Valais

Jean Zermatten, ce juge qui rêve d’une nouvelle Constitution

Après une vie passée à défendre les enfants, Jean Zermatten espère créer une assemblée constituante pour doter le Valais d’une nouvelle loi fondamentale, adaptée au XXIe siècle

Au mur, les souvenirs des rêves d’enfant de sa fille. A table, Jean Zermatten parle du vin, qu’il aime et qui ne vieillit pas toujours bien. Pas aussi bien que lui. Dans son pull de laine rouge, il ressemble un peu au père Noël et cette image l’amuse. A 67 ans, il incarne depuis longtemps la figure du bon père de famille. Sans doute, parce qu’il a passé les dernières décennies à chérir et protéger ses deux enfants, mais aussi ceux du Valais et du monde. Depuis 2005, il œuvre pour le comité des droits de l’enfant de l’ONU, après avoir présidé le tribunal des mineurs valaisan pendant 25 ans, et fondé puis dirigé l’institut international des droits de l’enfant. La liste n’est pas exhaustive. Il résume, modeste et placide: «J’ai essayé d’arranger des situations très abîmées et je n’ai pas toujours réussi».

Désormais, Jean Zermatten rêve d’apaiser la «situation conflictuelle» du Valais d’aujourd’hui. Après une vie de voyages, il se décrit comme «un nomade aux racines profondes». Qui souhaite s’occuper des litiges de chez lui, en dessinant une nouvelle Constitution. Lois sur l’éducation, la santé, le tourisme ou le système électoral, les derniers projets de réforme élaborés par les élus ont tous échoué devant le peuple. Le juge décrit un climat politique «abîmé», miné par les intérêts partisans. Il aime citer l’exemple de Fribourg, un autre canton bilingue où il a étudié et travaillé. L’assemblée constituante y aura mis cinq ans à élaborer un nouveau texte à partir de la page blanche. Selon lui, cet «exercice stratosphérique a déclenché une nouvelle dynamique démocratique».

La nécessaire révision de la Constitution

La Constitution valaisanne date de 1907. «Pensée pour le XXe siècle», elle ne fait pas mention des femmes, des enfants ou des aînés. Elle ne règle pas les questions de l’égalité des genres, de l’accès aux soins ou à l’information, de la liberté d’opinion, de l’intégration des étrangers, ou de la protection des données, entre autres. Habitué à l’exercice logistique pour avoir œuvré à la révision du code pénal suisse et à l’élaboration de la loi sur la procédure pénale applicable aux mineurs, Jean Zermatten rêve aujourd’hui de participer à l’exercice constitutionnel, qu’il imagine comme «un défi encore plus stimulant».

C’est trop important pour qu’on ne le fasse pas

Depuis août, le juge co-préside le comité d’initiative qui a déjà récolté 3000 des 6000 signatures nécessaires à faire voter les Valaisans sur le principe de la création d’une assemblée constituante. Il espère que le parlement acceptera de se dessaisir d’une révision de la Constitution prévue par tranches. En plaidant «le penser global», il souhaite faire élire par le peuple un «heureux mélange de politiciens et de représentants de la société civile» pour rédiger la constitution du XXIe siècle. Il considère la désignation des constituants comme «l’instant-clé». Pour lui, «tout le monde doit en être». Il le martèle sur tous les tons: «C’est trop important pour qu’on ne le fasse pas».

«Apolitique», Jean Zermatten n’en a pas moins fait de la politique toute sa vie. Pour défendre cette idée fixe: les enfants sont des personnes, «même délinquants, migrants ou abandonnés». L’expérience lui a permis de disséquer tous les rouages partisans d’un canton où l’UDC refuse catégoriquement la constituante, pendant que les libéraux radicaux et les formations de gauche la soutiennent. Il sait aussi que le plus grand parti, le PDC, décidera du vote. Dans un premier temps opposés au projet, les démocrates chrétiens semblent aujourd’hui divisés sur la question. Lui soutient que «les bonnes idées sont dans tous les partis». Après avoir refusé de nombreuses sollicitations électoralistes et tenu des chroniques dans les journaux à la fois de la droite et de la gauche, il concède seulement que ses idées «s’accommodent mal des positions d’extrême droite». Un peu hésitant, il finit par se définir «au centre gauche».

Le rêve d’un Valais réuni et apaisé

Pour lui, «le bonheur est plus difficile à décrire que le malheur». Fils de l’écrivain Maurice Zermatten, «injustement taxé de conservateur», il se souvient avoir été un fils «aimé». De cette enfance «ni riche, ni pauvre» dans un milieu «inspirant», il a hérité le goût des lettres. Et plutôt qu’un juriste «pur et dur», il est devenu un juge rêveur, un peu poète, qui a même écrit des contes entre de nombreuses publications scientifiques. Choisie par le comité de la constituante pour illustrer le projet, l’image du petit prince de Saint-Exupéry lui ressemble. Mais pas tout à fait aussi naïf et angélique qu’il peut le laisser paraître, Jean Zermatten sait que son CV de père idéal sert la communication des initiants. il sourit: «Il y a sans doute de bonnes raisons pour lesquelles on m’a proposé de participer».

Après Genève, Vaud, Fribourg ou Berne, «Le Valais aura sa constituante». Jean Zermatten en est persuadé. Le juriste pronostique un texte définitif pour 2023. Et rêve d’un consensus cantonal pour réunir deux vieux ennemis qui s’ignorent aujourd’hui, le Haut et le Bas-Valais. En bon père de famille qui veille sur ses deux enfants.

Publicité