Conseil suisse de la presse

Le Conseil suisse de la presse donne raison au «Temps» face à Dmitri Rybolovlev

Dmitri Rybolovlev contestait le traitement du «Temps» dans l'affaire Bouvier. Le Conseil suisse de la presse estime que le journal a respecté les principes fondamentaux du métier

«Le Temps» n’avait pas plu au milliardaire russe Dmitri Rybolovlev qui a donc saisi le Conseil suisse de la presse. C’était le 4 juin 2015: notre journal publie, sous la plume d’Alexis Favre, un article intitulé «Comment le piège monégasque s’est refermé sur Yves Bouvier».

«Cet article, constate le Conseil Suisse de la Presse, traite de l’arrestation à Monaco de M. Bouvier, patron de Natural Le Coultre, à la suite d’une plainte pénale pour escroquerie et complicité de blanchiment déposée à son encontre par M. Dmitri Rybolovlev, milliardaire russe et collectionneur d’art, représenté par Me Tatiana Bersheda. Dans ce texte, M. Favre s’interroge sur des «bizarreries» qui auraient été constatées dans l’enquête contre M. Bouvier. Le 29 juin 2015, dans le même journal, Alexis Favre publie un autre article intitulé «Ces trusts étrangers tout-puissants qui défient la Suisse». A la lumière de la procédure de divorce médiatisée entre M. Rybolovlev et son épouse, le journaliste y traite du statut juridique des trusts étrangers, en l’espèce chypriotes, en droit suisse».

Le conseil de Rybolovlev attaque

Le 3 juillet 2015, Me Bersheda, au nom de M. Dmitri Rybolovlev et de deux de ses sociétés appartenant à un trust familial, saisit le Conseil suisse de la presse. Elle estime que dans ses articles parus dans «Le Temps» des 4 et 29 juin 2015, Alexis Favre a contrevenu aux chiffres 1 (recherche de la vérité) et 4 (loyauté) de la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste» (ci-après «Déclaration»). Elle mentionne en particulier la directive 4.6 (entretien aux fins d’enquête).»

«Le Temps» réplique

En date du 3 septembre 2015, Le Temps, par l’entremise de Stéphane Benoit-Godet, son rédacteur en chef, et Alexis Favre, journaliste, prennent position sur la plainte de Me Bersheda. Ils demandent au Conseil suisse de la presse de la rejeter. Ils estiment qu’il s’agit d’une «tentative d’intimidation» visant à «entraver un travail d’investigation journalistique mené avec rigueur, indépendance et impartialité, dans le respect scrupuleux du droit et des règles déontologiques de la profession».

Le conseil suisse de la presse étudie

Le Conseil suisse de la presse synthétise ainsi les questions: «La plainte pose principalement la question de la recherche de la vérité (chiffre 1 de la «Déclaration») et de l’entretien aux fins d’enquête (directive 4.6). La recherche de la vérité suppose la prise en compte des données disponibles et accessibles, le respect de l’intégrité des documents, la vérification et la rectification (directive 1.1).»

Le Conseil suisse de la presse tranche

S’agissant de l’article du 4 juin 2015, il constate ensuite dans ses considérants qu’Alexis Favre n’a pas modifié le sens de la déclaration de la plaignante (directive 4.6).

S’agissant de l’article publié dans «Le Temps» du 29 juin 2015, il estime que le reproche n’est pas fondé. Il considère également que cet article n’a pas trompé le lecteur.

«Le Temps» convainc

C’est pourquoi, il rejette la plainte. Et conclut: «En publiant les articles «Comment le piège monégasque s’est refermé sur Yves Bouvier» et «Ces trusts étrangers tout-puissants qui défient la Suisse» «Le Temps» n’a pas violé les chiffres 1 (recherche de la vérité), 3 (suppression d’informations essentielles) et 4 (méthodes déloyales, entretien aux fins d’enquête au sens de la directive 4.6 de la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste».

Conseil suisse de la presse, décision No. 50.

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