Santé

Communiquer pour éviter les erreurs chirurgicales

Dix hôpitaux se sont engagés à utiliser une check-list durant les opérations. Baisse des complications majeures à l’issue de la phase pilote

Communiquer pour éviter les erreurs chirurgicales

Santé Dix hôpitaux se sont engagés à utiliser une check-list durant les opérations

Baisse des complications majeures à l’issue de la phase pilote

Le piédestal sur lequel trône fièrement l’image du chirurgien tout-puissant dans sa salle d’opération tend à s’effriter. Et c’est tant mieux pour le patient, lui qui s’avère encore trop souvent victime d’erreurs médicales au bloc opératoire. On estime en effet que 65% des événements indésirables dans le domaine hospitalier se produisent en chirurgie et, plus inquiétant encore, que 40% d’entre eux auraient pu être évités grâce à une meilleure communication et coordination au sein de l’équipe médicale. Des erreurs qui surviennent dans 2 à 8% des hospitalisations et prennent des formes aussi variées que l’inversion de membres à opérer, l’oubli de corps étrangers (un cas de figure se présentant dans 14 opérations sur 100 000) ou encore la non-prise en compte d’allergies déclarées.

Autant d’incidents dont les conséquences ne sont pas anodines. Pour le patient d’abord, chez qui ces préjudices se traduisent par des dommages temporaires ou permanents, voire même la mort dans 3% des cas. Mais aussi pour le système de santé dans son ensemble, car ces bourdes entraînent régulièrement une durée d’hospitalisation plus longue, ainsi que des dépenses de traitement accrues.

Pour tenter d’enrayer ce phénomène, le programme «Progress!» conduit par la Fondation pour la sécurité des patients et financé par la Confédération, a été mis en place entre 2013 et 2015 dans dix hôpitaux, dont trois en Suisse romande: le CHUV à Lausanne, l’Hôpital de La Tour à Genève et l’Hôpital cantonal de Fribourg. Ces établissements ont instauré l’utilisation systématique d’une check-list chirurgicale émise en 2009 par l’Organisation mondiale de la santé et inspirée de celles en usage dans l’aviation. Cette procédure permet d’éviter ou de repérer à temps une grande partie des erreurs en optimisant la communication au sein de l’équipe.

Elle a également pour corollaire un profond changement de culture en salle d’opération: «Même si le chirurgien porte la responsabilité principale de l’intervention, toute l’équipe contribue à la sécurité du patient à égalité quasi républicaine, explique Henry Hoffmann, jeune chirurgien à l’Hôpital universitaire de Bâle, présent lors du bilan de la phase pilote, vendredi à Bienne. Chacun doit oser prendre la parole et signaler les erreurs.» Dans le cas de l’hôpital bâlois, structuré en seize sites opératoires distincts, la mise en place de cette check-list aura évité la survenue de deux incidents, dont l’un consistait en une inversion de patients portant le même nom. Plus globalement, des études réalisées à l’étranger, et sur lesquelles s’est appuyée la Suisse pour lancer son programme, tendent à démontrer un abaissement tangible de la mortalité ainsi qu’une réduction d’environ 40% des complications majeures suite à l’instauration de ce protocole en salle d’opération.

La mise en place d’une telle procédure semble donc en tout point évidente. Pourtant, des résistances n’ont pas manqué d’apparaître: «Certains médecins-chefs ont commencé leur carrière à une époque où les infirmières étaient considérées comme des partenaires ancillaires que l’on ne pouvait prendre au sérieux, confirme Henry Hoffmann. Les chirurgiens étaient alors les référents absolus en salle d’opération et il peut s’avérer aujourd’hui difficile pour eux de partager le pouvoir.»

Des réticences dont le CHUV a également été le témoin: «Deux médecins ont initialement refusé de mettre en place cette check-list, confirme Jean-Blaise Wasserfallen, le directeur médical. Cela provient peut-être du fait que, contrairement à l’aéronautique où l’on ne connaît pas le pilote de l’avion, le patient sait qui l’opère. De même, on n’insiste sans doute pas encore assez, dans la formation de médecin, sur le fait que l’on peut se tromper.»

Ce profond changement de paradigme semble toutefois avoir opéré dans les dix établissements pilotes. Lors de l’enquête finale menée auprès de 2000 collaborateurs, 90% des personnes interrogées ont déclaré avoir toujours, ou presque, utilisé la check-list. Un pas important en regard des 40% relevés au début du programme. Cette tendance de fond ne devrait en outre pas tarder à se propager à d’autres établissements en Suisse. En effet, une déclaration commune avec tous les partenaires concernés par cette démarche, comme l’association faîtière des hôpitaux H+ ou encore la Fédération des médecins suisses (FMH), sera signée en automne afin de renforcer l’utilisation de la check-list chirurgicale, qui pourrait alors devenir la norme sur le plan national. «Les hôpitaux qui signaleraient un incident potentiellement évitable et qui n’auraient pas suivi de check-list chirurgicale pourraient avoir de gros soucis, cela pourrait leur coûter cher», appuie Oliver Peters, vice-directeur de l’Office de la santé publique. Les voilà prévenus.

La check-list introduit un profond changement de culture en salle d’opération

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