interview

Guillaume Saouli: «La prohibition du cannabis profite aux mafias»

Le Parti Pirate Suisse (PPS) prône la légalisation du cannabis pour endiguer le marché noir

«La prohibition profite aux mafias»

Questions à

Le Parti pirate suisse (PPS) a lancé jeudi une pétition réclamant au parlement la légalisation du cannabis. Le mouvement, connu pour ses positions sur les droits civiques des internautes, entend «susciter un débat démocratique» sur cette question de société, explique son coprésident, par ailleurs candidat vaudois aux élections au Conseil des Etats en octobre.

Le Temps: Vous comparez Internet à une communauté ultra-libérale et darwinienne dans laquelle, sur 25 idées, une seule survit. L’idée de légaliser le cannabis a déjà été enterrée par le passé. Qu’est-ce qui vous fait croire qu’elle peut renaître?

Guillaume Saouli: Les opinions ont évolué. Il y a une prise de conscience des liens entre le marché de la drogue et les conflits géopolitiques. Le trafic du cannabis profite aux mafias et aux groupes terroristes. Les dealers sont pour la plupart des migrants, attirés par les perspectives de gains sur ce marché noir, le seul auquel ils ont accès. Enfin, la prohibition coûte très cher et n’a pas d’effet. C’est en légalisant que l’on pourra couper dans les ressources des filières de la drogue.

La légalisation n’a pas éliminé le marché noir au Colorado…

– Il n’a pas disparu mais, en seulement un an, il a diminué de 60%. Comme pour la cigarette ou l’alcool, on ne peut éradiquer complètement les filières parallèles.

N’est-ce pas contraire à votre tendance libertaire que de souhaiter le contrôle étatique d’une substance?

– Nous partons du principe que les citoyens doivent pouvoir faire leurs propres choix, mais nous ne pouvons pas nous passer de l’encadrement des autorités, garantes de l’Etat de droit. Notre position ne date pas d’hier, elle découle aussi de notre opposition à la surenchère sécuritaire qui caractérise la lutte contre la drogue.

Comment comprenez-vous les résistances à l’idée de légaliser le cannabis?

– Le débat est l’otage de luttes dogmatiques entre le laisser-aller d’une gauche héritière de Mai 68, favorable à l’expérimentation, et une droite imprégnée de valeurs protestantes prônant l’abstinence. Il faut sortir de l’impasse et réfléchir à une meilleure gouvernance.

En quoi la légalisation permettrait une meilleure prise en charge de la toxicodépendance?

– D’une part, l’interdiction pousse de nombreux consommateurs à se tourner vers des dealers qui leur proposent des drogues bien plus nocives que le cannabis. La prohibition freine qui plus est la prévention, surtout auprès des jeunes. Un adolescent qui aurait une consommation problématique, sachant qu’il risque d’être dénoncé, préférera se cacher que réclamer de l’aide. Ce n’est pas le consommateur qu’il faut viser, mais le vendeur, à qui il faut imposer des restrictions, comme pour l’alcool.

Ces restrictions n’empêchent pas la consommation…

– L’interdiction empêche-t-elle l’usage du cannabis? Comme pour l’alcool et le tabac, il n’existe pas de solution miracle pour prévenir les addictions auprès des jeunes. Au fond, les comportements des individus dépendent davantage de la qualité de vie et des perspectives qu’offre une société que de la prévention ou de la disponibilité d’une substance.

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