Justice

Des trésors du trafiquant d’art le plus célèbre de Londres déterrés aux Ports francs

Quelque 45 caisses d’antiquités étrusques volées et cachées par Robin Symes ont été rendues à l’Italie. Les pièces, pouvant valoir des millions de francs, dormaient depuis environ 15 ans à Genève

Des bas-reliefs, des bustes et autres fragments. Mais aussi des fresques, des votifs ainsi que de nombreux objets culturels. Sans oublier une multitude de pots en terre cuite, des couvercles rares et plutôt bien conservés, des vases décorés, ou encore des sarcophages. Ces vestiges étrusques, répartis dans 45 caisses et provenant de fouilles illicites, avaient séjourné depuis 2001 aux Ports francs. L’inventaire, qualifié d’inestimable par les autorités, a été restitué jeudi par la justice genevoise à l’Italie, selon un communiqué diffusé le jour même.

Mais comment ce trésor est-il arrivé à Genève? Interrogé, le Parquet genevois ne fait aucun commentaire, se bornant à préciser que les pièces avaient été apportées du Royaume-Uni par un marchand d’art anglais très en vue à une certaine époque et ayant plusieurs fois défrayé la chronique. Son nom, qui nous a été confirmé par des professionnels du milieu: Robin Symes.

Âgé à présent de près de 80 ans, ce personnage controversé était en son temps considéré comme l’un des papes du marché de l’art. Mais de cette pièce centrale du présent dossier des Ports Francs, il ne reste plus beaucoup de trace aujourd’hui. D’aucuns pensent que ce jadis puissant marchand londonien, devenu trafiquant, se trouve actuellement en Grande-Bretagne.

Une fortune très convoitée

Robin Symes s’était réfugié à Genève en 2003. Ou plus précisément dans un appartement cossu de la rue des Granges, situé dans le secteur huppé de la Vieille Ville. La raison: il avait à ses trousses les héritiers de feu son partenaire et amant depuis les années 1970, Christo Michailidis. Ces derniers, qui lui réclament une fortune codétenue en biens immobiliers et œuvres d’art, l’avaient traduit en justice.

Robin Symes a fini par être condamné en 2005 à deux ans de prison dans son pays d’origine. Ceci, pour un ensemble de faits intervenus l’été 1999 en Toscane et ayant conduit au décès brutal de Christo Michailidis. Ce dernier, descendu récupérer une bouteille de vin à la cave, aurait officiellement chuté dans les escaliers. Sa tête aurait heurté un radiateur. Le choc lui a coûté la vie, le lendemain à l’hôpital.

Cacher ses richesses au bout du lac

D’où cette hypothèse pour expliquer la présence, aux Ports francs, des antiquités étrusques volées: Robin Symes, dont les avoirs ont été gelés par les Tribunaux britanniques et son passeport confisqué, aurait brutalement rapatrié son butin à Genève (on lui connaissait vingt-neuf entrepôts répartis sur Londres, la Suisse et New York), des suites du litige de succession avec la famille grecque de Christo Michailidis.

Incapable de payer ses avocats et partager sa fortune avec les héritiers légitimes de son amant, Robin Symes a été mis en faillite. Jamais la justice n’a pu retrouver l’ensemble de ses actifs. Ce qui ne l’a pas empêché, d’après des articles de presse de l’époque, de vendre des antiquités lui ayant appartenu, pour plusieurs millions, à des amateurs d’art arabes, américains et suisses.

Il y a cinq ans environ, une statue de Vénus en marbre, des amphores, des vases, des guerriers de bronze, des instruments chirurgicaux antiques et même des fresques de Pompéi avaient été saisies en Suisse, chez Robin Symes. Les 337 pièces archéologiques, datant du VIIIe siècle avant Jésus-Christ au IVe siècle après J.-C., provenaient elles aussi de fouilles clandestines dans le sud de l’Italie et en Sardaigne. Valeur du recel, rapatrié à Rome: 15 millions d’euros. Soit 10 000 euros le centimètre d’antiquité, précisait à l’époque quotidien français Le Monde.

L’évidence du recel

Concernant le dernier pillage de tombe restitué jeudi à l’Italie, la société entrepositaire – dont le nom n’a pas été divulgué – avait fait recours. Cette dernière prétendait au paiement des frais de garde et se prévalait d’un droit de gage primant la remise de la confiscation des 45 caisses. Motifs que le Tribunal pénal fédéral a rejetés. Et que Mon Repos a par la suite déclaré irrecevable, les caisses ayant été déposées sans faire l’objet d’une assurance, ni d’un inventaire. De bonne foi, l’entrepositaire ne pouvait nier ou ne pas suspecter que la marchandise provenait de fouilles illégales, d’autant que Robin Symes était une personnalité controversée déjà impliquée dans le commerce d’objets exportés illégalement ou volés.

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