Sphère privée

L’ADN d’un super-policier divise à Berne

Le parlement doit approuver la nomination d’Adrian Lobsiger à la protection des données. Des élus socialistes, PLR, Verts et UDC remettent en question la candidature du vice-directeur de la police fédérale

Adrian Lobsiger sera le prochain préposé fédéral à la protection des données et à la transparence. C’est du moins le choix proposé le 18 novembre dernier par le Conseil fédéral. Une nomination que le parlement va devoir approuver lors de la session de mars. Dans les faits, il s’agit d’une formalité. Mais en coulisses, une coalition informelle de parlementaires de gauche comme de droite remet en question la proposition du gouvernement. Elle critique l’arrivée d’un «super-policier» à la tête de la protection des données et de la transparence.

Juriste de 56 ans, diplômé en droit européen, Adrian Lobsiger travaille en effet depuis 1995 à la police fédérale (fedpol). Pendant dix ans, il y a occupé le poste de vice-directeur. Il gérait notamment la légalité du traitement des données personnelles contenues dans les systèmes d’information de fedpol. Avec la nomination imminente d’Adrian Lobsiger, ce sera donc un policier qui sera garant de la transparence et devra protéger la sphère privée des citoyens.

Ce «changement de casquette inquiète» le conseiller national Jean Christophe Schwaab (PS/VD): «Le choix du Conseil fédéral est discutable. Fedpol et le préposé ont des intérêts diamétralement opposés. La première a besoin d’outils d’investigation qui peuvent être très invasifs du point de vue du respect de la sphère privée, alors que le deuxième doit s’engager à la défendre. Adrian Lobsiger semble avoir toutes les qualifications requises pour ce poste, mais je suis sceptique sur le changement de rôle qu’il devra appliquer.»

Trop proche de l’administration

Un avis que partage le Vert Balthasar Glättli. Le conseiller national zurichois formule une autre inquiétude. «Adrian Lobsiger jouit d’une grande proximité avec l’administration fédérale. Cela remet naturellement en question son indépendance sur les questions de transparence. Le préposé ne doit pas jouer le rôle du facilitateur avec l’administration. Il est impératif qu’il pèse de tout son poids pour favoriser la transparence.» Cette proximité avec l’administration fédérale était-elle un critère de sélection? Plusieurs candidats recalés au poste le suspectent.

La nomination d’Adrian Lobsiger intervient après plusieurs mois d’une procédure de recrutement tenue secrète jusqu’au bout. Pour ce faire, la Chancellerie fédérale avait mandaté l’entreprise de recrutement bernoise Institut für Emotionale Kompetenz. Sur la base de son rapport, la Chancellerie a donc procédé à la nomination sans dévoiler le nom des personnes qui se sont portées candidates.

A droite, c’est précisément le manque de transparence dans la procédure de recrutement qui nourrit les critiques. A l’instar du PLR zurichois Ruedi Noser, qui aurait souhaité «un débat en amont sur le profil des candidats». Balthasar Glättli acquiesce: «Le Conseil fédéral a communiqué publiquement le nom d’Adrian Lobsiger sans prendre des mesures pour susciter un débat au parlement. Le gouvernement aurait pu garder le secret sur son choix et prendre connaissance des éventuelles critiques pour réévaluer les candidats.» Car l’enjeu est aussi économique.

Enjeux économiques

Ruedi Noser et son confrère UDC Franz Grüter ne cachent pas qu’ils auraient préféré un préposé plus proche de l’économie. Les deux entrepreneurs estiment en effet que la Suisse a de sérieux atouts pour devenir le coffre-fort numérique d’entreprises étrangères. Le 1er avril 2015, le Conseil fédéral a donné le coup d’envoi d’une révision de la loi sur la protection des données. «C’est l’occasion pour la Suisse de créer un avantage concurrentiel sur l’Union européenne, souligne Ruedi Noser. Avec une loi sur la protection des données plus stricte, elle séduira à coup sûr des entreprises étrangères.»

Adrian Lobsiger n’a pas souhaité commenter sa nomination tant que le parlement ne l’aura pas confirmée. Hier, la Commission judiciaire a auditionné le juriste de 56 ans. Le vice-directeur de fedpol aura-t-il convaincu qu’il est prêt à changer de casquette? En tout cas, à l’issue de l’audition, la Commission a appelé les députés à soutenir le choix du Conseil fédéral. «Le rapport de la Commission est déterminant pour la suite», relève Jean Christophe Schwaab. Sur la base de ces conclusions, les partis entameront un débat en interne sur le profil d’Adrian Lobsiger en vue de sa nomination.

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