Sécurité

Guy Parmelin: «J'ai été surpris par le pessimisme de mes collègues»

Le ministre de la défense a rencontré de nombreux collègues européens à Munich. Il constate une tension grandissante avec la Russie.

Pour sa première sortie internationale dans ses habits de ministre de la défense, le conseiller fédéral Guy Parmelin a participé à la Conférence de Munich sur la sécurité où il a pu rencontrer de nombreux homologues européens. Interview exclusive.

Il a beaucoup été question de guerre durant ce week-end à Munich, qu’est-ce que cela vous inspire?

J’ai été frappé par le pessimisme, en particulier avec mes collègues de la défense, que ce soit la Suède, la Finlande ou l’Autriche pour parler des pays qui nous sont assez proches. Ils sont tous en train d’essayer de revoir leur budget à la hausse. L’Otan prône des dépenses militaires au niveau de 2% des dépenses nationales. Il faut être clair: il y a eu des démantèlements et cela va prendre dix à douze ans pour une remise à niveau. Le manque de perspective de solution au Moyen-orient s’est ressenti tout au long de la conférence. J’en ai eu confirmation en discutant jeudi avec mon collègue israélien Moshe Ya’alon. Selon lui, avant 30 à 50 ans, il n’y aura pas de paix dans cette région qui est tellement fragmentée. Paradoxalement ce sont les ministres irakiens, voir d’Arabie saoudite qui se sont montrés les moins pessimistes.

Vos collègues finlandais et suédois, deux pays neutres ayant un partenariat avec l’Otan, insistent pour un rapprochement avec l’alliance atlantique. Et la Suisse?

Non, clairement. La Suisse a une politique de neutralité. Elle fait partie du partenariat pour la paix et dans ce cadre elle choisit soigneusement les projets où elle estime que sa neutralité n’est pas remise en question mais où elle peut trouver certains avantages. Il est vrai que l’intervention samedi du ministre de la défense suédois a été l’une des plus dure envers la Russie. On sent une très grande inquiétude chez les pays nordiques et les pays baltes. Le ministre de la Finlande nous a parlé du risque d’afflux de réfugiés à sa frontière. Du fait de la situation économique très mauvaise en Russie, il y a des velléités de pousser ces réfugiés vers la frontière finlandaise. C’est un facteur de déstabilisation supplémentaire qui leur cause énormément de tracas.

Quand le Premier ministre russe évoque une guerre froide, vous en pensez quoi?

Difficile à dire. On parle du poids des mots. Il y a un aspect psychologique. Mais il faut reconnaître qu’actuellement la situation est extrêmement dure non seulement pour les pays voisins, mais surtout en Syrie avec ces 300 000 à 400 000 personnes qui sont à la frontière turque. Que va-t-il se passer? N’est-ce pas un facteur supplémentaire de déstabilisation pour la région? Que va faire la Turquie, les pousser plus loin vers les Balkans. La situation est différente de celle des années 1950-1960, mais il y a de très, très grosses tensions entre l’Otan et les Européens d’une part et la Russie de l’autre. On l’a ressenti dans les panels de discussion et les rencontres bilatérales.

Vous avez rencontré vos homologues français et suédois. Que leur avez-vous dit sur l’achat d’un avion par la Suisse après l’échec du Gripen?

On leur a expliqué que prochainement il y aura le démarrage d’une nouvelle procédure pour savoir si on veut des avions de combats, et à quelles conditions. Il faut d’abord que l’on se mette d’accord en Suisse sur un concept général qui couvre l’achat d’un avion de combat: veut-on simplement de la surveillance 24h/24h, veut-on plus? Comment cela se combine avec l’artillerie et la DCA? Il faut un concept, puis une procédure, mais avant 2017 il n’y aura pas d’appels d’offres. L’objectif est d’avoir des décisions parlementaires en 2022 et si on devait acheter un nouvel avion de combat ce serait aux environs de 2025. Mais devra-t-on entre-temps adapter nos FA-18 pour éviter des lacunes? Tout cela doit d’abord être discuté à l’interne.

Vos collègues allemands vous ont-ils sollicité pour un partage de l’accueil des réfugiés, une question de survie politique pour la chancelière Angela Merkel?

Non. Nous n’avons pas eu le temps d’évoquer cela. Nous avons par contre une très bonne collaboration avec la Bundeswehr. Avec tous mes collègues ministres de la défense, j’ai essayé de faire un état des lieux de nos collaborations. Si des collaborations peuvent rendre service aux deux pays, notamment en matière de budget, il faut les étudier sans tabou. C’est ce qu’on va essayer de faire ces prochains mois.

Des membres de votre parti, l’UDC, questionnent l’action de leurs deux ministres sur la question de la protection des frontières. Que leur répondez-vous?

Nous travaillons. Ueli Maurer a le corps des gardes-frontière, moi j’ai la défense: nous étudions, nous nous préparons comme tout le gouvernement à différents scénarios. Cela ne se fait pas sur la place publique. Plusieurs départements sont impliqués: la protection de la population, l’armée, les gardes-frontière, les cantons et les communes. L’armée, j’insiste, intervient toujours à titre subsidiaire. Personne ne sait ce qui va se passer au printemps. Aura-t-on dans quatre ou cinq mois un afflux considérable de réfugiés? Comme ministre de la défense, je dois être prêt à cette éventualité.

Avec votre collègue français, avez-vous évoqué des mesures de lutte contre l’extrémisme, par exemple pour la sécurité dans les aéroports de Genève et de Bâle-Mulhouse?

Tous les services de renseignement se rencontrent régulièrement, tous sont d’accord pour dire que cela doit s’améliorer: on a vu les défaillances avec les attentats de Paris entre services belges et français. Nous avons évidemment une collaboration transfrontalière avec la France sur les aéroports de Genève et Bâle-Mulhouse, mais on n’a pas évoqué de renforcement à ce niveau.

Didier Burkhalter évoque un canal suisse pour soutenir l’aide humanitaire en Syrie. Avez-vous eu des contacts avec le Groupe de soutien à la Syrie qui a décrété une trêve et une aide humanitaire?

Non. C’est au niveau des Affaires étrangères. L’accord de Munich s’est conclu dans un cadre annexe qui n’était pas celui de la Conférence sur la sécurité. Mais la Suisse, partout où elle peut intervenir, à la demande et avec l’accord de toutes les parties concernées, le fait. Si on peut appuyer mon collègue Burkhalter, on le fait.

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