Justice

Dominique Warluzel détenu à Genève pour tentative de meurtre

Le médiatique avocat genevois a été arrêté et placé en détention provisoire au quartier cellulaire de l’Hôpital pour avoir tiré sur une femme dans sa chambre d’hôtel. Cette aide-soignante n’a pas été blessée

Difficile d’y croire. Et pourtant. Dominique Warluzel a été placé en détention provisoire ce lundi par le Tribunal des mesures de contrainte, a appris Le Temps. Le très médiatique avocat genevois est prévenu de tentative de meurtre pour avoir tiré avec une arme sur une femme lors d’une dispute. Cette dernière n’a pas été blessée.

Les faits se sont produits ce samedi à l’Hôtel La Réserve, à Genève, où l’homme de loi occupe une suite médicalisée. Henri Della Casa, le porte-parole du pouvoir judiciaire, «confirme l’arrestation et la mise en détention». Il n’en dira pas plus pour l’instant. L’enquête est menée par le procureur Walther Cimino.

Conflit d’argent

Selon nos informations, Dominique Warluzel, est détenu au quartier cellulaire de l’Hôpital en raison des graves séquelles physiques liées à un accident vasculaire cérébral qui l’a terrassé en janvier 2013. Les circonstances de l’affaire et la nature des relations entre l’avocat et cette femme, qui serait gouvernante ou aide-soignante, sont encore troubles.

Selon les premiers éléments de l’enquête, l’avocat et cette soignante auraient eu un conflit à propos de sa rémunération. Alors qu’elle s’apprêtait à quitter la chambre, l’avocat aurait sorti son pistolet et tiré dans sa direction. La balle s’est logée dans le cadre d’une porte.

Dans sa première déclaration, Dominique Warluzel conteste avoir voulu la tuer. Son intention était de marquer le coup, de lui faire peur, de lui montrer qu’il n’était pas satisfait de ses services et de lui faire comprendre qu’il ne lui devait aucun argent.

Risque de réitération

Me Nicholas Antenen, de l’étude Bonnant Warluzel et Associés, assure la défense de l’avocat. Contacté, il ne souhaite pas communiquer et entend réserver ses arguments pour la justice. Me Antenen tient toutefois à préciser trois choses: «Il y a bien eu un incident, il n’y a aucun blessé et il y a un trou dans une porte comme seul dégât matériel».

Saisi d’une demande du Ministère public, le Tribunal des mesures de contrainte a décidé de prolonger la détention provisoire pour une durée de trois mois. Le risque de collusion, le risque de fuite ainsi qu’un danger de réitération, en raison d’un état psychique perturbé et un problème de gestion de la colère, ont été retenus. L’avocat et la gouvernante devront prochainement être confrontés par le procureur chargé de l’affaire.

Les rôles de sa vie

Dominique Warluzel occupe le devant de la scène depuis près de trente ans. Star incontestable du barreau, brillant plaideur, homme de télévision, passionné de cinéma, il est parti s’établir aux Bahamas en 2011. L’attrait des Caraïbes, de la navigation et de sa fiscalité avantageuse. Deux ans plus tard, sa vie a basculé.

Cet automne, la RTS diffusait un documentaire de Raymond Vouillamoz, co-écrit avec Béatrice Barton, consacré au parcours, aux douleurs, à la rééducation et aux amitiés de cet homme diminué mais toujours aussi combatif et complexe.

Lire aussi: Dominique Warluzel, grand corps malade

Le film dévoile l’enfer de l’AVC, les efforts anéantis par une nouvelle chute, la paralysie, la tournée des hôpitaux, les entraînements pour retrouver une motricité, la colère, le caractère affecté par ce séisme et l’envie toujours présente d’en finir.

On y apprend aussi que Dominique Warluzel a fait de la prison lorsqu’il était tout jeune pour une histoire de vol sans gravité. Une expérience qui l’avait marqué et qu’il s’était juré de ne pas revivre. Le destin en aura décidé autrement. L’avocat, longtemps incontournable, se retrouve aujourd’hui prévenu d’un crime et détenu.

Comme s’il reprenait malgré lui ce rôle de mauvais garçon qu’il affectionne tant et qu’il a si bien décrit dans «Fratricide». Sa pièce de théâtre oppose deux frères ennemis. Un avocat carriériste et un voyou repenti. Les deux profils de cet enfant terrible du Barreau genevois.

Publicité