASF. «Après la réalisation de ces premiers examens, il est nécessaire de procéder à des tests complémentaires […] Ces essais de pompage constituent la base sur laquelle se fonde l’élaboration d’un projet d’assainissement», dit-elle. Le canton ne dit pas quelles sont précisément les investigations en cours dans les eaux et dans les sols, ni quel est leur périmètre.

Pour répondre aux questions du Temps sur l’état de la station d’épuration des eaux usées de l’usine, le Service de protection de l’environnement renvoie à son dernier rapport sur les STEP du canton. Les grandes stations industrielles y sont traitées selon les mêmes paramètres environnementaux que les installations communales. Selon ces critères simples, les rejets de BASF ne posent pas particulièrement de problèmes.

Comme dans l’histoire de Lonza et de son canal d’évacuation, le canal de la Balmaz était déjà désigné dans des rapports environnementaux sur l’état du Léman en 1980 pour les très importantes concentrations en mercure de ses sédiments. Aujourd’hui, BASF souligne que ce dernier était utilisé par une société qui n’existe plus et qu’il est situé sur un terrain communal. Autrement dit, son nettoyage pourrait être à la charge du contribuable.

Le gouvernement révèle encore que sous le site de l’industrie chimique Lonza à Viège, la nappe phréatique est actuellement polluée, au-delà des normes d’assainissement, «par des anilines, par des solvants et leurs produits de dégradation, par des produits molluscicides.» Il précise que ces eaux sont pompées. Ces pollutions excessives des eaux souterraines – par de l’ammonium, du mercure, des nitrites, etc. – existent depuis 2004. D’investigations en clarifications, le problème ne semble pas avoir été résolu en onze ans. «Par le passé, lorsque des polluants étaient localement mis en évidence, des mesures ont été prises […] La plupart du temps, les eaux polluées ont été pompées et traitées biologiquement dans la station de traitement des eaux polluées de Lonza», explique l’industrie chimique. «Une investigation de détail du site est en cours», ajoute-t-elle.

«Rien ne se passe», constate Martin Forter, directeur de Médecins en faveur de l’environnement (MfE), après avoir parcouru les réponses du canton au parlement. «Pourquoi n’ont-ils pas demandé d’emblée, en 2004, une étude historique puis technique pour l’ensemble de l’usine Lonza comme l’exige la loi?» se demande-t-il.

«L’Etat attend systématiquement d’être le dos au mur pour agir», renchérit Jérémie Pralong, hydrogéologue qui travaille sur certains sites industriels valaisans et député socialiste au Grand Conseil. «Les services essaient constamment de cacher l’étendue de la pollution et ne communiquent que lorsque je dépose un postulat qui révèle une nouvelle zone problématique», dit-il. «En 2000, ils ont engagé un responsable des sites pollués à 50%! Non, mais vous imaginez le manque de vision politique alors que le Valais est le deuxième canton le plus industrialisé après Bâle?» Jérémie Pralong n’hésite pas à montrer du doigt une certaine connivence entre l’Etat et les industries. «Au lieu de remplir son rôle et de protéger le citoyen, le canton préserve l’industrie et essaie de régler le problème rapidement en faisant des investigations insuffisantes.» La remarque agace Jacques Melly. «Nous n’avons pas attendu vos interventions pour empoigner le problème du mercure. Les investigations prennent du temps, vous devriez le savoir, vous qui êtes un spécialiste de la question.»

Le canton liste encore plusieurs sites industriels dans toute la plaine du Rhône dont la pollution a un impact sur la nappe phréatique. Cette ressource est utilisée pour l’irrigation des cultures et l’eau potable. «Les polluants organiques observés en aval des sites contaminés forment généralement des panaches longs de quelques centaines de mètres à 1-2 kilomètres au maximum», décrit Cédric Arnold. «Plus en aval, les polluants ne sont plus observés en raison de leur biodégradation et de l’effet filtre de l’aquifère.» Le canton ne publie pas de rapport sur l’état global de la nappe phréatique. Il estime que son état est globalement bon.

«L’Etat attend systématiquement d’être le dos au mur pour agir», note un hydrogéologue

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