Santé

Le Valais enregistre un record de suicides en 2015

Plus de 80 personnes se sont données la mort en Valais l’année dernière. Les cantons de Genève et de Fribourg enregistrent eux aussi une augmentation. La banalisation des suicides assistés explique en partie le phénomène

Sous réserves de quelques résultats d’enquête, 82 personnes ont choisi de mettre fin à leurs jours en Valais l’année dernière, contre 63 en 2014. Ces dix dernières années, ils étaient 53 en moyenne. Depuis cinq ans, la police constate une augmentation du nombre de suicides que la croissance démographique ne suffit pas à expliquer. Prudente, la communauté scientifique refuse les interprétations hâtives.

Le chef de l’information et de la prévention de la police valaisanne, Jean-Marie Bornet, est inquiet. Si les retraités et les quadragénaires sont les plus représentés dans les statistiques, un mineur et quatre jeunes de moins de 25 ans comptent parmi les victimes de 2015. Dans les écoles, il organise des cours de sensibilisation au mobying sur les réseaux sociaux, et il déplore que la prévention du suicide ne soit pas une priorité politique. Pour lui, «il ne sert à rien de donner vie aux enfants si on ne leur apprend pas à la conserver».

la densité psychiatrique valaisanne est l’une des plus faibles du pays

Le docteur Georges Klein, médecin-chef du service de psychiatrie adulte de l’hôpital de Malévoz à Monthey, est régulièrement confronté au suicide de patients. S’il distingue des causes conjoncturelles et des difficultés existentielles, il retient surtout que les personnes qui désirent mettre fin à leurs jours «ont toutes une explication propre, liée à leur histoire personnelle». Il avance néanmoins un facteur objectif parmi de multiples autres: «la densité psychiatrique valaisanne est l’une des plus faibles du pays». Malgré la croissance démographique et l’augmentation des demandes de soins et d’admissions, le nombre de psychiatres stagne et le Valais compte moins de médecins par habitant que les autres cantons.

La banalisation du suicide assisté contribue au phénomène

Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) et de l’Observatoire valaisan de la santé (OVS) montrent que le Valais se situe légèrement en dessus de la moyenne suisse depuis plusieurs années. Entre 1999 et 2008, le canton recensait 16,5 suicides pour 100 000 habitants, contre 15,7 dans le pays. A partir de cette date, les statistiques sont tronquées. L’OFS exclut les suicides assistés de ses données, tandis que la police cantonale les intègre toujours aux statistiques qu’elle produit.

le Valais entre dans la norme générale

La banalisation de l’aide au suicide explique en partie l’augmentation des cas recensés en Valais. 21 suicides assistés ont été enregistrés cette année, contre 14 l’an passé. Ils représentent donc 7 des 19 suicides supplémentaires comptabilisés par la police. En septembre dernier, des élus valaisans de tous les partis ont demandé au parlement de réglementer l’assistance au suicide dans les homes et les hôpitaux. Pour l’instant, les personnes qui désirent une aide pour mettre fin à leurs jours doivent quitter les établissements médicaux.

Fondateur de la société d’études thanatologiques de Suisse romande, le sociologue valaisan Bernard Crettaz constate une «rupture du silence» dans le canton. Pour lui, «le sujet n’est plus tabou», et «les familles ont besoin de communiquer». Il estime que «le Valais entre dans la norme générale», après avoir été très réticent «entre autres pour des raisons religieuses».

Les suicides ont augmenté en Suisse romande en 2015

Les chiffres que Le Temps s’est procurés auprès des diverses polices cantonales semblent indiquer une hausse des suicides en Suisse romande. A Genève, la police cantonale a répertorié 94 morts volontaires en 2015, contre 71 l’année précédente. A Fribourg, 54 suicides ont été signalés dans l’année, contre 41 en 2014. On assiste par contre à une baisse du phénomène à Neuchâtel, où 40 personnes ont mis fin à leurs jours cette année, alors qu’ils étaient 47 l’an passé.

A partir des années 2000, divers travaux ont montré que le quart des suicidés présentent des troubles liés à l’alcool ou à la consommation de drogues. Une étude publiée en février 2015 par l’université de Zürich fait désormais figure de référence. Menée par le psychiatre Erich Seifritz dans 63 pays entre 2000 et 2011, elle conclut qu’un suicide sur cinq est lié à une perte d’emploi ou a une inactivité professionnelle prolongée.

Lorsque les conditions économiques se détériorent, les suicides augmentent

Pour le docteur Philippe Jaffé, professeur de psychologie à l’université de Genève, la corrélation entre la récession économique et le taux de suicide est l’une des rares certitudes scientifiques: «Lorsque les conditions économiques se détériorent, les suicides augmentent progressivement, à l’usure». S’il se méfie des conclusions qui entendent opérer des distinctions entre les cantons, il s’étonne que les efforts de prévention menés par l’État et les associations à Genève ne parviennent pas à enrayer l’augmentation des suicides. Pour lui, à cette exception près, la Suisse fait figure de mauvais élève en la matière.

Malgré des statistiques qui ont augmenté entre 2014 et 2015, le taux de suicides a baissé de moitié en Suisse depuis 1980. Alors que près de 25 personnes sur 100 000 choisissaient de mettre fin à leurs jours, ils ne sont plus que 11 aujourd’hui. Ce taux de suicide est très légèrement supérieur à la moyenne européenne.

Publicité