Justice

Huit ans de prison pour le vieillard qui abusait des garçons

Le Tribunal correctionnel de Genève a retenu l’écrasante culpabilité de cet ancien sapeur-pompier qui a ravagé l’existence de ses deux victimes sans jamais exprimer de remords. L'homme, qui comparaissait libre à son procès, a été arrêté à l’issue de l’audience

Rarement qualificatifs aussi sévères auront été multipliés de la sorte dans un prétoire. Lors de son réquisitoire, la procureure Laurence Piquerez a dépeint le sapeur-pompier retraité, jugé depuis mardi à Genève pour s’être transformé en abuseur de jeunes garçons à un âge avancé, comme un être «mauvais, malsain, égoïste, sournois, destructeur et manipulateur». Pour sanctionner cette méchante et longue dérive, le Ministère public a requis une peine privative de liberté de 10 ans. Le Tribunal correctionnel a finalement infligé 8 ans de prison à ce vieillard peu repentant.

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Emprise totale

«Il est un ogre qui se repaît de chair fraîche et qui ne lâche plus sa proie». Dans la bouche de Me Lorella Bertani, conseil des plaignants, le prévenu, bientôt 80 ans, prend des allures de monstre absolu. Durant une décennie, sans avoir à user de brutalité, celui qui avait la réputation de gentil voisin et de papa-gâteau a tout fait subir à ses victimes et les a enfermées dans le silence et la culpabilité. «Il lui suffisait de presser le bouton de l’admiration, de l’affection et du pouvoir».

Cette très forte emprise, faite de persuasion et de dépendance financière, a également été décrite par le parquet pour appuyer l’accusation d’abus de détresse s’agissant de la seconde victime, agressée dès l’âge de 9 ans et jusqu’après sa majorité. «La normalité n’a plus existé pour ce garçon. Il a été comme empoisonné, entraîné dans la spirale de l’horreur, incapable de réagir».

La procureure Piquerez a fait le terrible calcul. «Au total, il a abusé plus de 200 fois de ses victimes». Dans le lit conjugal, au domicile de sa propre fille, dans le poulailler, devant la télévision. Une véritable «entreprise destinée à satisfaire ses instincts les plus bas». Aux yeux du Ministère public, le prévenu a causé des dégâts considérables dont il se moque encore aujourd’hui. Son absence totale de repentir et l’ignominie de ses actes imposent une grande sévérité.

Le parquet estime aussi que la peine ne doit pas être affectée par la légère diminution de responsabilité retenue par l’expertise psychiatrique en relation avec un trouble de la préférence sexuelle à caractère pédophile. La procureure a ajouté, sans beaucoup développer mais avec succès, que le tribunal devrait même s’écarter des conclusions du rapport. «Le seuil de l’anomalie n’est pas atteint en raison des stratagèmes mis en place».

Métamorphose inexpliquée

A la défense, Me Vincent Spira avouera une grande solitude. Difficile de plaider la cause de cet homme qui nie tout, puis avoue, puis minimise, puis dénigre encore ses victimes. Quand bien même le retraité n’arrive pas à le dire «en raison d’un déni qui s’impose à lui», les faits et la qualification juridique ne seront pas contestés. Tous les efforts de l’avocat ont consisté à dépeindre un être moins monstrueux, beaucoup plus instable et finalement très incohérent dans sa manière de se dédouaner. «Il n’a jamais les mots adéquats». C’est peu dire.

Une question taraude encore l’avocat. «Pourquoi ce père de famille, qui a vécu tranquillement jusqu’à 68 ans, s’est-il brusquement transformé en un pédophile attiré par les garçons?». L’expertise ne l’explique pas, relève Me Spira tout en plaidant pour une peine bien moins élevée qui puisse laisser entrevoir autre chose à cet octogénaire qu’une fin de vie carcérale.

Le parquet, qui réclamait l’arrestation immédiate du prévenu dès la fin de son réquisitoire et avant même le verdict- pour prévenir une fuite, une récidive, un suicide ou une hospitalisation prétexte — l’a finalement obtenue à l’issue de la lecture du jugement.

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