Justice

Un chauffeur de taxi convoqué comme prévenu dans l'affaire Warluzel

Le chauffeur avait été appelé pour acheminer l'arme à l'hôtel La Réserve. Les deux associés, qui ont accepté que l'avocat récupère un revolver entreposé dans un coffre de l'étude, ont écrit au procureur pour expliquer leur décision. Révélations

Un chauffeur de taxi, appelé pour acheminer l'arme de Dominique Warluzel à l'hôtel La Réserve, a été convoqué par la police judiciaire genevoise. Il sera entendu en qualité de prévenu, a appris Le Temps. Selon nos informations, ce chauffeur est aussi le mari d'une fidèle gouvernante de l'avocat, à son service depuis 14 ans. La date de la convocation avait été fixée fin février mais celle-ci a été déplacée, semble-t-il, pour une question d'organisation.

Les deux associés, impliqués dans la remise du revolver avec lequel Dominique Warluzel a tiré lors d'une dispute impliquant son aide-soignante, ont écrit une lettre au procureur pour expliquer les circonstances entourant cette décision. Son contenu retrace le déroulement des évènements qui ont amené un avocat dépressif et colérique à récupérer une arme.

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Un coffre au sous-sol de l'étude

Selon nos sources, ce courrier, daté du 13 janvier et signé par Mes Nicholas Antenen et Olivier Péclard, explique que Dominique Warluzel détenait des armes depuis une dizaine d'années. Lorsque ce dernier est parti s'établir aux Bahamas en janvier 2012, il a transféré son arsenal dans un coffre qui se trouve au sous-sol de l'étude Bonnant, Warluzel et Associés et auquel, est-il bien précisé, Me Bonnant n'a pas accès.

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Dans cette lettre, les avocats ajoutent que des armes ont été régulièrement portées à La Réserve, courant 2012, lors des différents séjours de Dominique Warluzel. Ce dernier se sentait en insécurité. Après son attaque cérébrale, toute remise était exclue puisqu'il était hospitalisé. La question s'est reposée à la fin de l'année 2013, lorsque l'avocat est venu présenter sa pièce, «Fratricide», à Genève.

A ce moment, poursuivent Mes Antenen et Péclard, Dominique Warluzel assure déjà qu'il ne mettra jamais fin à ses jours avec une arme et qu'il dispose d'autres moyens pour le faire. Ses anciens associés, lui-même étant devenu conseil à l'étude, acceptent de la lui laisser le temps de son séjour. Aucun incident ne sera à déplorer, soulignent-ils. 

Un premier refus

Entre 2014 et 2015, l'avocat a systématiquement réclamé son arme lors de ses différents séjours et celle-ci lui a bien été apportée. En décembre, les choses se compliquent. Après avoir vu le documentaire de la RTS consacré à la nouvelle vie de Dominique Warluzel, où ce dernier déclare penser au suicide tout le temps, Me Nicholas Antenen refuse tout d'abord de le faire car il nourrit davantage de craintes. 

Le 14 décembre, Me Péclard rend visite à Dominique Warluzel dans sa suite médicalisée. Ce dernier, précise encore le courrier, insiste et jure qu'il ne s'en servira jamais car il a pris contact avec Exit. Il explique que la présence de cette arme est de nature à l'apaiser lors des crises d'angoisse qui le dévorent. Toujours selon la lettre, Me Péclard appelle alors Me Antenen pour qu'il accède à cette requête. 

Convaincu, Me Antenen prend l'arme et les cartouches dans le coffre, les place dans une boîte en carton et les remet à la secrétaire de l'étude. Cette dernière donne ensuite la boîte au chauffeur de taxi qui fait régulièrement des courses pour Dominique Warluzel. C'est ce même chauffeur qui est désormais convoqué comme prévenu.

Les deux associés devront également faire une déposition. On ne sait pas encore en quelle qualité. Le procureur général Olivier Jornot sera sans doute présent aux côtés du procureur Walther Cimino pour ces audiences plus sensibles. La secrétaire de l'étude est aussi convoquée comme personne appelée à donner des renseignements.

Le volet de l'arme a d'ores et déjà poussé Me Antenen, le premier à avoir assisté Dominique Warluzel lors de son arrestation, à se retirer de la procédure. Me Bonnant a également annoncé, ce mardi, qu'il renonçait «provisoirement» à cette défense en raison d'un possible conflit d'intérêts.

Colère de la victime

Me Pascal Maurer, qui représente Dominique Warluzel, confirme la convocation comme prévenu du chauffeur de taxi et pense que les reproches porteront sur une violation de la loi fédérale sur les armes. Cette loi n'autorise un transport que si la personne possède un permis approprié, que l'arme n'est pas chargée et qu'elle est séparée des munitions.

Lors de l'enquête, Dominique Warluzel a déclaré qu'il voulait son arme pour se protéger contre des cambrioleurs sévissant dans l'hôtel. Il a ensuite dit que c'était surtout pour lui permettre de choisir le moment de son départ.

De son côté, Me Yaël Hayat, conseil de l'aide-soignante, se limite à redire la position exprimée par sa cliente. «Elle n'est pas en colère contre Dominique Warluzel mais contre ceux qui lui ont permis de disposer d'une arme. Sans elle, il aurait été totalement inoffensif». Le revolver chargé était posé sur la table de nuit ou placé dans le coffre de la chambre d'hôtel. C'est l'aide-soignante elle-même qui avait dû une fois soutenir l'avocat pour qu'il se mette debout et compose le code du coffre afin d'en sortir l'arme. 

Prévenu de tentative de meurtre et de mise en danger de la vie d'autrui pour avoir tiré une balle qui est passée très près de l'aide-soignante ce 2 janvier, Dominique Warluzel conteste avoir visé la victime. «Il voulait lui faire peur et marquer son autorité», souligne Me Maurer. Ce dernier prépare toujours les conditions d'une demande de mise en liberté provisoire afin de sortir l'avocat de l'unité cellulaire hospitalière où «son état se dégrade».

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