Communales

Pour Lausanne, les deux font la paire

Les candidats Pierre-Antoine Hildbrand et Mathieu Blanc se présentent en tandem pour doubler la présence du PLR à la Municipalité lausannoise. Leur mot d’ordre: collaborer avec la gauche

On les surnomme «Dupond et Dupont», ou encore «Hildblanc». L’un issu du parti radical, l’autre libéral, les deux candidats à la Municipalité lausannoise, Pierre-Antoine Hildbrand et Mathieu Blanc ont suivi à quelques années près le même parcours. Les deux coéquipiers, et néanmoins concurrents, ont œuvré tôt pour leurs partis, présidé leurs sections jeunesse respectives et sont tous deux juristes. Afin de récupérer un siège, en sus de la place vacante d’Olivier Français, le PLR a misé sur une stratégie de tandem dans sa campagne communale 2016. Selon le résultat du premier tour, le 28 février, il s’agira éventuellement de rectifier le tir mais pour l’instant les candidats jouent le jeu, sans démonstration de compétition aucune.

Inspiré de Louis Ruchonnet

Pierre-Antoine Hildbrand, 39 ans, vient d’Essertes, un petit village du Jorat. Jeune adolescent, il vit une expérience déterminante pour son engagement politique. Son père, alors syndic, se met les habitants à dos en dénonçant un appel d’offres trafiqué sur lequel le Conseil général avait préféré fermer les yeux. «Je n’avais pas de liens familiaux avec le parti radical, mais j’ai été inspiré par la figure de Louis Ruchonnet, cet homme d’Etat entre action et idéal. La politique pour moi représentait l’espoir général et abstrait de résoudre des conflits. Le radicalisme faisait en sorte que la société tienne et vive ensemble en faisant des compromis. Il se battait contre une idée monopolistique de la vérité.» C’est dans cette veine qu’il prône aujourd’hui la création d’un carré musulman dans un cimetière de Lausanne, «bien que cela risque de [lui] coûter des voix». Par ses positions, ce membre de la direction du Centre patronal espère pouvoir compter sur une partie des votes de la gauche et du centre.

Travail au mérite

Mathieu Blanc, 35 ans, a grandi dans la Broye. Cet avocat d’affaires se prépare depuis cinq ans à ces élections. «J’étais candidat aux côtés d’Olivier Français aux dernières communales, mais j’étais trop jeune et personne ne me connaissait. Depuis, j’ai ratissé le terrain.» Féru de travail, Mathieu Blanc croit à la réussite au mérite et tire une certaine fierté d’avoir été présent sur 90% des stands du parti depuis ses débuts. «J’espère que les électeurs ont remarqué mon engagement. J’ai toujours été ambitieux en politique et porter un projet de A à Z en exécutif me plairait.» Conseiller communal aux côtés de son partenaire de campagne, il s’est démarqué sur les sujets de sécurité. «Je reçois pas mal de lettres de Lausannois se plaignant des dealers dans leurs rues, de bruits nocturnes.» Lorsque le municipal socialiste Grégoire Junod reprend le dossier sécuritaire des mains de son collègue Vuilleumier en 2015, Mathieu Blanc se profile comme un interlocuteur. «Il m’écoutait le conseiller sur des dossiers que je connaissais: les mesures d’éloignement et les nuits lausannoises.»

Une campagne vide de sens

Le socialiste Benoît Gaillard pointe du doigt le manque de substance du programme PLR. «Le duo Blanc-Hildbrand est un brin surjoué. On se demande où est leur contenu et quelles sont leurs priorités. Je regrette qu’ils ne semblent pas faire campagne sur les idées pour le moment. Fonctionner à deux, c’est soit se neutraliser, soit s’additionner. Là, on a l’impression qu’ils se neutralisent, et ça ne profite malheureusement pas beaucoup au débat des élections communales.»

Ce à quoi Pierre-Antoine Hildbrand répond que ses compétences juridiques seraient un atout pour la Municipalité en place. «La ville ne s’est pas toujours appuyée sur des approches légales pour faire passer ses projets. En tant que juriste, je sais que je peux lui faire gagner du temps, de la simplicité et de l’argent.» La création d’une SA pour gérer la station d’épuration serait par exemple un moyen de réduire l’endettement de la ville en travaillant avec d’autres collectivités publiques. «Je trouve que les habitants devraient également pouvoir investir dans l’éolien. Et je m’opposerai à une hausse d’impôts, quitte à aller jusqu’au référendum s’il le faut.»

Alors que le premier se positionne sur les services industriels de la ville, l’énergie et ses finances, Mathieu Blanc requiert des changements au sein de la sécurité et du logement. «Les mesures contre la mendicité ne sont pas assez appliquées et il serait temps de déstabiliser le marché du deal en augmentant la présence policière. La moitié des logements subventionnés du canton sont à Lausanne: il faut égaliser la donne en se rendant attractif pour les propriétaires, ce qui relèverait les finances de la ville.»

Remontée du PLR

Depuis les élections fédérales, Pierre-Antoine Hildbrand et Mathieu Blanc sentent tous deux la remontée du PLR dans le canton de Vaud, eux qui sont trop jeunes pour avoir connu le parti à sa grande époque. «Lausanne, ce bastion de gauche dans un canton qui se droitise, c’est une aberration qui a assez duré», affirment-ils tous deux. «Aujourd’hui le reste du canton se méfie de sa capitale», estime Pierre-Antoine Hildbrand. «Cela prétérite certains dossiers communs comme le logement, l’aménagement, la police ou l’accueil de jour. En établissant un rééquilibrage à deux sièges, nous assurerions un meilleur dialogue.»

Lors des dernières élections, l’agressivité revancharde de la droite lausannoise perdant toujours plus de sièges n’avait pas porté ses fruits. La tonalité modérée de la campagne 2016, où le PLR semble plus que jamais enclin à collaborer avec la majorité de gauche, est un parti pris qui pourrait leur être favorable.

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