Construction d’un deuxième tunnel 

L’étude controversée sur la sécurité du Gothard

Le Bureau de prévention des accidents (BPA) a évalué les effets d’un second tube sur les risques de collisions. Partisans et opposants en font une interprétation différente

L’assainissement du tunnel routier du Gothard est en passe d’établir un record: jamais autant d’études et de rapports n’auront été publiés à la veille d’un scrutin. Les opposants au deuxième tube sont les champions en la matière. Ils ont parsemé la campagne d’un nombre impressionnant d’expertises sur l’évolution du trafic, les capacités ou la qualité de l’air, qui, parfois, n’ont qu’un lien éloigné avec l’objet du scrutin.

C’est le cas du rapport sur la pollution et la santé. Attribuant leur détérioration au trafic des camions descendant du Gothard, ses auteurs en ont conclu que le doublement du tunnel aggraverait l’avalanche de camions qui déferlent sur le sud du Tessin et augmenterait les cas d’asthme, de bronchites et de maladies vasculaires.

Les partisans du projet se sont empressés de contrer cet argument en s’appuyant sur les chiffres de l’Office fédéral des routes (Ofrou). Ceux-ci démontrent que le trafic au Gothard est en baisse. Le nombre annuel de poids lourds a reculé de 1,187 million en 2000 à 823 679 en 2014. La moyenne journalière a diminué durant la même période de 18 681 à 17 354 véhicules alors qu’elle est passée de 24 595 à 45 957 à la douane de Chiasso. Selon le conseiller national Fabio Regazzi (PDC/TI), les surcharges et la détérioration de l’air au sud du canton sont à attribuer au trafic frontalier plutôt qu’aux poids lourds venant du Gothard.

Deux tunnels à double voie

Mais c’est un autre rapport qui illustre le mieux le combat féroce que se livrent lées deux camps: il s’agit de la prise de position du Bureau de prévention des accidents (BPA) sur les «répercussions d’un tunnel bi-tube en matière de sécurité routière», publiée en 2012.

Son auteur a examiné deux scénarios. Première variante: une seule voie de circulation est utilisée dans chacun des deux tunnels, comme le prévoit la Constitution. Conclusion: «La construction d’un second tube permettrait de réduire le nombre annuel d’accidentés de six environ», ce qui représente 50%.

Ce scénario sert de référence aux partisans du deuxième tube routier. «L’étude du BPA montre qu’un tunnel bidirectionnel est plus dangereux que la répartition des deux courants de trafic dans deux galeries séparées», conclut Rudolf Zumbühl, de la direction du TCS. Ce point de vue est partagé par Jean-Claude Martin, professeur honoraire à l’Université de Lausanne et expert en incendies et explosions. Il considère que les risques de collision frontale et les problèmes d’évacuation des fumées sont moindres si l’on sépare les courants de trafic.

Mais le BPA a aussi examiné le scénario d’une double voie dans chacun des deux souterrains, bien qu’interdit par la Constitution. L’expert considère que cette hypothèse risque d’augmenter la circulation. Conclusion: «Dès un surplus de trafic de 3% (soit 500 véhicules par jour) généré par les doubles voies, le gain de sécurité dû au second tunnel est annulé.» «En cas de surplus équivalant à 100 véhicules par jour, soit 6%, il faut s’attendre à quelque six accidentés supplémentaires par an», ajoute-t-il.

Une glissière escamotable?

Les opposants invoquent ce scénario pour affirmer qu'«un deuxième tunnel rend les routes en Suisse moins sûres». Ils sont d’avis que la sécurité peut être améliorée autrement, par exemple par la pose d’une glissière escamotable entre les deux pistes. Cette solution «empêcherait les collisions frontales», affirment-ils.

Cet argument est controversé. L’Ofrou a examiné la pose d’une barrière médiane amovible. Il y a renoncé, car elle ne pourrait plus s’abaisser si elle est déformée à la suite d’un choc ou si le mécanisme de commande est hors service à cause d’un incendie. L’idée d’une berme rétractable a été examinée au tunnel (bidirectionnel) du Mont-Blanc. Or, pour des raisons de coûts et de complexité, elle a été abandonnée, a relevé L’Hebdo dans son édition du 4 février.

Le document du BPA est ainsi conçu qu’il peut apporter de l’eau au moulin des deux camps. Ses conclusions ont cependant fait bondir les partisans. On y lit que, «du point de vue de la sécurité routière, la coûteuse construction d’un second tube routier ne présente, selon le mode d’exploitation, pas un bon rapport coût/avantage (scénario 1), voire peut être dommageable (scénario 2)». Le Temps a souhaité faire réagir le BPA. Sa porte-parole a répondu que, «l’étude faisant l’objet de récupérations de tous côtés, le BPA a décidé de rester neutre, et donc de ne pas la commenter ou donner d’interview.»

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