Justice

«Dominique Warluzel a tiré comme on passe une bordée»

La défense du célèbre avocat s'étoffe et plaide déjà l'exaspération d'un homme souffrant, tourmenté et surmédiqué. Une expertise psychiatrique et toxicologique devrait permettre de mieux comprendre cette explosion de colère

L'arrestation et la mise en détention du célèbre avocat genevois Dominique Warluzel a suscité stupeur et incrédulité. L'homme de loi, âgé de 58 ans, poursuivi principalement pour tentative de meurtre, conteste avoir tiré en visant l'aide-soignante qui était à son service et effectuait des gardes de nuit. La défense, qui s'est étoffée avec l'arrivée de Me Marc Bonnant, lequel a encore sollicité Me Pascal Maurer, plaide déjà l'exaspération d'un homme souffrant, tourmenté, surmédiqué et qui a fait feu «comme on passe une bordée».

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La distance et le risque

Le monde judiciaire est sous le choc. Au nom de l'Ordre des avocats, le bâtonnier Jean-Marc Carnicé, fait part de cette incompréhension: «Dominique Warluzel est une personnalité majeure de notre barreau, un avocat extrêmement brillant. Je suis convaincu qu'il fournira dès que l'occasion lui en sera donnée des explications utiles à la manifestation de la vérité. A titre personnel, il a mon soutien et mon amitié».

L'avocat, assisté dès les premières heures par Me Nicholas Antenen, a déjà été interrogé deux fois depuis son arrestation samedi soir dans sa suite médicalisée de l'hôtel La Réserve. Une fois par les inspecteurs et une seconde fois par le procureur Walther Cimino.

Alors que l'aide-soignante, qui n'a pas été blessée et qui n'est pas plaignante à ce stade, semble affirmer que Dominique Warluzel a tiré dans sa direction, ce dernier assure avoir volontairement visé la porte. «Il faudra encore déterminer quelle était la distance entre les deux afin de savoir si ce coup de feu a créé un vrai risque ou si ce geste était bien la manifestation d'une volonté d'intimidation», relève Me Bonnant.

Une expertise psychiatrique a été ordonnée afin d'évaluer l'intensité des troubles et le degré de libre-arbitre conservé par l'homme de loi. Plus important encore, estime sa défense, une expertise toxicologique devra établir la dose massive de médicaments ingurgités régulièrement par Dominique Warluzel depuis l'attaque cérébrale qui lui a causé de lourdes séquelles. Cette médication étant également susceptible d'altérer la conscience.

Une arme qui fait débat

Marc Bonnant, qui se trouvait à l'étranger au moment de l'arrestation, a vu Dominique Warluzel mardi matin. «Il est très effondré», précise-t-il. Le défenseur confirme qu'une question d'argent est bien à l'origine de la dispute. «Cette dame lui réclamait une somme dérisoire de 2600 francs alors qu'il était en proie à tant de douleur et de désespoir. C'en était trop. Le ton est monté et les insultes ont fusé de part et d'autres. Il voulait que cela cesse», explique Me Bonnant. C'est alors que Dominique Warluzel s'est emparé de son arme et a tiré avec sa main droite. Il est gaucher mais ce côté de son corps est paralysé et il se déplace en fauteuil roulant.

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La présence de ce pistolet chargé est une autre source d'interrogation majeure. «Dominique Warluzel avait acquis cette arme tout à fait légalement il y a plusieurs années. C'était pour se protéger des agressions à son domicile», souligne Me Antenen. Depuis, et même déjà avant son attaque cérébrale, il se réserve cette arme à lui-même, pensent ses avocats. «C'est une manière de dire qu'il est encore maître de sa vie et peut décider du moment de son retrait», ajoute Me Bonnant. Visiblement, personne n'a pu prendre ce pistolet ou le convaincre de s'en débarrasser.

La défense n'a pas encore accès au dossier et ne connaît donc pas les détails de la version de l'aide-soignante. Une audience de confrontation est prévue le 11 janvier. Selon Me Bonnant, Dominique Warluzel a été surpris de voir la police débarquer dans sa chambre d'hôtel. Après le coup de feu, il avait chargé une autre employée de rattraper la gouvernante et de lui donner la somme réclamée. Mais l'affaire était visiblement loin d'être réglée.

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