Vaud

L'immobilier étouffé par la bureaucratie lausannoise? Olivier Français mouche son parti

Paradoxe de campagne: le PLR dénonce les entraves bureaucratiques dans le domaine des constructions. Directement visé, le municipal Olivier Français juge ces arguments électoraux peu crédibles

Architectes, promoteurs et courtiers sont unanimes: la bureaucratie lausannoise est inadaptée à leur réalité, lorsqu’il s’agit de la Police des constructions. Défenseurs des acteurs privés, les candidats PLR à la Municipalité font de la réforme de ce service un de leurs arguments de campagne, promettant de «rendre les décisions dans des délais raisonnables et légaux».

Le seul hic: à la tête du service critiqué se trouve le PLR Olivier Français, seul représentant de la droite au sein du pouvoir municipal. Ce dernier renvoie les jeunes candidats Mathieu Blanc et Pierre-Antoine Hildbrand à leurs études: «Lorsque j'étais candidat à la Municipalité, j'ai moi-même dit beaucoup de choses; une fois en place on se rend compte que ce n'est pas possible», dit-il en leur souhaitant «du courage et beaucoup d'humilité».

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Entrave à la propriété

Parmi les critiques, celle qui ressort le plus concerne un «excès de zèle» de la part de l'Office de la police des constructions (OPC). «Il m’a fallu attendre quatre mois pour obtenir l'autorisation de changer une baignoire de place», invective le conseiller communal PLR Guy Gaudard, électricien de profession. «Je suis impressionné par la façon dont, à Lausanne, on ne facilite pas l’accès à la propriété!»

Directeur d'une société de courtage immobilier dans la capitale, Mathieu Maillard va plus loin: «J’ai des clients qui refusent désormais tout projet à Lausanne.» Lui aussi a l'impression que la Ville, par son infernale bureaucratie, fait fuir les investisseurs. «Nous ne pouvons pas compter sur un partenaire, comme c'est le cas dans d'autres communes qui sont heureuses de nous voir arriver.»

Julien Pellegrino vient d'attendre deux ans l'aval pour la création de sept appartements sur le sol de la capitale vaudoise. Directeur d’une société de promotion immobilière, il constate qu'«il faut un temps considérablement plus important pour mener à bien un projet sur Lausanne par rapport à certaines communes de la périphérie». Il l'avoue: «Etre promoteur à Lausanne, c'est le vrai parcours du combattant!»

Une approche trop juridique

Les acteurs du monde immobilier critiquent l'approche théorique de la Police des constructions, dirigée par une avocate, Vanessa Benitez Santoli. La loi sur l’aménagement du territoire et les constructions est cantonale mais son interprétation est jugée trop stricte. «Il existe un fossé entre la pratique de notre métier et leurs exigences», dénonce un gérant immobilier lausannois, préférant garder l'anonymat. «Le problème est que ce service est géré par des gens qui n’ont jamais rien construit de leur vie et qui ne connaissent pas nos problématiques.»

Olivier Français réagit: «Heureusement que le service est géré par une juriste! Dieu merci, nous n’avons pas que des architectes...En remplissant correctement les conditions du législateur, nous évitons au citoyen d’aller en procès.»

«La jurisprudence impose beaucoup à la Police des constructions», explique le magistrat. «Lors des mises à l'enquête, les contestations sont fréquentes dans la zone urbanisée: les habitants rentrent souvent en conflit les uns contre les autres». Il dit se réjouir de voir comment les candidats PLR, des juristes, vont affronter cet enjeu.

Tout de même, il juge le plan général d’affectation très complexe, «mais il a été voté et imposé par les politiques». Comme les garages à vélo obligatoires demandés par les Verts qui, «bien qu’ils restent très souvent vides», coûtent au constructeur.

Un jeu sur deux tableaux

Les frustrations des acteurs privés sont encore intensifiées par le fait que la ville se profile elle-même comme un puissant acteur immobilier. Le PLR dénonce une distorsion du marché et, là encore dans ses promesses électorales, garantit de meilleures règles d’attribution de terrains aux acteurs privés. 

En construisant d’une main et en légiférant de l'autre, «la ville fixe les règles du jeu auxquelles elle est la seule à pouvoir jouer», dénonce le même gérant immobilier. Découragés par le cahier des charges du projet Métamorphose, plusieurs de ses clients ont renoncés à s'y intéresser. 

Aussi, un logement subventionné du canton sur deux se trouve dans la capitale. Certains y voient ainsi la majorité de gauche au pouvoir s'assurer une base électorale. «La ville utilise ses deniers publics pour faire du social et le paie aujourd'hui avec des chiffres rouges», dénonce ce membre de l'Union suisse des professionnels de l'immobilier.

Important propriétaire foncier, la Ville de Lausanne a opté pour promouvoir le plus possible elle-même la construction de logement. Les contestataires, parmi lesquels Guy Gaudard, déplorent que la ville profite de sa qualité de propriétaire pour «se servir en premier», au lieu de soumettre l’attribution des droits de superficie à des appels d’offres qui permettraient d’assurer une meilleure performance.

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