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L’Université de Zurich accusée de lacunes dans le suivi des doctorants

Dans le sillage de l’affaire Mörgeli, l’Université a caché certaines conclusions d’un rapport d’experts qui mettent en cause la crédibilité de certains titres académiques

C’est un énième épisode de l’affaire Mörgeli, mais c’est aussi, peut-être, le plus grave – en tout cas, s’agissant de la crédibilité de l’Université de Zurich. Au terme d’une procédure entamée il y a deux ans au nom de la loi sur la transparence de l’administration, le Tages-Anzeiger et l’émission de la TV alémanique SRF Rundschau ont obtenu un rapport qui met en cause la manière dont les doctorants sont suivis et notés dans le cadre de l’Institut d’histoire de la médecine.

Par ailleurs conseiller national (UDC/ZH), Christoph Mörgeli a été licencié avec effet immédiat à fin septembre 2012 de son poste de conservateur du Musée d’histoire de la médecine, qui dépend de l’Institut. L’affaire a connu de multiples rebondissements, jusqu’au Tribunal fédéral, impliquant notamment la conseillère nationale Kathy Riklin (PDC/ZH), membre du Conseil de l’Université, accusée d’avoir divulgué des informations aux médias en violation du secret de fonction.

Lire aussi: Kathy Riklin se retire du conseil de l’Université de Zurich

«Nombreux manquements»

A présent, les deux médias alémaniques révèlent les conclusions d’experts internationaux, pour qui les travaux entrepris dans le cadre de l’histoire de la médecine comportent «de nombreux manquements» et, souvent, ne «correspondent pas aux normes scientifiques». Les doctorants n’auraient pas été encadrés comme il se doit, et leurs recherches n’auraient pas l’application nécessitée par le grade. Dès lors, les experts jettent un doute sur la validité des titres.

Il apparaît que lorsqu’elle a communiqué sur cet aspect, en 2013, l’Université a délibérément caché cet aspect. Pour adoucir les conclusions, l’institution a parlé de résultats suffisants. Aujourd’hui, la Faculté de médecine se défend en arguant que les travaux ont été validés et les doctorats délivrés, et qu’au fond, elle ne peut les remettre en cause a posteriori.

Un paysage académique bousculé

L’affaire secoue l’alma mater zurichoise depuis trois ans, mais elle s’inscrit aussi dans un contexte agité, à propos des pratiques scientifiques dans les universités. Celle de Neuchâtel a été frappée par deux cas de plagiats ces dernières années, et les soupçons d’emprunts sont nombreux.

Pour y parer, les académies multiplient les chartes et règles, ainsi que l’usage de logiciels d’analyse des textes. Des outils qui ne sont guère utiles, en revanche, s’il s’agit de l’encadrement des doctorants.

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