Réforme 

Genève redéfinit sa stratégie pour loger son industrie

L’État vient de renforcer la mission de la Fondation pour les terrains industriels, laquelle va racheter des parcelles publiques pour près de 162 millions de francs. Objectifs: accélérer, de manière durable, la densification des zones susceptibles d’accueillir du secteur secondaire. Et vider au plus vite le périmètre Praille-Acacias-Vernets de ses entreprises, pour y construire des logements

Dorénavant, les zones industrielles devront être plus mixtes et plus vertes. Le Conseil d’État genevois et la Fondation pour les terrains industriels (FTI) ont signé mercredi une convention d’objectifs (2015-2019) visant notamment à reloger les entreprises du PAV (Praille-Acacias-Vernets). Ce périmètre, théâtre d’un méga projet d’aménagement censé éclore dans 25 ans, abrite quelque 1500 sociétés industrielles. Environ 30 à 40% d’entre elles – celles qui empiètent le plus sur la zone – doivent, à terme, déménager ailleurs. Pour ce faire, le canton vient de donner les coudées franches à la FTI, l’autorisant à emprunter près de 162 millions de francs pour lui racheter des parcelles et autres immeubles présents sur des sites pouvant accueillir des activités du secteur secondaire (28 bâtiments et 84 terrains au total). «Une première tranche de 100 millions sera dépensée à cet effet avant la fin de l’année, indique Charles Spierer, président de la FTI. Le solde, soit quelque 62 millions, servira à acquérir du foncier au PAV, courant 2016 et 2017.»

Corollaire majeur de la manœuvre: co-développer des écoParcs industriels. Soit, diversifier les zones existantes, en empilant par exemple du tertiaire sur du secondaire, mais de façon à ce que le dispositif final soit le plus en symbiose possible avec les collectivités déjà présentes. «Etaler l’industrie en périphérie est une approche révolue. Vu les lacunes foncières, sachant par ailleurs que la Confédération s’oppose à une extension en zone agricole et qu’il est exclu de rogner sur l’habitat en raison de la pénurie de logements dans le canton, il faut à présent densifier les espaces disponibles, tout en favorisant une cohabitation intelligente avec les riverains, car l’activité secondaire engendre, par nature, des nuisances», explique Nicolas Walder, vice-président de la FTI. Traduction: mutualiser les parkings souterrains, la gestion des crèches, le chauffage, etc. «Nous voulons passer du concept de gentil voisinage à celui de collaboration dynamique», précise-t-il. Ce qui implique, dans le cas de la zone industrielle de Plan-les-Ouates, déjà passablement saturée – contrairement à celle de Meyrin, par exemple –, de développer notamment le transport modal.

430 millions de francs à investir, sur dix ans

En plus de devenir propriétaire hégémonique des terrains industriel du canton, la FTI a pour mission – le cadre législatif doit encore être modifié à cette fin – de mettre à disposition les équipements correspondants, comme les routes, des espaces verts, des pistes cyclables, etc. Une enveloppe de 180 millions de francs, sur 20 ans, est prévue à cet effet. Toutefois, signale la FTI, l’ensemble des réinvestissements prévu pour mener à bien cette nouvelle stratégie s’élève à 430 millions de francs à l’horizon 2025.

Bilan des opérations: si les droits de superficie ne changent pas – les prix au m² (entre 9 et 15 francs) demeurent inchangés –, certaines taxes d’équipements ne seront plus payées à l’État, comme auparavant, mais reviendront toutes à la FTI – une base légale doit également être créée dans un avenir proche –, amenée de surcroît à contrôler l’ensemble des loyers.

Le canton de Genève compte pour l’heure 53 zones industrielles. Ce qui représente 5% de la zone à bâtir, soit environ la surface de 700 terrains de football, dont un peu plus de la moitié se trouve en mains du secteur public. «Les entreprises qui y sont installées emploient près de 60 000 salariés, soit 16% du PIB genevois», conclut Yves Cretegny, directeur général de la FTI.

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