Justice

L’aide-soignante n’accable pas Dominique Warluzel

La plaignante en veut surtout à ceux qui ont amené l'arme à l’hôtel. L’avocat avait laissé son pistolet dans le coffre de l’étude et l’a réclamé à ses confrères. La défense a décidé d’attendre avant de demander une mise en liberté provisoire

A aucun moment, l’aide-soignante n’a eu le sentiment que Dominique Warluzel voulait la tuer ou la blesser. L’audition et la confrontation, menées en ce début de semaine au Ministère public, n’ont pas fait apparaître de divergences fondamentales entre les versions des deux acteurs de la scène qui s’est déroulée le samedi 2 janvier dans un palace genevois. La quadragénaire a certes eu très peur en voyant l’avocat vociférer, une arme à la main, puis tirer en direction de l’encadrement de la porte.

Elle explique être revenue sur le palier de cette porte à l’instant crucial. L’avocat soutient de son côté qu’elle était hors de sa vue au moment du coup de feu. C’est la principale contradiction entre les déclarations. Dominique Warluzel est poursuivi pour tentative de meurtre par dol éventuel et mise en danger de la vie d’autrui. L’intention et l’ampleur du risque pris par l’homme de loi seront au cœur du débat judiciaire. La défense préfère déjà parler de menaces et de contrainte.

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Dominique Warluzel s’est engagé à ne plus disposer d’arme et a déposé ses passeports. Il n’a pas encore demandé sa mise en liberté provisoire. Le terrain n’était visiblement pas favorable. «C’est encore prématuré», précisent Mes Marc Bonnant et Pascal Maurer. Une autre gouvernante doit encore être entendue prochainement par le procureur. Et un plan de sortie doit encore être affiné avec un encadrement adéquat.

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Empathie et compassion

La confrontation, qui a duré toute la matinée, a été marquée par une grande émotion. «Cette audience était importante pour ma cliente. Elle a voulu un face-à-face, sans aucun paravent, avec celui sur lequel elle a veillé comme aide-soignante et pour qui elle éprouve toujours beaucoup d’empathie et de compassion. Elle fait partie des gens qui savent que la maladie a eu un rôle important dans le déroulement des faits. Elle a aussi pu entendre l’expression de regrets sincères. La frayeur qu’elle a vécu a été reconnue», précise Me Yaël Hayat.

La plaignante, qui souhaite désormais être partie à la procédure, exprime surtout de la colère à propos de la présence assez récente de cette arme sans laquelle Dominique Warluzel serait quelqu’un de bien inoffensif. Selon nos informations, cette arme, qui se trouvait dans un coffre de l’étude, lui a été apportée à l’hôtel, à sa demande, par un confrère.

L’intimité pas abordée

À l’issue de l’audience menée par le procureur Walther Cimino, «Dominique Warluzel a demandé pardon et proposé à l’aide-soignante de revenir à son service», explique Me Bonnant. Cette dernière, qui ne détient pas de diplôme spécifique mais s’est improvisée soutien de malade comme nombre de personnes employées par l’avocat depuis son attaque cérébrale, a estimé qu’elle n’était pas en état de répondre à cette offre.

Son cahier des charges – l’avocat avait évoqué des gestes plus intimes lors de ses premières déclarations – n’a été que brièvement abordé. Lors de son audition, la quadragénaire a refusé de s’exprimer sur ce sujet qui n’est pas en lien direct avec les faits. Et la question n’a pas été abordée lors de la confrontation. «Ce n’est pas une affaire de mœurs que l’on instruit mais un débordement qui n’a rien à voir avec les sentiments», souligne Me Hayat. Me Bonnant dit partager cette analyse.

«Tirez si vous voulez»

Les protagonistes sont d’accord pour dire qu’un différend financier est bien à l’origine de la dispute avec quelques variations sur l’horaire et les tarifs. L’aide-soignante, qui était payée 300 francs la nuit ou 30 francs de l’heure la journée, réclamait aussi un dédommagement pour avoir travaillé le soir et le lendemain du Réveillon. Le ton est monté au sujet d’une somme de quelque 2600 francs et l’avocat, davantage excédé par son état physique et son destin, s’est mis dans une grande colère.

La plaignante explique avoir vu Dominique Warluzel, assis sur son lit, se saisir de l’arme posée sur la table de nuit et faire des mouvements circulaires avec son bras. Elle lui lance qu’elle n’a pas peur. «Tirez si vous voulez», ajoute celle qui vouvoie l’avocat et assure ne pas l’avoir injurié. La femme précise qu’elle le voit alors dévier son bras et son regard en direction de l’encadrement de la porte. Elle se rend compte alors qu’il va faire feu. Elle fuit ensuite se réfugier dans l’autre pièce, prévient le personnel de l’hôtel et ne bouge plus jusqu’à l’arrivée de la police.

Le fourgon qui a transporté Dominique Warluzel au Ministère public. (Keystone) SALVATORE DI NOLFI

«Comportement inadmissible»

Employée par l’avocat depuis le printemps dernier, la plaignante, une Française d’origine marocaine, qui a longtemps travaillé et œuvre encore dans la manucure, a été le témoin de sa descente aux enfers. Elle avait accompagné Dominique Warluzel aux Bahamas cet été, un lieu où la solitude et le néant le rendaient particulièrement acrimonieux. Les choses ne sont pas bien passées.

À Genève, il l’avait rappelée à son service en cette fin d’année car il était dans le besoin. Mère de deux grands enfants qu’elle a élevés toute seule, divorcée récemment d’un avocat de la place, elle faisait ce travail pour gagner de l’argent et se pliait à des horaires éprouvants. «Elle a été très touchée de le voir dans ce contexte judiciaire infiniment triste», précise Me Hayat.

Un dédommagement a-t-il été déjà articulé? «Pas encore. Ce n’était pas le moment adéquat. Mais Dominique Warluzel est prêt à réparer le tort causé. Traiter quelqu’un de manière aussi brutale est un comportement inadmissible qui a assurément une connotation pénale», relève Me Bonnant.

Accompagné par un infirmier

Dominique Warluzel est toujours détenu à l’unité cellulaire hospitalière. Il partage certains jours sa chambre à deux lits avec un autre détenu. Gros fumeur, il doit se contenter de substituts nicotiniques et n’a pas accès à une promenade à l’air libre. Celle-ci n’est pas encore en service.

L’avocat doit faire l’objet d’une expertise psychiatrique. Très atteint par les séquelles d’une attaque cérébrale, il était particulièrement dépressif en cette fin d’année. Selon Me Bonnant, l’arme était surtout destinée à lui donner la possibilité d’abréger ses souffrances. Pour la confrontation, il était accompagné d’un infirmier qui est resté à l’extérieur du bureau. De nombreuses interruptions ont été nécessaires lors de cette audience vraiment pas comme les autres.

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