Tourisme

Comment la Lex Weber transforme le Valais

La loi qui limite les résidences secondaires à 20% du parc immobilier et son ordonnance d’application définitive entreront en vigueur le premier janvier. Les stations valaisannes sont forcées à repenser leur modèle touristique

A Verbier, la construction ne faiblit pas vraiment, malgré la Lex Weber. En 2016, les entreprises du bois achèveront la construction des résidences secondaires qui ont été autorisées avant la votation. Elles travailleront ensuite à la modernisation des bâtiments de la station. L’entrée en vigueur de la loi favorisera le marché de la rénovation dès le premier janvier. Pour le président de la commune de Bagnes, Eloi Rossier, «il faudra du temps pour retrouver un équilibre», mais «on ne s’en sort pas aussi mal qu’on aurait pu le craindre».

«Catastrophique», «liberticide», ou simplement «inapplicable». En mars 2012, les milieux économiques et politiques valaisans ne trouvaient pas de mots assez forts pour décrire leur sentiment. La Suisse décidait de limiter les résidences secondaires aux 20% du parc immobilier, contre l’avis de 75% des Valaisans. Presque quatre ans plus tard, 97 des 134 communes valaisannes figurent sur la liste noire publiée par l’office fédéral du développement territorial. Malgré tout, l’ordonnance d’application élaborée par le parlement satisfait le directeur du groupement suisse des régions de montagne (SAB) Thomas Egger, «heureux de disposer enfin d’un cadre juridique clair».

Les constructions de résidences principales augmentent

A Nendaz, le président Francis Dumas, rappelle que «la Lex Weber est appliquée depuis 2013», et dénonce une accélération du mitage du territoire. L’approche de la votation a précipité de nombreuses demandes de permis de construire, et «les résidences secondaires s’érigent désormais là où les 20% ne sont pas encore atteints». Par ailleurs, il constate une augmentation des constructions de résidences principales. Il entend encourager ce phénomène en misant sur la proximité de la station avec Sion. Pour lui, «on va vivre moins bien mais on va survivre».

Lire aussi: Dans les Alpes, les stations françaises prennent l'ascendant

Le président d’Evolène Damien Métrailler se dit «surpris par les effets pervers de la Lex Weber». Dans le Val d’Hérens, la construction ne cesse d’augmenter. De nouvelles résidences principales s’ajoutent aux résidences secondaires autorisées avant 2012. «Plus positivement», l’ordonnance autorise désormais la transformation en résidences secondaires des raccards, ces greniers de bois dont le cœur du village est constitué.

Plusieurs édiles valaisans reconnaissent que deux failles de la loi expliquent en partie cette augmentation des constructions de résidences principales. Il est permis de les réaffecter en résidence secondaire si le propriétaire apporte la preuve que le logement a été vainement proposé sur le marché à un prix raisonnable. Dans un couple, un bien immobilier peut aussi être inscrit au registre foncier comme la résidence principale de l’épouse. Pour le président d’Evolène, «les autorités communales comprennent que certaines requêtes visent à contourner la loi, mais elles n’ont pas les bases légales pour leur refuser une autorisation de construire».

La mutation des stations valaisannes

Pour le directeur du SAB Thomas Egger, la Lex Weber ne constitue que «l’un des chocs externes qui ajoutent à la crise du tourisme alpin». Il rappelle que le Conseil Fédéral a débloqué 200 millions de francs pour favoriser «l’inévitable changement structurel qui attend les régions de montagne». Il imagine des solutions dans l’hôtellerie et la parahôtellerie. Il encourage aussi la création de produits touristiques intégrés, fruits de la collaboration des différents acteurs d’une même station.

Pour Lucien Barras, «les milieux politiques et économiques ont dépensé trop d’énergie à prolonger le modèle des résidences secondaires». Président d’Altitude 1400, l’architecte milite pour une gestion territoriale durable. Il ne s’attend pas à un bouleversement rapide des paysages alpins, mais à une profonde mutation économique. Il est convaincu que les stations seront désormais fréquentées plus longtemps par des visiteurs plus nombreux: «On ne pourra plus faire vivre des villes à la montagne sur les revenus de quatre semaines intensives». Pour lui, la loi force les acteurs touristiques trouver de nouveaux modèles pour survivre. Pour cette raison, il estime que «la Lex Weber a mis fin au ski industriel».

Publicité