justice

La fin de l’affaire Abacha enrichit deux études d’avocats genevois

Le défenseur du Nigeria Enrico Monfrini touchera 24 millions de dollars, l’étude du conseiller national PLR Christian Lüscher 17 millions. Des sommes conséquentes, mais pas des records pour Genève

L’affaire Abacha enrichit

les avocats genevois

Justice Honoraires chiffrés en millions

C’est le point final de quinze ans d’enquêtes qui auront ébranlé la place financière suisse jusqu’aux tréfonds. La justice genevoise a annoncé mardi la restitution au Nigéria de 380 millions de dollars qui avaient été confisqués à la famille de l’ancien dictateur Sani Abacha, mort en 1998. La procédure visant son fils Abba pour participation à une «organisation criminelle» est classée. Cet épilogue est le résultat d’un accord entre les parties signé à Abuja le 4 juillet dernier.

Mais l’aspect le plus commenté de l’affaire, dans les milieux judiciaires genevois, risque bien d’être la rémunération des avocats suisses qui ont signé l’accord. Selon L’Hebdo , Enrico Monfrini, qui défendait le Nigeria, a déjà reçu 24 millions de dollars, soit 4% des sommes restituées – en tout, l’accord porte sur 600 millions de dollars bloqués au Liechtenstein et au Luxembourg.

L’étude du conseiller national PLR Christian Lüscher, qui défendait Abba Abacha, a perçu 17 millions de francs, dont 70% ont été reversés aux avocats britanniques qui représentent la famille du dictateur depuis quinze ans.

Ces honoraires obéissent au principe des success fees: en cas de conclusion victorieuse d’une affaire, les avocats reçoivent une portion des sommes en jeu. «Je dois payer des gens autour de moi, dans mon bureau, et des correspondants divers à l’étranger, précise Enrico Monfrini. J’ai avancé sur mes deniers personnels pas mal d’honoraires à d’autres avocats.» Sans parler des frais de traduction, des voyages et des recherches engagées pour retrouver la fortune volée, puis cachée par la famille Abacha.

65% d’impôts

Les 24 millions ne sont pas si cher payés en regard des efforts fournis, selon Enrico Monfrini. Après avoir «bossé comme des malades» dans un dossier «très compliqué», les avocats de son étude auraient passé quelque 3000 heures par an, durant quinze ans, à s’occuper du dossier Abacha. Une fois déduits les impôts de la commune de Plan-les-Ouates, du canton de Genève et de la Confédération – 65% du montant –, il devrait rester environ 4 millions de dollars à l’avocat.

Ces honoraires ne sont pas un record pour Genève. Un avocat de l’héritière de Fiat Margherita Agnelli, Jean Patry, avait gagné 25 millions d’euros avec un confrère italien, en un laps de temps beaucoup plus court. Le Tribunal fédéral l’avait ensuite forcé à revoir sa rémunération à la baisse. Et le «divorce du siècle» entre l’oligarque russe Dmitri Rybolovlev et sa femme pourrait rapporter 200 millions d’honoraires à l’avocat de cette dernière, Marc Bonnant, s’il se conclut par l’octroi de 4 milliards de dollars à sa cliente.

Publicité