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Simonetta Sommaruga: «Aucun pays d’Europe ne renvoie d’Erythréens»

La Suisse ne changera pas sa pratique envers les migrants érythréens, malgré les pressions de partis politiques et de cantons. Simonetta Sommaruga l’a confirmé jeudi

«Aucun pays en Europe ne renvoied’Erythréens»

Asile La Suisse ne changera pas sa pratique envers les migrants érythréens

La présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, l’a confirmé jeudi

Pas question de renvoyer des Erythréens dans leur pays. «Aucun pays d’Europe ne le fait. L’Erythrée est une dictature, un Etat de non-droit; plusieurs rapports le confirment. Même le CICR ne peut pas avoir accès aux prisons!» Simonetta Sommaruga a été très claire jeudi. L’Erythrée a fait irruption dans la promenade annuelle de la ministre de Justice et police au bord de l’Aar, une sortie pendant laquelle ses chefs d’office et un petit troupeau de journalistes trottent derrière elle. Alors que l’UDC en fait un thème de campagne, et que le PDC est à son tour entré dans la danse, le Conseil d’Etat lucernois venait la veille de lui adresser une lettre pour lui demander de ne plus accorder le statut de réfugié aux Erythréens.

«Ce que demande Lucerne ne tient pas compte de la pratique actuelle: les Erythréens qui arrivent en Suisse ne reçoivent pas systématiquement le statut de réfugié. La moitié n’obtiennent qu’une admission provisoire», a tenu à rectifier la conseillère fédérale, sous un soleil de plomb. Les Erythréens restent sous le feu des projecteurs parce qu’ils arrivent en tête des demandes d’asile depuis 2007 et sont en grande majorité à l’aide sociale. Les 24 000 membres de la diaspora, des déserteurs surtout, sont par ailleurs souvent victimes de pressions et de racket orchestrés par le consulat d’Erythrée à Genève.

Les autorités suisses disent avoir conscience des critiques envers le consulat, accusé d’organiser des voyages interdits de réfugiés vers leur pays et d’appliquer à certains membres de la diaspora une taxe de 2% sur le revenu. Fedpol a enquêté, sans être en mesure d’obtenir suffisamment de preuves. Doit-on en déduire que les autorités ferment les yeux, alors que d’autres gouvernements ont ordonné la fermeture de consulats érythréens? «Pas du tout», répond Simonetta Sommaruga au Temps pendant la promenade. «Ces informations nous préoccupent et nous surveillons la situation de près. Si ces faits sont avérés, nous ne pouvons pas tolérer de telles pratiques en Suisse.»

Sur le front de l’asile toujours, la ministre a tenu à relativiser les tensions avec les cantons, qui doivent faire face à un nouvel afflux de demandeurs d’asile, dont beaucoup de mineurs non accompagnés, et rivaliser d’ingéniosité pour trouver des places d’hébergement. «C’est une tâche exigeante, je le sais, j’ai moi-même dû ouvrir des centres pour requérants quand j’étais conseillère communale à Köniz.» Elle s’est ensuite lancée dans un exercice de dédramatisation. «Jusqu’ici, le nombre de requérants qui arrivent en Suisse est moins élevé qu’en 2012, a-t-elle rappelé. Il s’agit d’une crise mondiale. La situation est, il est vrai, tendue en Suisse, mais on ne peut pas parler de crise pour notre pays: la hausse est moins importante que dans l’ensemble de l’Europe.» Pour appuyer ses propos, la Bernoise a déployé un éventail de statistiques: en Allemagne, le nombre de requérants arrivés au premier semestre était de 159 927 contre 67 441 pour la même période l’an dernier; la Hongrie a elle enregistré 68 224 requêtes de janvier à juin contre 5440 un an auparavant, et ce chiffre est passé de 9047 à 28 311 pour l’Autriche. De son côté, la Suisse est restée relativement stable: 11 873 requérants de janvier à juin 2015 contre 10 278 pour le premier semestre 2014.

L’asile a occupé une bonne place dans son allocution qui a suivi la petite promenade. Mais Simonetta Sommaruga en a surtout profité pour faire un bilan de sa présidence, qui a démarré avec la tragédie des attentats de Charlie Hebdo et lui a fait dire qu’«on ne doit pas se laisser intimider par ces actes terroristes». La présidente a insisté sur les consultations qui se poursuivent avec l’UE à propos de l’application de l’initiative «Contre l’immigration de masse» et rappelé qu’elle rencontrera le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en automne. Sans oublier la chancelière allemande Angela Merkel, «dans la première moitié de septembre». «Vous voyez, je me réjouis de la deuxième partie de ma présidence», a-t-elle ajouté, en évoquant aussi le discours qu’elle tiendra à New York devant l’Assemblée générale de l’ONU.

En attendant, c’est sur la terrasse d’un restaurant au bord de l’Aar qu’elle a tenu son discours ce jeudi. Sous l’œil amusé de retraités en maillot de bain.

La présidente assure que les autorités suisses surveillent les activités du consulat à Genève de près

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