Justice

«La prise en charge de détenus victimes d'un AVC est délicate»

L'unité cellulaire hospitalière qui dépend de Hans Wolff, chef du service de médecine pénitentiaire à Genève, accueille Dominique Warluzel depuis la nuit de samedi à dimanche. Quels sont les problèmes liés à de telles situations? Le responsable explique

Dominique Warluzel, le célèbre avocat genevois, prévenu de tentative de meurtre pour avoir tiré sur une gouvernante à son service, est détenu depuis la nuit de samedi à dimanche à l'unité cellulaire hospitalière des Hôpitaux universitaires de Genève. Cette unité est-elle adaptée à cet homme souffrant de graves séquelles liées à un accident vasculaire cérébral massif? De manière très générale et sans aucunement s'exprimer sur l'état de santé de l'homme de loi, le professeur Hans Wolff, chef du service de médecine et de psychiatrie pénitentiaires des HUG, explique la problématique liée à une telle prise en charge.

Lire aussi: Dominique Warluzel détenu à Genève pour tentative de meurtre

Le Temps: Quels sont les soins spécifiques dont ont besoin les rescapés d'une grave attaque cérébrale?

Hans Wolff: Ces personnes souffrent de séquelles importantes, comme des troubles de la motricité et une paraplégie qui peut affecter la moitié du corps. Toutes les actions de la vie quotidienne deviennent compliquées et nécessitent la présence permanente d'un professionnel de la santé pour assister le malade dans ses besoins de base.

– Peut-on imaginer une incarcération en prison?

– C'est impossible en raison de cette perte d'autonomie importante. Celle-ci justifie une détention en milieu médical même si celui-ci ne doit pas forcément être un hôpital.

– Votre unité est-elle préparée à faire face à de telles situations?

– L'unité cellulaire hospitalière est parfaitement adaptée, car il y a des infirmières 24 heures sur 24, et des médecins. Cela étant, il est toujours compliqué d'avoir un détenu avec une problématique médicale lourde et chronique. Ce sont des cas difficiles à gérer. Il faut établir un lien de confiance particulier, car ce type de patient s'expose forcément beaucoup aux soignants. Le respect de la dignité, qui est toujours notre principe de base, est encore plus nécessaire dans des cas aussi complexes.

Hans Wolff à Genève en 2013. photo eddy mottaz

– L'aspect psychique est-il aussi très délicat?

– En général, une majorité de nos patients viennent d'une prison où ils ont déjà encaissé le choc de l'arrestation. Lorsqu'une personne arrive directement de l'extérieur, une attention redoublée est mise sur le plan de la santé mentale et du risque de suicide. Surtout si ce patient souffre déjà de troubles dépressifs liés à son état physique.

– Quelles sont concrètement les conditions de détention à l'unité cellulaire?

– Le quartier a été rénové et inauguré il y a un mois. Il y a dix places réparties sur cinq chambres. Toutes ces chambres sont à deux lits et font généralement le plein. Ce sera le cas au cours de la journée d'aujourd'hui. Les conditions sont meilleures qu'en prison, dans la mesure où l'environnement est calme, bien encadré et mieux protégé. Le détenu peut recevoir la visite de ses avocats, selon le même règlement que celui de Champ-Dollon, ou toute autre visite autorisée par le procureur. L'accès à l'air libre n'est toutefois pas possible car la promenade n'est pas encore opérationnelle. Sa mise en service dépend d'un autre chantier qui devrait s'achever dans deux mois environ. En cas d'incarcération prolongée, cette absence d'accès extérieur peut devenir problématique. Il est interdit de fumer dans les chambres et au sein de l'unité mais des substituts nicotiniques sont administrés.

– Y-a-t-il un risque de régression physique entraîné par cette détention?

– A priori, il n'y a pas de raison de craindre de régression. Nous avons déjà traité des détenus avec des fractures multiples et compliquées qui ont pu bénéficier de l'ergothérapie et d'une rééducation ciblée. Il faut toutefois être conscient que la détention reste une épreuve et que cette épreuve peut s'exprimer sur un plan physique. Il faut rester très attentif à tous ces aspects.

Publicité