Hautes Ecoles

Les présidents des EPF en pèlerinage à Bruxelles pour défendre la recherche suisse

Patrick Aebischer et son homologue zurichois Lino Guzzella passeront deux jours dans la capitale européenne. Les universités s’inquiètent des conséquences de l’acceptation de l’initiative de l’UDC

Les EPF vont défendre la recherche à Bruxelles

Bilatérales Les présidents des écoles polytechniques se rendent dans la capitale européenne

Les universités craignent une provincialisation si la libre circulation est entravée

Ce mercredi 30 septembre, Patrick Aebischer, le président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), ainsi que Lino Guzzella, son homologue de l’EPFZ, se rendent à Bruxelles. Les deux professeurs ne se contenteront pas d’un saut de puce, ils passeront deux jours dans la capitale européenne pour tenter de faire bouger le dossier de la participation suisse aux programmes de recherche et d’éducation européens.

Le gel des relations Suisse-UE après l’acceptation de l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», le 9 février 2014, avait frappé de plein fouet les chercheurs. La Suisse a failli être exclue du programme de recherche Horizon 2020. Elle est parvenue in extremis à négocier un accord provisoire et partiel lui permettant de rester associée dans certains domaines, mais le couperet tombera le 31 décembre 2016: si d’ici là la Confédération n’a pas trouvé de terrain d’entente avec l’Union européenne sur la libre circulation, le pays risque l’isolement scientifique.

A Bruxelles, Patrick Aebischer et Lino Guzzella rencontreront Carlos Moedas et Tibor Navracsics, les deux commissaires européens chargés, pour le premier, de la recherche, de la science et de l’innovation, pour le second, de l’éducation et de la jeunesse. Mais ils mèneront également, sous forme de table ronde, des discussions approfondies sur la science ou l’éducation au 21e siècle, notamment avec des dirigeants du Conseil européen de la recherche (ERC) et des conseillers européens.

Objectif: ne pas attendre qu’il soit trop tard pour agir et plaider la cause de la Suisse. Fortement intégrées dans les programmes européens, les hautes écoles veulent conserver une pleine participation à Horizon 2020 et pouvoir attirer les mêmes talents qu’avant la votation; les chercheurs veulent continuer à pouvoir diriger des programmes et décrocher le même type de bourses.

Après le choc du 9 février, de nombreux milieux scientifiques s’étaient reprochés d’avoir si peu mené campagne. Pour les patrons des Ecoles polytechniques, il s’agit de ne pas répéter cette erreur et de se montrer proactifs pour conserver le rayonnement international des hautes écoles helvétiques. Autrement, «la Suisse sera reléguée dans un rôle secondaire», craint de son côté le professeur de droit genevois Thierry Tanquerel.

Lundi soir à l’Université de Genève, à l’initiative du Global Studies Institute, ce candidat socialiste au Conseil national a débattu avec l’avocat Yves Nidegger, conseiller national sortant et candidat UDC aux Etats. «Dans les milieux universitaires, économiques ou syndicaux, nous avons fait une grave erreur en sous-estimant la campagne du 9 février», admet Thierry Tanquerel. Le professeur se fait le relais «d’une inquiétude largement partagée dans la communauté universitaire». «Pour les hautes écoles, la question de l’ouverture est fondamentale. Si les relations avec l’Europe tournaient à l’aigre, on assisterait à une lente asphyxie de nos universités qui se transformeraient progressivement en institutions de province.» «Aujourd’hui, poursuit-il, la globalisation de la recherche est un fait indéniable.» Or l’acceptation de l’initiative a introduit de fortes incertitudes sur l’accueil qui sera réservé aux nouveaux professeurs, chercheurs, étudiants et doctorants étrangers par la loi d’application de l’initiative, un texte qui sera approuvé par le parlement fédéral issu des urnes le 18 octobre prochain.

Ironisant sur «l’effet dévastateur» du vote du 9 février «sur le moral et l’humeur des professeurs europhiles», Yves Nidegger a cherché à l’inverse à se montrer rassurant. Pour lui, «un étudiant n’est pas un migrant» et il ne voit rien à redire à la présence d’étudiants étrangers s’ils quittent la Suisse après leurs études. «Je rappelle aussi que les contingents ne toucheront que les nouveaux arrivants, non pas les étudiants qui sont déjà en Suisse ou ceux qui disposent d’un permis C.» Quant aux professeurs étrangers, ce serait le retour aux pratiques antérieures à 2006, plaide-t-il, lorsque les employeurs devaient demander des dérogations: «J’ose espérer qu’en matière de coopération scientifique, le choix d’aller à l’EPFL est dû à l’excellence de cette école et non à une allégeance à la libre circulation», s’exclame l’avocat.

Ces arguments n’ont guère convaincu l’auditoire. La perspective des obstacles à la libre circulation inquiète aussi bien les professeurs que les étudiants. «En biologie moléculaire, je connais déjà des post-doctorants qui n’ont même pas cherché de poste en Suisse en raison de l’incertitude ambiante», témoigne une doctorante. D’autres se demandent s’ils devront interrompre leurs études et quitter la Suisse. Ou s’ils pourront rester pour faire un doctorat, voire demeurer dans le pays ensuite.

Selon des données de l’OFS publiées mardi, la part des étudiants internationaux dans les hautes écoles suisses se monte à 17%. Cela représentait 30 800 personnes en 2013. La proportion est plus élevée dans les universités (19%) que dans les Hautes écoles spécialisées (14%). Et une forte majorité de ces étudiants – 63% – proviennent des pays européens voisins: France, Italie, Autriche, Allemagne, ainsi que le Liechtenstein. Ce sont les premiers concernés par toute entrave à venir dans la libre circulation des personnes.

«Aujourd’hui, la globalisation de la recherche est un fait indéniable»

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