FRANCE VOISINE

A Annecy, la police française rappelle à l’ordre les touristes intégralement voilées

La police distribue des tracts pour informer les touristes du Moyen-Orient que la loi française interdit le visage dissimulé. La plupart des vacancières voilées viennent de Genève, plus indulgente en matière de tenue vestimentaire

Tolérance zéro pour le voile intégral à Annecy

Haute-Savoie La police distribue des tracts pour informer les touristes du Moyen-Orient que la loi française interdit le visage dissimulé

La plupart des vacancières voilées viennent de Genève, plus indulgente en matière de tenue vestimentaire

Pont des Amours, au Pâquier, la grande esplanade d’Annecy. Cette famille saoudienne fait comme tout bon touriste: elle se prend en photo avec le lac en arrière-plan. Ils sont trois, un homme, son épouse et la mère du monsieur. Celle-ci, tout de noir vêtue, est intégralement voilée. On ne voit que ses yeux. Une loi française entrée en vigueur le 11 avril 2011 interdit la dissimulation du visage dans l’espace public. Le chef de famille sait-il que sa mère est en infraction? Réponse: «Non, je l’ignorais. Chez nous, c’est ainsi que les femmes sont habillées au-dehors.» Ils séjournent dans un hôtel genevois, ont commandé un taxi afin de visiter la préfecture de Haute-Savoie dépeinte dans les prospectus comme «la Venise des Alpes». «En Suisse, les femmes peuvent sortir complètement voilées, la police ne nous dit rien», indique l’homme. Le cas de cette famille est typique de ce que les autorités haut-savoyardes ont décidé de ne plus tolérer. L’été dernier, la recrudescence des touristes étrangères, originaires essentiellement de la péninsule Arabique, déambulant totalement voilées sur les rives du lac d’Annecy, a choqué beaucoup d’habitants et interpellé les élus. La police nationale annécienne a décidé en ce mois de juillet d’éditer des tracts rédigés en français et en anglais qui sont tendus aux contrevenantes. Le commissaire Alain Favre, directeur départemental de la sécurité publique, explique: «Il ne s’agit pas de stigmatiser ou de faire la chasse aux burqas mais d’informer ces gens que la loi française interdit les visages dissimulés pour des raisons de sécurité et parce que l’on doit identifier toute personne. Cela se fait de manière simple et, sur un plan légal, on ne fait référence ni à la nationalité ni à la religion. Ces touristes viennent de loin, sont en vacances pour la plupart en Suisse. On leur explique qu’une fois la frontière avec la France franchie, la loi n’est plus la même.»

Une personne qui enfreint cette loi est passible d’une amende de 150 euros. Mais les policiers qui privilégient le dialogue ont pour consigne de ne pas verbaliser mais de demander à la personne de découvrir son visage ou de rejoindre un lieu privé (voiture, bus, hôtel). «On s’adresse aux hommes car d’emblée ils s’affichent comme les interlocuteurs. En cas de refus d’obtempérer, les personnes sont conduites au poste même si l’on fait face à une princesse saoudienne ou à un cas d’immunité diplomatique. Une garde à vue et des poursuites correctionnelles sont possibles», précise Alain Favre. Pour le moment, les policiers ont pu faire respecter le règlement sans heurt. Les visages, en général, se découvrent ou les personnes regagnent un lieu privé. Aucune situation n’a requis une conduite au poste de police. Rue Sainte-Claire, artère piétonnière très fréquentée, une chocolatière se félicite de l’initiative prise par l’administration: «Je trouve à titre personnel humiliant et dégradant d’être ainsi voilée. Et on ne sait pas à qui on a affaire, parler à du tissu, très peu pour moi. Il reste que ce sont de très bons clients mais cela ne doit pas justifier qu’il faille tout accepter. La France a connu des attentats, on a le plan Vigipirate, on doit identifier les gens, c’est un minimum.»

Les citoyennes françaises qui marchent dans la rue entièrement voilées ne bénéficient pas de la même mansuétude que les touristes. «Nul n’est censé ignorer la loi dans son pays, elles sont donc amendées. Mais en Haute-Savoie, rares sont les femmes qui dissimulent leur visage, sauf peut-être dans des quartiers d’Annemasse et dans certaines communes de la vallée d’Arve», observe le commissaire Alain Favre.

A Annecy, ils sont nombreux à regretter le laxisme et la tolérance suisses en matière de tenue vestimentaire. «Ils changeront peut-être d’avis quand un attentat les frappera, ce que je ne leur souhaite pas», commente un boutiquier. La police genevoise a confirmé que le port de la burqa ou du niqab était autorisé dans le canton, «les seules interdictions de visage caché concernant les atteintes à l’ordre public, notamment lors de manifestations», indique le porte-parole Jean-Philippe Brandt.

Un rapport sur la laïcité commandé par le Conseil d’Etat genevois et publié en septembre 2014 retient cependant les principes «que les coutumes genevoises peuvent être heurtées, que le port du voile intégral peut entraîner un risque à la sécurité publique et que les autorités cantonales pourraient l’interdire dans l’espace public si cet usage devait sortir du cercle restreint des hôtes de passage (touristes, membres du corps diplomatique et consulaire…), menacer la liberté individuelle, l’ordre public ou la paix confessionnelle». A Annecy, on s’attend à voir affluer beaucoup de touristes du Golfe après le mois du ramadan qui vient de s’achever et à l’approche des Fêtes de Genève. L’idée a été émise de diffuser les flyers dans les hôtels suisses et aux postes de douane.

«En cas de refus, les personnes sont conduites au poste même si l’on fait face à une princesse saoudienne»

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