Genève

La grève de la fonction publique remporte un franc succès

Près de 10 000 personnes étaient dans la rue mardi pour protester contre la réduction prévue des dépenses publiques. Elles ont décidé de reconduire la grève mercredi

Ferveur et détermination. C’est armés de ces attributs que près de 10 000 fonctionnaires – selon les organisateurs – ont pris possession de la ville mardi, répondant au plan de réduction des dépenses publiques par la grève. D’une augmentation du temps de travail de 40 à 42 heures, ils ne veulent pas. Pas plus que du gel de leurs annuités, des procédures facilitées de licenciements et du non remplacement des départs annuels. Renvoyant la copie du projet de budget 2016 au Conseil d’Etat.

Dans une ambiance bon enfant, des milliers de manifestants ont convergé vers la place Neuve, slogans égrenés dans les indémodables mégaphones, banderoles au poing, qui résument parfois avec humour le sentiment général. «L’éducation trop chère? Essayez l’ignorance», suggère celle-ci. «RIE III m’a tuer», plagie celle-là. «42 heures dans le public égale 44 heures dans le privé», alerte cette autre.

Ils sont tous là. Enseignants, policiers, gardiens de prison, soignants des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), fonctionnaires du service des impôts, de l’Hospice général ou de la justice, étudiants venus crier leur solidarité. Même l’Usine est présente, diffusant ses notes techno depuis un curieux véhicule rouge. Sans oublier les enfants, certains défendant de main de maître l’association d’animation extra scolaire qu’ils chérissent «et que l’Etat veut nous enlever», énonce fièrement une petite fille vêtue aux couleurs d’un syndicat.

Pendant ce temps, les responsables syndicaux discourent sur «le démantèlement du travail et la précarité rampante, l’arrogance et l’irresponsabilité du Conseil d’Etat, la détermination à ne pas payer à la place des patrons et des gros actionnaires qui, eux, bénéficieront du cadeau fiscal RIE III». Ne faisant aucun cas de l’argument développé par le Conseil d’Etat la veille, qui tordait le cou à cette affirmation.

Grosse mobilisation des professeurs

Dans la foule bigarrée, beaucoup d’enseignants. Selon Salima Moyard, présidente de la Fédération des associations des maîtres du cycle d’orientation (FAMCO), ce n’est pas moins de 65% à 75% des professeurs du cycle d’orientation qui auraient répondu présent. Dans le primaire, on annonce que 114 écoles sur 140 ne donnaient pas de cours. A l’Office médico-pédagogique, on recensait 70% de grévistes. «On fait la grève pour les enfants et la qualité de l’enseignement, pas pour nos salaires, affirme une enseignante du cycle. Comme les départs ne seront pas repourvus et que nous travaillerons davantage, il faudra mettre plus d’élèves par classe. Les élèves en difficulté seront les premiers sacrifiés.» Convaincue que des mesures de coupe plus intelligentes pourraient être trouvées, elle espère que le Conseil d’Etat reviendra à de meilleurs sentiments.

Elle peut déjà compter sur sa ministre de tutelle, Anne Emery-Torracinta, solidaire de ses troupes: «Comme elle s’est abstenue sur le budget 2016, on se sent raisonnablement soutenus par elle, commente Salima Moyard. Mais on aimerait qu’elle soit avec nous ici!» Une hypothèse que ces policiers ne caressent même pas en rêve, eux qui arborent des autocollants où il est inscrit «Non à la maudictature», du nom du ministre Pierre Maudet. «Il fait trop vite les choses et ne nous en donne pas les moyens, avance l’un d’entre eux. Et le service minimum requis pendant cette grève s’est mué en service maximum, empêchant de nombreux collègues de se joindre au cortège.» Même impératif aux HUG: «Nous sommes qu’une centaine à faire grève, car les patients requièrent des soins constants», dit ce technicien en radiologie médicale. Son collègue embraye: «Nous avons reçu des menaces de la hiérarchie, qui a dit vouloir procéder au contrôle des absents.» Au même moment, un syndicaliste enjoint au micro les collègues «à venir renforcer demain matin les piquets de grève devant le bâtiment des impôts, où il y a des velléités de répressions», croit-il savoir.

Nouvelle grève prévue mercredi

Un peu plus tôt dans l’après-midi, l’assemblée du personnel de la fonction publique prenait la décision de réitérer l’exercice. Quelque 1500 personnes votaient à l’unanimité moins sept abstentions de reconduire la grève mercredi. Avec une originalité dans le scénario, puisque la fonction publique viendra grossir les rangs des maçons, en grève eux aussi pour l’amélioration de leur convention collective nationale de travail. A huit heures 30, les manifestants partiront de la rue du Mont-Blanc, traverseront le pont pour rejoindre la place Neuve, avant de monter vers la Vieille ville. «Ce que l’on vit ce soir, c’est le hors d’œuvre, glisse un policier en fonction sur un axe fermé à la circulation. Le centre sera bloqué, ça va bouchonner.» Leur espoir: se faire entendre du Conseil d’Etat. Un comité a d’ailleurs été mandaté pour demander à rencontrer les ministres en urgence. Dans ce bras de fer, la population pourrait finir par s’inviter, comme arbitre.

Editorial: «Les fonctionnaires doivent consentir des sacrifices»

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