Asile

Le photographe Aram Karim est menacé d'être renvoyé vers Marseille

Requérant d'asile en Suisse, l'homme originaire du Kurdistan irakien, qui s'est notamment fait remarquer par le New York Times, risque d'être expulsé vers la France 

«Nous n'entrons pas en matière sur votre demande et n'examinons pas vos motifs d'asile. Vous devez quitter la Suisse. Si vous ne le faites pas, vous pouvez être placé en détention et renvoyé en France sous la contrainte». C'est par une lettre datée du 4 janvier, signée par le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), qu'Aram Karim, dont Le Temps a raconté le parcours atypique dans son édition du 29 décembre, a appris qu'il était persona non grata en Suisse. Il va être renvoyé vers Marseille, confirme une missive du Ministère de l'Intérieur français. Mais Aram Karim ne lâche pas prise: il a fait recours contre la décision de renvoi.

Lire aussi: Aram Karim, un photojournaliste au Kurdistan irakien devenu requérant d'asile à Gland

Aram Karim, c'est ce photographe du Kurdistan irakien devenu requérant d'asile en Suisse, affecté à l'abri PC de Gland. Ses photos ont été exposées dans plusieurs villes européennes. Le New York Times, notamment, a salué son travail. Le jeune homme a décidé de fuir son pays pour tenter sa chance en Europe. Pour cela, il a dû vendre ce qui représentait son gagne-pain: son appareil photo.

Travail sur le thème des frontières

Passé par la Turquie, il a pris l'avion d'Istanbul à Paris, avant de rejoindre la Suisse, où il a déposé une demande d'asile à Vallorbe le 10 novembre dernier. C'est précisément parce qu'il est passé par Paris qu'il est menacé de renvoi en France, en vertu des accords de Dublin. Le SEM estime qu'«aucun élément de son histoire ne justifie l'application de la clause de souveraineté par la Suisse.»

En Irak, il a notamment travaillé sur les déplacés internes. ll a par exemple documenté la prise de Sinjar par l’État islamique en août 2014, et le massacre de sa population yézidie, pour l'agence Metrography. Mais surtout, Aram Karim travaillait depuis 2009 sur le thème des frontières, entre l'Irak, l'Iran, la Turquie et la Syrie. Il suivait le quotidien des trafiquants, dans des conditions parfois périlleuses. 

Elan de solidarité

Aram Karim vit aujourd'hui chez un couple dans un village vaudois. Il attend patiemment d'en savoir plus sur son sort, avec la ferme intention de s'intégrer et d'apprendre rapidement le français. Mais devenu «NEM» (pour «non-entrée en matière»), il ne bénéficie plus que d'une aide d'urgence et ne peut plus suivre les cours proposés par l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants (EVAM). 

Mais il n'est pas seul. L'article que nous lui avons consacré a suscité un élan de solidarité et beaucoup de réactions. Des membres du comité de la section des photojournalistes d'Impressum, par exemple, touchés par son histoire, l'ont rencontré et lui ont offert un appareil photo avec objectif. La section suisse de Reporters sans Frontières s'intéresse également à son cas.

«J'attends toujours la décision à mon recours contre le renvoi, témoigne le photographe. Mais ça va, mon moral n'est pas trop mauvais». Débrouille, déterminé et motivé, il n'a qu'une idée en tête: continuer son métier de photographe. Avec l'appareil qu'il vient de recevoir, il peut au moins renouer avec sa passion. Et documenter, témoigner de sa nouvelle vie de requérant débouté. 

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