Zurich

Une évasion rocambolesque crée l’émoi

La fuite d’un détenu, libéré par une gardienne dans l’agglomération zurichoise soulève d’épineuses questions sur la sécurité des prisons

Dans les vitrines des boutiques chics de Zurich, coeurs en chocolat et pétales de roses annoncent la Saint-Valentin. Mais c’est une histoire d’amour à l’odeur de soufre qui plonge depuis quelques jours la ville dans l’émoi. Durant la nuit de lundi à mardi, une gardienne de prison a aidé un détenu à s’échapper, prenant la poudre d’escampette avec lui. Ils pourraient être partis en direction de l’Italie dans une BMW noire, indique la police cantonale, qui a lancé un avis de recherche international.

Le scénario digne d’un film se déroule dans la banlieue zurichoise, à Dietikon, dans de la prison de Limmattal. Hassan, un syrien de 27 ans, devait y purger une peine de quatre ans pour des faits graves. Arrivé en Suisse, à Eschlikon en Thurgovie en tant que réfugié en 2010, il a été condamné en 2015 pour avoir violé une jeune fille de 15 ans. Il avait déjà été jugé à deux reprises pour d’autres agressions sexuelles, relate la presse alémanique. Sur son profil Facebook, il exhibe un torse bodybuildé et tatoué sur des photos datées de 2015. «Ce qui compte pour moi: ma famille, ma vie privée et le fitness», peut-on lire sur son mur.

A-t-il rencontré sa complice de fuite dans sa cellule ou la connaissait-il déjà avant? Angela, une Suissesse de 32 ans, travaillait depuis plusieurs années au sein des établissements carcéraux zurichois. Elle était gardienne depuis mai 2015 dans la prison de Limmattal. Passionnée de kick-boxing et de boxe thaï, elle était mariée. Témoignant dans le 20 Minuten, son époux décrit la récente volte-face de la jeune femme, qui l’a quitté trois mois plus tôt. Elle aurait commencé à s’intéresser au coran et à la Syrie, raconte-t-il.

La photo du profil Facebook d’Angela montre une jeune femme souriante. L’image en arrière-plan interpelle: publiée le 23 janvier, 15 jours avant la fuite, elle montre une scène du film Les secrets des poignards volants. L’histoire d’un agent double qui aide une prisonnière à s’évader, dans l’espoir qu’elle le mène sur les traces des combattants révolutionnaires à abattre, avant de tomber amoureux d’elle.

Depuis, les médias se perdent en conjectures pour tenter de comprendre ce qui a poussé une jeune femme à s’enfuir avec un homme condamné pour viol. A deux semaines de la votation sur l’initiative UDC pour le renvoi des étrangers criminels, l’histoire a de quoi enflammer les esprits. Elle soulève des interrogations sur la sécurité en prison et sur le processus de recrutement des agents.

Du côté des autorités concernées, c’est la sidération. La direction de la prison de Limmattal n’avait détecté «aucun signe» de rapprochement entre la gardienne et le prisonnier, indique la porte-parole du service pénitentiaire de Zurich, Rebecca de Silva. Une enquête conjointe du Ministère public, de la police cantonale et du service concerné est en cours. «Il s’agit d’un cas absolument unique, nous n’avions encore jamais vu cela à Zurich. Il n’y a pas eu de problème technique, ni de défaut dans les infrastructures de la prison. Une erreur humaine est en cause. Là où il y a des hommes, il y a toujours un risque», précise encore la porte-parole.

Tous les agents de détention suivent un cursus de base de deux ans au Centre suisse de formation pour le personnel pénitentiaire à Fribourg. Son directeur Thomas Noll décrit le rôle d’un gardien de prison: «Il ne fait pas que fermer la porte à clé, il mène aussi des entretiens avec le détenu, il est en contact avec le psychiatre, l’assistant social». On leur enseigne comment éviter une trop grande proximité, «en évitant de raconter des détails de sa vie privée, de tutoyer un détenu ou d’avoir un contact physique avec lui». Mais une telle formation, aussi bonne soit-elle, ne peut rien en cas de failles psychiatriques, souligne Thomas Noll. Le directeur précise toutefois qu’on ignore encore, dans le cas de l’évasion de Dietikon, les raisons qui ont poussé la gardienne à agir.

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